
« Gare à vous les loups, elles sont fortes, fières et en colère! » Il est fini le temps d’Alphonse Daudet où les chèvres se laissaient bouffer: défenseuses d’une littérature jeunesse inclusive, les éditions On ne compte pas pour du beurre publient une version modernisée, féministe, de La chèvre de Monsieur Seguin par Marine Coutroutsios et Anne Dory. Spectaculaire.
Résumé de Bye-bye Monsieur Seguin par On ne compte pas pour du beurre : Blanquette rêve d’aller gambader dans la montagne, mais M. Seguin la garde bien attachée pour qu’elle ne se fasse pas dévorer par le loup. Pourtant, Blanquette n’a pas peur du loup, car elle a un secret…

« C’est l’histoire d’une famille composée de deux mamans et d’une enfant qui voulait rencontrer dans les livres des familles qui leur ressemblent. En cherchant, elles ont très peu trouvé. Elles ont donc décidé d’écrire des histoires, avec des héro·ïne·s extraordinaires… dans des familles ordinaires.« , c’est comme ça que les éditions On ne compte pas pour du beurre présentent leur paysage livresque. Des romans, des albums illustrés à destination du plus grand nombre et avec une place pour tout le monde pour partager un message d’inclusivité et retourner quelques clichés.
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C’est le cas dans cette révision du célèbre conte d’Alphonse Daudet, quasiment 160 ans après sa publication initiale: La chèvre de Monsieur Seguin. Les autrices Marine Coutroutsios et Anne Dory se révèlent textuellement fidèles à 80% à cette Lettre de Mon Moulin avant un final choc et inattendu. Car Blanquette, qu’on pourrait prendre pour une tête brûlée, a un secret. On le répète et ça fait monter le suspense. Elle a la certitude que, cette fois, le loup va en avoir pour son argent, pas pour son appétit.

Mais avant de rencontrer le loup, on retrouve bien évidemment Blanquette sous la protection envahissante de Monsieur Seguin. Dans ses yeux (on ne verra pourtant pas son visage mais l’attitude paternaliste se voit comme le nez au milieu du visage), Blanquette est-elle un être vivant ou une chose malléable et à la liberté réfrénée par son geôlier. « Tu est une gentille, petite chèvre, toi au moins tu ne t’enfuiras pas« . La corde au cou, c’est compliqué. On comprend que Monsieur Seguin en a marre de voir ses bêtes déchiquetées. Mais peut-être pourrait-il croire Blanquette quand elle lui dit qu’elle « n’a pas besoin d’être protégée« . Autant chanter Malbrough. Monsieur Seguin pensait avoir verrouillé la situation, c’était sans compter une fenêtre ouverte. Blanquette prend la clef des champs et part à la montagne.
Marine Coutroutsios a imaginé un décor magnifique pour célébrer l’évasion de Blanquette. De double-page en double-page, on sent la garrigue, le parfum de la liberté et de la nature multicolore. Le paysage est changeant et l’illustratrice joue avec pour figurer le bel horizon délié, mais aussi la menace du loup qui se rapproche.Elle tient bien son personnage de petite chèvre que naïvement on pourrait penser insouciante. Puis du loup démesuré, monstrueux, sans échappatoire.

Mais malheur à ceux qui tenteraient de les enfermer, de les manger, ces créatures que l’humain veut fait passer pour chevrotantes. Elles en ont marre de se faire manger et se sont initiées au self-chèvre-defense. Ça change tout. Évidemment, que la métaphore et le message se généralisera aux femmes et petites filles qui auraient à affronter les masculinistes protecteurs ou prédateurs de tout poil. Cet album sème des petites graines de révolte appréciable, dans un superbe écrin. Que la montagne est belle.

À (se faire) lire dès 3 ans aux éditions On ne compte pas pour du beurre.

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