Dans le Grand Jardin (en collaboration avec Dolphin Books, sous l’égide de l’éditrice Zou Yuan, elle-même malentendante), je demande deux livres d’exception célébrént les différences qui devraient pourtant laisser indifférent, tant tout le monde devrait être vu beau et l’acceptation ne devrait pas créer débat. Ces deux albums viennent de Chine et sont signés Fang Rui – Meng Ke, adaptés (par Ziyuan Chai et Alexandra Chauvelon, l’éditrice passionnée du Grand Jardin) dans la bien nommée collection Moi unique et fantastique. Unique et fantastique si bien qu’on a parfois besoin de trouver l’écrin pour fleurir, sortir de l’ombre dans laquelle on se/nous confine. Voilà Eh tu es parfaite et Mon petit extra terrestre.
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Eh! Tu es parfaite, souffle sur ta mèche

Résumé de Eh! Tu es parfaite par Le Grand Jardin : Mily, complexée par une cicatrice sur le visage, rêve de devenir invisible et cache constamment son visage derrière une grande mèche de cheveux. Jusqu’au jour où, lors d’une sortie scolaire, elle découvre dans les yeux des autres une beauté qu’elle n’imaginait pas. Car « une rose reste une rose, même si elle a perdu un pétale »…
Il y a quelques mois, Toto débarquait chez nous, dans notre bibliothèque, avec sa tache de naissance sur la tête. Eh tu es parfaite! risque bien de rejoindre cette petite soeur de papier parmi les lectures préférées de ma fille. Chute de vélo d’intérieur dans les escaliers oblige, elle a une (toute) petite marque sur le front. Alors, elle s’identifie à ce genre de livre sensible et optimiste.

Malgré toutes les clés d’acceptation, de valorisation que peuvent donner les adultes, les parents, il faut parfois qu’un petit bout d’homme, de femme fasse son propre chemin pour se délivrer de son mal-être, son sentiment d’infériorité, de honte. Si le monde extérieur est parfois notre ennemi, il peut aussi être notre allié, pour peu qu’on accepte ses coups de pouce et qu’on ne se méprenne pas sur leurs intentions.

Mily a, jusqu’ici, toujours réussi à camoufler la cicatrice qui barre sa lèvre, de ses longs cheveux couleur de geai. Mais peut-on vivre indéfiniment avec la moitié du visage cachée, la vue troublée, tournée plus facilement sur le négatif? Puis, un jour, il y a cette excursion dans la nature, au milieu des arbres, des fleurs. Une clairière, une ouverture sur les choses essentielles de la vie, plus belle que les ennuis qu’on se fait autour d’une futile particularité physique qui ne fait sans doute que rajouter à notre personnalité, plutôt qu’en retirer. Et si l’exception humaine n’en était pas une et pouvait prendre appui sur tout ce qui nous entoure. Tout n’est-il pas imparfait quand on y regarde de plus près? Et si on écartait cette mèche, qu’on éclairait le visage de Mily et cette blessure mal refermée que les autres ne verront peut-être même pas? Faisons éclore la fleur, avec le pouvoir d’évocation de Meng Ke, fait de visages simples et de décors magnifiques pour nous mettre à l’aise, que nous nous sentions bien comme nous sommes.

À (se faire) lire dès 3 ans aux Éditions Grand Jardin.
Mon petit extra terrestre, à la faveur de la nuit, a trouvé comment communiquer
Résumé de Mon petit extra terrestre par Le Grand Jardin : On croit souvent que les extraterrestres viennent de l’espace… mais pas celui-ci ! Au 2 600ᵉ jour de sa naissance, Léo n’a toujours pas prononcé un seul mot. Sa maman le surnomme son « petit extra-terrestre », lumineux et calme comme une étoile. Chaque jour, Léo peint des taches de couleur, encore et encore, sans que personne ne comprenne vraiment ce qu’il cherche à dire. Lors d’une exposition, Léo s’échappe.

À part, Léo est à part. Muré, incapable de communiquer, du moins au sens où on l’entend. Lui, il entend tout, il éponge même. Mais, à 7 ans, il n’a pas prononcé un mot, pas même « maman », au grand désarroi de sa génitrice. C’est pas facile tous les jours mais la puissance créatrice de Léo emporte tout sur son passage, les lianes, la jungle qui sort de ses tableaux. Le pouvoir des fleurs, le langage des couleurs, la force des arts et de l’ouverture au monde.

Cette fois, pas d’excursion dans la nature comme dans Eh, tu es parfaite! mais une évasion à une exposition, puis dans l’espace urbain, avec tous ses dangers mais aussi toutes ses curiosités nocturnes. Pour une même conclusion, une révélation, un message qui passe enfin. Naturellement. Des bouts de papier, mis ensemble, un puzzle, et le dessin qui prend vie. La vie quoi! Dans d’autres gammes de couleurs, de lumière, dans la nuit, Meng Ke propose une autre palette que sur Eh tu es parfaite, pertinente, riche en émotions à nouveau, pleine de tact et de compréhensions. Le genre d’album qui vous percute, tout en douceur. Et le langage universel des étoiles en est témoin.

À (se faire) lire dès 3 ans aux Éditions Grand Jardin.
Un petit mot encore sur Grand Jardin, l’éditrice Alexandra Chauvelon explique « vouloir faire exister des histoires qui comptent : des livres illustrés accessibles aux plus jeunes, mais assez profonds pour parler aussi aux plus grands. Notre ligne éditoriale tient en trois élans : se comprendre, comprendre l’autre, s’engager dans le monde. »

