À babord, à tribord. Si les cowboys et les indiens, les policiers et les voleurs, les princesses et les chevaliers (surtout dans les glaces et les neiges, ces derniers temps) ont la cote dans les jeux de rôle des petits matelots, le pirate n’est pas en reste. Mais qui a dit qu’il devait être fort, courageux, ne jamais baisser la garde? Voilà deux histoires qui virent de bord et font voile, cap, sur les émotions.

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Jack, les pirates et la grande aventure : on s’est trompé de trésor, il n’est pas là où on croyait!

Résumé de Jack, les pirates et la grande aventure par Margot : Jack n’avait qu’un rêve : devenir un pirate redouté. Hélas, il n’avait ni jambe de bois, ni crochet à la main, ni bandeau sur l’œil, et encore moins de bateau. Mais il avait depuis peu un atout de taille dans sa manche : une véritable carte au trésor ! En embarquant pour cette grande aventure, Jack et ses copains ne se doutaient pas qu’elle leur offrirait bien des occasions de prouver leur courage et d’éprouver leur amitié. À croire que le plus précieux des trésors ne se cache pas dans un coffre…

Pour les grands comme les plus jeunes, Vincent Mallié est un orfèvre pour créer des univers aventureux, magiques, habités. Dans le village de Jack, toutes les espèces semblent cohabiter. Le casting est en tout cas fait de personnages empruntant leurs caractéristiques physiques tant aux humains, qu’aux volatiles, aux mammifères (souris ou chien), aux insectes (le phasme Émile, qui a peur de tout)…


Un tout petit monde! Pour preuve, quand Jack convainc ses amis de partir à l’aventure, à la chasse au trésor, c’est dans une coquille de noix qu’ils conçoivent, avec Charlie la charpentière, la coque de leur bateau. Alors, à leur vue de nez, un petit ruisseau leur semble vite être un océan infranchissable.


« Tiens bon la vague et tiens bon le vent », les voilà partis. Dans ce « chérie, j’ai rétréci les pirates », l’émerveillement du voyage, des paysages jusque-là inconnus, se dispute aux dangers, à n’importe quel moment. Branle-bas de combat. Pourtant, pas de sabre, pas de pistolet, pas de canon sur cette inoffensive embarcation de fortune. Mais la fraternité et l’esprit d’équipe, la charge de revanche peuvent vous tirer de bien des faux pas. Et le hasard peut bien faire les choses. Même si les moussaillons, d’eau un peu moins douce qu’au départ, se rendront compte que les trésors clinquants et trébuchants, c’est surfait et ce n’est certainement pas l’essentiel.

Vincent Mallié souffle l’aventure et la tendresse pour ces personnages, chacun avec ses qualités et ses défauts. Et l’idée de miniaturiser cet univers flibustier offre plein de surprises et de superbes illustrations. Hissez ho!
Et dans un autre registre:
A (se faire) lire dès 3 ans chez Margot.
Comme un pirate, fort, courageux, n’ayant peur de rien… même pas d’avouer ses faiblesses

Résumé de Comme un pirate par Alice Editions : Comme tous les pirates, Lucien est fort et courageux. Il connaît l’aventure, le grand large et les trésors. Un jour, ses parents l’envoient à l’école, pour y apprendre tout le reste. Intimidé, Lucien tente de cacher ses peurs pour se faire des amis. Et si le vrai courage, c’était justement d’oser être soi-même, avec des faiblesses et des émotions ?

« Il doit être fort et courageux, Lucien, comme un pirate qui n’a peur de rien. » Là-haut, depuis la vigie, sous le jolly roger, il a l’air grand, il fait fort. Et ça l’arrange bien. La mer, il est tombé dedans quand il était petit, il n’a connu qu’elle. Mais il ne faudrait pas qu’il plonge trop en profondeur, qui sait quel monstre pourrait l’y guetter? Sinon, cette vie au large, c’est le calme sur un océan à perte de vue, dans lequel le soleil se baigne en fin de journée, mais aussi les nuits de tempête. À bord de ce bâteau familial, c’est maman qui conduit, navigue, donne les ordres. Papa, lui, est maître d’équipage, cuistot, cartographe, chanteur. Tous les trois ont des perles dans les cheveux.

Sur le pont, derrière le canon ou tirant la corde qui hisse les voiles, Lucien est un couteau suisse débrouillard, il sait faire bien des choses dont les gamins de son âge sont incapables. Une vie de grand aventurier, à laquelle il faudrait peut-être offrir quelque temps une vie d’enfant? C’est pourquoi, ses parents débarquent Lucien, le scolarisent. Et voilà, Lucien, au premier jour de sa nouvelle vie, qui part à l’abordage de la cour de récré, avec son chapeau noir à tête de mort, son foulard, son costume délavé par le sel, ses bottes. Sauf que ce n’est pas Carnaval, il dénote parmi les tenues décontractées des autres enfants. Alors Lucien fait le vieux briscard, raconte ses histoires, attire les regards. Pourtant, tout cela cache quelque chose. Un malaise, un manque lancinant, grandissant. Il faudra bien lui dire à Lucien qu’il a le droit de pleurer, d’avoir des émotions, de ne pas être fort tout le temps, partout. Après tout, si la mer est salée, c’est à force de recueillir des larmes? Qui peuvent aussi être de joie.

Dans de superbes ambiances, découpant des ombres, donnant la part belle au ciel, faisant chavirer les couleurs, Ian De Haes nous fait rencontrer un petit pirate attachant,. Sans doute, sommeille-t-il en chacun de nous d’ailleurs. À quoi sert d’être fort si l’on ne montre pas des faiblesses de temps en temps. Peut-on avoir des réels amis, un vrai partage, si on se place toujours au-dessus de la mêlée, de l’écume. Dans la vie, faut se mouiller, avoir de l’humilité. Courageux et fort, sensible et joyeux aussi. Voilà une tempête de belles images de beaux messages.



À (se faire) lire dès 3 ans, chez Alice Éditions.
