« La Petite Annonce faite à Marie » au Théâtre Royal du Parc : quand l’amour s’obstine malgré l’oubli

Du 7 mai au 6 juin 2026, le Théâtre Royal du Parc accueille « La Petite Annonce faite à Marie », création collective d’après le roman de Thierry Debroux. Un spectacle qui mêle théâtre, danse, chant et piano pour parler de mémoire, de famille et de ce qui reste quand tout s’efface.

Sur le plateau on retrouve Michèle Anne De Mey, chorégraphe mondialement reconnue avec Kiss and Cry, Fabian Finkels, acteur, musicien et chanteur vu dans Scrooge ou 1984, la pianiste Julie Delbart et le contre-ténor Logan Lopez Gonzalez. Ensemble, ils s’emparent du texte de Thierry Debroux.

Photo Aude Vanlathem

Quand au pitch il tient en une phrase : “Et si l’amour survivait à tout, même à l’effacement des souvenirs?”.

Chaque famille a ses histoires, ses secrets. Le spectacle part de là : une petite annonce, Marie, et la tentative de recoller les morceaux d’une mémoire qui se fissure. Dans ce spectacle, pas de pathos sur Alzheimer ou la vieillesse, mais une approche sensible de la transmission. Le texte de Debroux évite le larmoyant et préfère l’ellipse.

Photo Aude Vanlathem

La danse de Michèle Anne De Mey ne se commente pas, elle creuse. Quand les mots manquent, le corps prend le relais.

Fabian Finkels, entre jeu et chant, apporte une fragilité très juste à son personnage et une justesse de ton remarquable.

Le piano de Julie Delbart et la voix de contre-ténor de Logan Lopez Gonzalez installent une nappe sonore qui enveloppe sans étouffer.

Au niveau de la scénographie, les vidéos de Patrice Michaux et Allan Beurms projettent des souvenirs flous, des photos de famille qui se pixelisent. On est dans la tête de quelqu’un qui cherche.

Tandis que la lumière de Victor Budo sculpte elle le plateau avec pudeur, Olivier Ronval maîtrise le son.

Photo Aude Vanlathem

Si la forme séduit, elle manque parfois de friction. Le spectacle qui s’adresse à tous les publics, lisse un peu ses aspérités. On aurait aimé que la mise en scène ose davantage le vide, le silence, l’absurde qui surgit quand la mémoire déraille. Ici tout est beau, maîtrisé, musical. Peut-être parfois un peu trop car certaines séquences chantées tirent vers le récital et font parfois retomber la tension dramatique. Car le spectacle touche plus quand il chuchote que quand il déclame.

« La Petite Annonce faite à Marie » n’est pas un coup de poing, c’est un spectacle baume, un geste artistique généreux sur la filiation et l’amour qui persiste.

Photo Aude Vanlathem

Et voir le Parc, institution bruxelloise de 1782, s’ouvrir à des formes hybrides fait réellement plaisir.
Une certaine presse donneuse de leçons reprochait dernièrement (dans un article clairement à charge) à Thierry Debroux de trop souvent écrire et mettre en scène lui même pour son propre théâtre, mais le résultat factuel parle de lui même et lui donne raison, car depuis son arrivée et sa nouvelle orientation, la mutation artistique du Théâtre Royal du Parc a quasiment fait tripler le nombre de spectateurs qui le fréquentent et attire aux spectacles plusieurs générations. Les salles sont pleines et les abonnements se vendent rapidement. Quand le talent est là, le public ne s’y trompe pas. CQFD.

Photo Aude Vanlathem

Et pour ceux qui critiqueraient que l’auteur du roman ait décidé de porter sur les planches cette histoire plutôt intime, je répond qu’il s’agit d’une mise en scène universelle qui s’adresse à tout ceux qui cherchent un théâtre qui parle doucement des choses graves.

Et comme le dit le texte : interroger les anciens permet de conserver leurs précieux souvenirs.
Et ce spectacle en est un.

Jean-Pierre Vanderlinden 

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