Lee Aaron impériale.
À Poperinge, le 16 mai dernier, il flottait dans l’air ce parfum typique des festivals qui confondent volume et intensité: bière tiède, friture et sueur. Un décor presque banal… jusqu’à ce que Lee Aaron monte sur scène.
Programmée à minuit, coincée après des heures de remplissage bruyant, la Metal Queen aurait pu expédier l’affaire. Raté. Elle a dynamité le Heavy Sound Festival Revival.
« Metal Queen » (titre qui fête son 40è anniversaire) ouvre les hostilités comme un coup de massue. Voilà ce que le rock est censé être — une déflagration.
« Hot to Be Rocked » combine émotion et conviction. Le public fatigué d’une journée bien remplie se réveille et acclame à gorges déployées. Épaulé par une bonne clarté du son « Lady of the Darkest Night » enfonce le clou : Lee Aaron ne rejoue pas le passé, elle le réactive en se déplaçant sans cesse pour attiser le show.
La suite est une leçon. « Powerline », « Some Girls Do », … il y a du groove, du cran, et surtout un hard rock’n’roll revitalisant qui nous électrise. Lee ne chante pas pour la foule, elle la provoque, la regarde droit dans les yeux, la met au défi, guitare en bandoulière.
Quand la Metal Queen lâche prise… tout décolle.
Les fleurons défilent — « Steal Away Your Love », « Deceiver », le borderline « Hands On » ou le clin d’œil disco « Shake It Up ». Et là où d’autres se contentent de recycler, elle incarne. Pas de nostalgie ici. Juste une artiste qui prouve qu’elle est encore légitime. Et largement.
À 63 ans, le charme reste intact et communicatif. Les regards, les sourires, les échanges avec le premier rang — c’est du live, du vrai, pas du pilotage automatique.
Derrière, ça assure solide : John Cody cogne comme un métronome en colère, Dave Reimer groove avec élégance, et Sean Kelly balance des solos qui rappellent que le mot “guitar hero” n’est pas mort. Mais ce soir, tout tourne autour d’elle.
Lady of the Darkest Night
Les titres récents (« Fire and Gasoline », « Rock Bottom Revolution ») viennent rappeler une vérité simple : Lee Aaron n’est pas un jukebox 80’s. Ces morceaux ont du mordant, du fond. Rock Bottom Revolution notamment révèle une artiste engagée. Même si tout le monde n’était pas venu pour ça, elle assume. Et elle a raison.
Puis « Barely Holdin’ On » le morceau de bravoure de la setlist. Quelle claque ! Le temps se suspend pendant cette ballade ardente. La voix touche au cœur. Sans effet. Sans triche.
La fin de set ? Une montée en puissance parfaitement maîtrisée. « Whatcha Do to My Body » transforme la salle en chorale sauvage. « Nasty Boyz » et « Sex With Love » remettent de l’huile sur le feu. Et quand « Metal Queen » revient pour le final, c’est l’explosion. Ah, Madame Aaron ! Vous nous rendez marteaux !
« I’m A Woman », hommage à Koko Taylor conclut le concert dans une ambiance bien bluesy avec une artiste plus féline que jamais. Un choix presque symbolique. Mais à vouloir étirer la soirée, les organisateurs ont malheureusement raccourci la foule. L’horloge indique 1h20, la salle se vide pendant que la scène s’embrase.
Lee ne rejoue pas le passé, elle le réactive.
Alors oui, on pourra discuter longtemps de cette programmation discutable qui aura fait patienter le public avec du menu fretin avant le plat principal. Mais au fond, ça rend presque la démonstration encore plus cruelle pour les autres. Pendant que la moitié de la Belgique avait les yeux rivés sur l’Eurovision, à Poperinge, les connaisseurs étaient unanimes : Lee Aaron — 12 points !
Philippe ‘Scribouillhard’ Saintes / Photos : J-C ‘Deadly Pix’ Baugé




