Marc Wasterlain signe le grand retour du Docteur Poche

Marc Wasterlain signe son retour avec une nouvelle aventure du Docteur Poche, un personnage qui a bercé l’enfance de nombreux lecteurs. L’auteur binchois nous invite une fois encore dans un univers empreint de poésie, de fantaisie et d’émotion. A l’aube de son 80è anniversaire, il continue de faire évoluer son œuvre avec une sincérité touchante. De quoi raviver la magie chez les fidèles… et séduire une nouvelle génération.

Les Jardins d’Alice © Marc Wasterlain chez Anspach

Créé il y a tout juste 50 ans, le Docteur Poche s’est imposé comme l’un des personnages les plus singuliers de la bande dessinée franco-belge. Un héros discret, rêveur, souvent entraîné dans des aventures où la réalité se mêle au fantastique. Au fil des décennies, Marc Wasterlain n’a jamais totalement abandonné son personnage.

L’idée de ce nouvel album est née presque par hasard lors du festival BD de Buc, en France.

« L’éditeur Nicolas Anspach, est venu me trouver. Il m’a raconté qu’à quatorze ans il avait découvert Le Docteur Poche et l’île des hommes papillons. Il m’a proposé d’essayer de retrouver cette ambiance un peu féérique. »

Une Alice revisitée

De cette rencontre est né le 17ᵉ épisode, Les Jardins d’Alice librement inspiré du célèbre roman de Lewis Carroll.

« Je me suis interdit de suivre l’histoire d’Alice au pays des merveilles qu’on connaît trop », précise-t-il. 

L’auteur préfère inventer sa propre intrigue, tout en conservant certains clins d’œil à l’œuvre originale. Au cours de cette aventure, le Docteur Poche découvre une étrange poupée à la tête cassée. Dans ses vêtements, une carte de visite porte un nom : Alice. Intrigué, il décide de retrouver la propriétaire de l’objet.

« Il connaît quelqu’un qui peut réparer les poupées, ça existe vraiment, des “hôpitaux pour poupées”. Mais avant cela, il va essayer de retrouver la jeune fille. »

Cette quête entraînera le héros jusqu’en Angleterre, où il rencontrera toute une galerie de personnages et créatures.

Les Jardins d’Alice © Marc Wasterlain chez Anspach

Un univers rempli de références

Comme souvent dans l’œuvre de Marc Wasterlain, l’histoire regorge de références culturelles. Ainsi on croise des personnalités historiques : Darwin, Proust, Einstein, ou encore Lewis Carroll. Ces apparitions sont autant d’hommages aux figures qui ont nourri l’imaginaire de l’auteur.

Les fidèles de son univers y retrouveront également plusieurs références à ses anciennes créations. Dès la première planche, le Docteur Poche croise le musicien Monsieur Bonhomme. Une apparition loin d’être anodine, puisque Marc Wasterlain y prolonge un thème qui lui est cher : celui du double et du dédoublement de personnalité. Une idée qu’il avait déjà explorée dans une ancienne histoire publiée dans le journal Tintin, intitulée Palais des Glaces.

Dans cette aventure, Monsieur Bonhomme se retrouvait dans une attraction foraine remplie de miroirs déformants… jusqu’au moment où son propre reflet semblait prendre vie, faisant basculer le récit dans une dimension plus étrange et inquiétante.

« Son double sort d’une glace et commence à l’insulter », raconte Marc Wasterlain. « Il le traite de miséreux, de pauvre hère qui joue de la musique dans la rue pour survivre. Face à lui apparaît alors une version totalement opposée de lui-même : un personnage arrogant, riche et puissant, qui revendique tout ce que Monsieur Bonhomme n’est pas. Le double dit : “Moi je suis riche, je suis puissant.” »

Cette apparition prend peu à peu une dimension fantastique. Le double possède même des capacités extraordinaires, presque surnaturelles.

« C’est un peu comme le Passe-Muraille, il peut traverser les murs ».

La confrontation entre les deux devient inévitable. Monsieur Bonhomme comprend alors qu’il ne pourra pas simplement fuir cette présence inquiétante.

« Il arrive à comprendre qu’il ne pourra pas s’en sortir sans se débarrasser de son fameux double, irréel en quelque sorte. »

Les Jardins d’Alice © Marc Wasterlain chez Anspach

L’histoire se transforme alors en duel presque existentiel, une lutte entre deux facettes d’un même personnage. Cette idée du double se retrouve aujourd’hui dans Les Jardins d’Alice, mais sous une forme différente. Dans le nouvel album, c’est Alice elle-même qui crée inconsciemment une version alternative de sa personnalité.

« Alice s’est inventé un avatar, cest un sosie qui n’existe que dans son imagination. Elle l’appelle “la méchante moi”. Quand elle a de mauvaises pensées ou qu’elle fait quelque chose de mal, ce n’est pas elle… c’est l’autre. « C’est pratique quand on veut accuser quelqu’un », lui dit le Docteur Poche. »

Mais dans l’histoire, Alice devra elle aussi faire face à cette part sombre d’elle-même.

« Elle va devoir se livrer à une sorte de combat. Cela touche à quelque chose qui existe vraiment. J’avais lu un article sur des cas de dédoublement de personnalité. Il y avait quelqu’un qui était censé être possédé par une centaine de personnalités différentes ! »

 Cette dimension fantastique et parfois absurde fait partie de la signature de Marc Wasterlain.

« On m’a souvent dit que j’étais surréaliste… comme tous les Belges peut-être », plaisante-t-il.

Les Jardins d’Alice © Marc Wasterlain chez Anspach

Un album…. final ?

Au fil de l’album, le dessinateur-scénariste glisse aussi quelques images plus personnelles. Il évoque notamment ses débuts dans la maison familiale.

« J’ai dessiné le premier Docteur Poche dans le grenier de la maison de mes parents. Mon père était médecin et nous habitions à Erquelinnes. »

Malgré l’évolution du marché de la bande dessinée, Marc Wasterlain continue de rencontrer un public fidèle lors des festivals et séances de dédicaces.

« Je vois toutes sortes de gens : des nostalgiques des premiers albums, mais aussi des parents qui viennent avec leurs enfants. »

Un mélange de générations qui prouve que l’univers du Docteur Poche est indémodable. Et à 79 ans, l’auteur ne semble pas prêt de poser son crayon. Si l’épisode Les Jardins d’Alice s’achève sur un soupçon de mystère : le double disparaît, puis réapparaît comme par enchantement, le rideau tombe définitivement — « Il n’y aura ni suite, ni deuxième album. J’ai déjà un autre projet », confie-t-il, sans vouloir en dire davantage.

Une chose est certaine : Marc Wasterlain compte bien continuer à raconter des histoires aussi longtemps que possible.

 « Je veux mourir un crayon à la main » conclut-il en riant.

Philippe Saintes

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