Tagada tagada, voilà les Dalton, tagada tagada, y’a plus personne. Ah, si, il y a Bonnie & Clyde. Et si cette bande a connu plusieurs incarnations au cinéma, la Bande Dessinée ne les avait pas vraiment mis en joue. Pourtant, quelle épopée, pétaradante, avec de l’amour, des divergences, des embardées, des détonations, du sang… Amateur de concepts, pour prouver toute la supériorité du livre face aux écrans, Benoît Vieillard publie le premier tome d’une trilogie. Chacun adoptera un point de vue: victime, gangster, loi. Le tout en préparant aussi un Mickey qui, une fois n’est pas coutume, ne sortira pas de chez lui. Rencontre.
Bonjour Benoît, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous intéresser à Bonnie & Clyde ?
Je trouvais cette histoire de couple intéressantes. Ils étaient délinquants depuis tout jeunes et leur issue était fatale, ils allaient mourir. Mais ce qui me plaisait surtout, c’était de raconter un peu les personnages qui ont connu, gravité autour de Bonnie & Clyde. Mon histoire est prévue en trois tomes, à chaque tome, je veux mettre en avant un point de vue différent. Chacun des trois personnages que j’ai choisis racontera à chaque fois l’histoire qu’il a vécue avec Bonnie & Clyde. Avec des événements qui se recouperont.
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Pour cette entrée en matière, vous vous intéressez à l’autre couple de la bande à Bonnie & Clyde.
Effectivement, ce premier tome est centré sur le frère de Clyde Barrow et son épouse. Par amour, Blanche (ndlr. née Bennie Iva Caldwell) l’a suivi. Mais elle est en fait devenue une victime de cette affaire. Sur deux ans, elle a subi un calvaire à travers les Etats-Unis et elle raconte cette aventure qui a été funeste pour son couple.

Comment commence-t-on une trilogie chorale comme celle-là? Pourquoi choisir Blanche pour commencer ? Il y a un puzzle à faire, un casse-tête ?
Bien sûr, j’aurais pu commencer par un autre personnage. Mais l’histoire de Blanche est intéressante car, justement, c’est une victime. Les trois points de vue que j’ai choisis sont très particuliers: la victime pour le premier tome, la jeunesse pour le second tome avec le plus jeune de la bande, moins de vingt ans à l’époque, avec un jeu d’influence mais aussi une histoire de famille. Quant au troisième tome, j’irai plus du côté de la loi, de la police.
Une fois que les trois tomes seront sortis, ils ne se liront pas uniquement dans l’ordre dans lequel je les aurai réalisés. Le lecteur pourra choisir.

Où est la réalité ? Où est la fiction ?
Alors là, il y a un peu de tout. La base est réelle. Après, il y a une partie romancée, forcément, parce que ce n’est pas un livre historique. C’est avant tout une fiction dans laquelle on trouve des éléments réels. En fait, il y a des inconnues dans l’histoire de Bonnie & Clyde. J’ai été obligé de trouver des petites histoires parallèles pour que tout se greffe bien.
Blanche va payer le prix du sang, dans cette histoire.
Tout à fait. Jusqu’au bout, elle sera amoureuse de son mari. Coûte que coûte, elle va subir le pire, jusqu’à en être meurtrie dans sa chaire. C’est une histoire assez dingue car l’amour peut mener, quelque part, à la folie.


Alors, le destin de cette bande, son parcours est un peu anarchique. Vous entrecoupez chaque partie de cartes sur lesquels leur trajectoire se dessine. Ça part dans tous les sens.
À l’époque, beaucoup de gangs sont actifs. La crise de 29 est passée par là et a entraîné plein de gens dans la pauvreté. Raison pour laquelle, les gangsters se sont développés pour pallier le problème. Presque par obligation, pour survivre, certains devenaient malfrats. Avec des bandes plus organisées,comme celle d’Al Capone qui était vraiment la mafia.

Bonnie & Clyde, eux, c’était un petit peu au jour le jour. En fait, ils braquaient des banques et à partir du moment où ils n’avaient plus d’argent, ils rebraquaient des banques.Même par rapport aux autres gangs organisés, ils étaient considérés comme des parias. Ils n’étaient pas du tout acceptés.
On sent quand même aussi que le chef de cette bande est complètement frappadingue.
Là, dans ce premier tome, on apprend des choses sur Clyde, mais il y a un côté un peu caché que je vais dévoiler dans les autres tomes. On en saura plus.


Comment scénariser tout ça?
Il y a beaucoup de recherches et de documentation. Par rapport à l’univers, par rapport à l’époque, je me suis documenté sur les décors, sur les véhicules, sur les costumes. Puis, au niveau de l’histoire, ce qui est intéressant c’est qu’il n’y a pas forcément de bouquin sur la vraie histoire de Bonnie et Clyde mais, par contre, il y a des écrits, des lettres de la mère de Clyde et de la sœur de Bonnie ont été éditées. Ces lettres vont me servir pour les autres tomes. Ici, j’ai beaucoup utilisé le roman de Blanche Barrow qui raconte sa vie.

Et les couleurs, tranchées, là-dedans ?
Il y a eu plusieurs phases. Au départ, j’avais proposé des planches en couleurs. Puis, avant d’attaquer la bichromie que vous voyez dans l’album, j’avais proposé mes planches en noir et blanc pour rappeler les films de l’époque. La période Bonnie & Clyde coïncide avec les débuts du cinéma, les Charlie Chaplin, etc. Mais, après une discussion avec l’éditeur, nous avons convenu que les couleurs permettaient de toucher un plus large public. J’ai finalement trouvé un compromis entre la bichromie et le noir et blanc. En fait, je n’ai pas tout fait dans la même couleur. J’ai alterné et ça m’a permis de chapitrer aussi les histoires par le biais des lieux où ils ont sévi. Chaque chapitre a une couleur différente.


Et la dédicace se fait en couleur directe.
Oui, à l’aquarelle. J’aime bien ça et je vois que ça plaît au public donc c’est le petit plus que je peux me permettre en dédicace.

Parlons un peu couverture. Y’aura-t-il une unicité dans les trois couvertures ?
Oui, les motifs des journaux qu’on voit en arrière-plan vont se prolonger. Les textes se suivront, que les couvertures soient positionnées horizontalement comme verticalement. Il va y avoir une continuité, même au niveau des dollars qui volent autour des personnages et de la bande noire centrale.

Joli travail.
En fait, je suis graphiste de formation. J’aime aller jusqu’au bout de la mise en page et du concept.
Il y a beaucoup de choses dans cet album. Beaucoup d’effets spéciaux dans les scènes d’action. C’est du cinéma.
J’ai un dessin que j’espère dynamique. Ça me permet aussi de faire des mises en scène de film d’action.

Il y a un côté western.
Oui, j’avais aussi envie de faire des westerns. Mais il y a un problème : je ne suis pas très bon pour dessiner les chevaux. Je suis donc finalement parti sur un truc plus proche des années folles. À ma connaissance, aucune BD ne s’était jamais intéressée à Bonnie & Clyde et je ne voulais pas raconter l’histoire bêtement. Trois histoires parallèles, ce n’est pas mal.
Beaucoup de double planche, aussi.
En fait, il n’y en a que deux!



Ah bon, l’illusion est parfaite! Mais il y a vraiment cet effet de bandes… dessinées, pour le coup.
À un moment donné, on est restreint en BD. Là, je ne pouvais pas dépasser 60 pages. J’avais tellement de choses à raconter. Comme l’histoire est racontée par Blanche Barrow, elle évoque sa vie et sa dangereuse traversée, j’ai choisi en deux planches de raconter les choses un peu plus rapidement. Une sorte de résumé de ce qui s’est passé, de ce qu’elle a vécu, entre deux époques. J’ai voulu raconter ça de façon assez dynamique, dans des scènes presque muettes montrant une série de braquages.
Il y a aussi une fin alternative.
C’était la fin que j’imaginais dans mon dossier de présentation. J’aime bien y intégrer un côté punchline, un peu choc à la fin. Et, en réalité, j’étais allé un peu trop loin dans l’idée. Comme c’était une histoire en trois tomes, je me suis dit que si je commençais comme ça, à chaque fois j’allais devoir trouver une fin du même acabit, et ça allait être compliqué. Puis, je me serais éloigné de la vraie histoire. J’ai donc revu le final à la baisse.

Comment voyez-vous votre style?
Je suis très influencé par les étoiles belges, notamment Franquin, Peyo… Mais je peux varier. J’ai déjà adhéré à un style beaucoup plus humoristique. Ici, je suis parti sur quelque chose de plus sérieux. Mais je ne pouvais pas faire un dessin très réaliste, ce n’est pas mon truc. Mes influences, c’est aussi Soda. D’ailleurs, la couverture est quelque part une référence à Soda. J’aime le côté vivant et je pense que mon dessin sait bien faire ça.
Avec une volonté d’exploser le décor ?
Les décors, c’est surtout une mise en scène qui permet de donner un côté très cinématographique. Il faut savoir que sur mes albums précédents, j’avais fait quelque chose de très théâtral. Je voulais en sortir.
Ainsi, j’avais créé une série qui s’appelait 13 Devil Street. C’était un autre concept, un livre maison. En couverture, il y avait la façade de l’immeuble et quand le lecteur tournait les pages, il rentrait littéralement dans l’immeuble, par pièces et par étages. Chaque case représentait une pièce, chaque bande un étage. On voyait vivre les gens dans l’immeuble.

Vous aimez bien les concepts, alors ?
Oui, j’adore. J’ai envie de continuer à faire ce genre de proposition. Il y a tellement de BD qui sortent tous les mois, qu’il faut réussir à se démarquer. Je trouve que le format livre s’y prête bien. On peut jouer avec. Alors, forcément, certains diront: « oui, mais ça fait livre pour enfants ». Mais, il y a aussi de moins en moins de lecteurs, les gens sont plus sur leurs écrans. Défendre le livre comme ça, je pense que c’est une bonne solution.
Ça donne envie de voir la suite, en tout cas.
Théoriquement, je vais sortir un album Bonnie & Clyde par an. Mais les histoires ne manquent pas. Je travaille sur un autre livre en ce moment: Mickey House, chez Glénat. Je vais reprendre le même concept que 13, Devil Street. Le lecteur pourra voir l’intérieur de la maison de Mickey, toujours avec une case par pièce et une bande par étage. Sur une double page, l’histoire est figée. Pour que l’aventure avance, il faut donc tourner les pages. Forcément, ça multiplie le nombre de pages pour qu’il y ait une histoire importante.


Je suis seul à la barre et c’est chapeauté par Disney. Il y a eu beaucoup d’aller-retour pour que le scénario se fasse. Il y a une charte à respecter. Moi, initialement, j’étais parti sur un truc plus environnemental. Ce qui n’a pas été accepté. Il y a des compromis à accepter. Même Loisel, à l’époque, avait dû s’y faire. On ne peut pas faire n’importe quoi avec Mickey.
Donc, ici, on ne sortira pas de la maison. On connaît les aventures de Mickey. Par contre, on ne connaît pas trop sa vie privée. Quand il rentre chez lui, qu’est-ce qu’il se passe?


Quel pitch d’enfer! On en reparlera, bon travail d’ici là.
Preview du tome 1 de La légende de Bonnie and Clyde – Selon Blanche Barrow aux Éditions du Tiroir:









