« Le nouveau Jean-Christophe Grangé » n’est pas un roman, c’est une autobiographie qui se dévore comme un thriller. c’est bien simple, commencé ce matin, il est déjà épuisé en cette fin d’après-midi. Impossible à lâcher. On y comprend tout. On y découvre la perversité et le machiavélisme d’un homme, le père de l’auteur. Mais ce livre nous permet aussi de comprendre. Comprendre qui est cet auteur, d’où lui viennent ces noirceurs, pourquoi des intrigues autour des Cigognes, en Afrique ou en Amérique du Sud. Ce livre renoue avec l’urgence que j’aimais dans les écrits de Grangé. Il redonne toute sa place à l’auteur dans mon panthéon personnel. Ce livre, c’est finalement le seul qu’il était vital d’écrire. En espérant qu’il puisse encore nous régaler avec son imagination hors norme après l’avoir enfin sorti de lui. Mais ce livre est avant tout une déclaration d’amour immense et magnifique pour Andrée et Michèle, grand-mère et mère de l’auteur best-seller.
Résumé de l’éditeur : Depuis que j’écris des romans, la question qu’on m’a le plus souvent posée est : mais d’où vous viennent des idées pareilles ? Je réponds parfois : l’inspiration … En réalité, je n’en sais rien. Mais la question revient tellement souvent qu’elle m’a forcé à réfléchir. Et si quelque chose de singulier était survenu dans mon existence qui puisse expliquer une inspiration aussi violente ? Je me suis tourné vers l’enfance. Si la mienne a été parfaitement heureuse, elle n’a pas été normale. j’ai grandi, sans le savoir mais en le présentant, à l’ombre d’une menace, d’une histoire d’épouvante que personne n’a jamais voulu me raconter. Mais d’où vous viennent des idées pareilles ? Ce livre est la réponse.
Lire un Grangé, c’est accepter de plonger dans l’horreur. C’est pour ca qu’on aime l’auteur, c’est parce qu’il nous a déjà montré à de nombreuses reprises qu’il est capable d’inventer des histoires terribles, sales, crades. Qu’il nous emporte aux confins de la folie, de l’horreur, de la torture et des meurtres. Mais, je dois le concéder, ses derniers romans ne m’ont pas apporté les sensations des premiers et je ne retrouvais plus le Grangé de ses débuts. Tout homme évolue, la vie fait son œuvre, le succès l’avait peut être un peu « assagi ». Mais « Je suis né du Diable » vient rebattre les cartes.
Ce livre était une nécessité. Sans doute pour l’auteur, je l’ignore et cela lui appartient. Mais surtout pour nous, les lecteurs de la première heure. Jean-Christophe Grangé ne se livre pas facilement en interview. Ce n’est pas l’exercice dans lequel il est le plus à l’aise (cela se sent et il le confirme dans ce livre) et ce n’est pas non plus dans ces situations qu’il donne le meilleur de lui. Il est souvent fermé, hautain, parfois prétentieux et régulièrement obscur. Il pense qu’un roman bien écrit se suffit à lui même et que si l’auteur doit venir s’expliquer sur un plateau de télévision, c’est qu’il a faillit dans l’exercice de son métier. Je partage cet avis… C’est pour ça que je préfère ne jamais rencontrer les auteurs. Pas de salon du livre, pas de séance de signature, pas de discussion autour d’un verre. Jamais de contacts directs. Car si leurs noirceurs me plaisent dans leurs écrits, je leur souhaite – pour leur équilibre mental – de ne pas la vivre à ce niveau dans leur vie quotidienne… Et leurs « vie normale », leur » story » ne m’intéresse pas. Ce qu’ils ont à dire, ils l’écrivent.
Mais il reste reste quand même que comprendre l’histoire de quelqu’un auquel on trouve du génie est très intéressant. Je ne lis pas de biographie généralement et encore moins d’autobiographie. Je pense que cet exercice est généralement assorti de beaucoup d’autosatisfaction et d’égocentrisme. Mais j’aime les documentaires télévisés et cinématographiques sur les grands scientifiques, les génies dans leurs domaines car ils permettent de comprendre l’intelligence, d’approcher le processus de création, de percevoir l’impalpable. Et c’est exactement là que Jean-Christophe Grangé nous emmène avec Je suis né du Diable. Dans cette part de l’être humain qui est l’essence même d’un individu, son enfance, ses expériences, sa construction personnelle. Et elle éclaire parfaitement les différents romans de l’auteur, on y comprend de manière plus complète, précise et globale sa bibliographie.
L’auteur n’échappe pas, de par l’exercice spécifique d’un récit autobiographique et sans doute aussi un peu sa personnalité, à quelques vanités mais elles sont brèves et pardonnables. Parce que tout est vrai dans ce récit. Et l’horreur en est encore plus glaçante. Je vous laisserai la découvrir seul pour ne pas brûler votre plaisir.
Mais ce récit est surtout indispensable pour bien comprendre les livres de l’auteur. Il y a la noirceur, les tortures, les meurtres et ces assassins si tordus mais il y a toujours des décors riches, épais, construits. Ces paysages, ces pays, ces gens qui rendent les histoires encore plus réelles. Et cela aussi « Je suis né du Diable » l’explique.
Et puis, je prends ce récit avant toute chose comme une immense déclaration d’amour à sa mère et sa grand-mère. Les deux femmes de sa vie qui ont fait de lui l’homme à succès et à failles d’aujourd’hui. Et rien que pour ça, c’est magique.
Je terminerai par les mots de Jean-Christophe Grangé :
« …encore une fois, l’extrême dureté de l’existence de ma mère. Peut-être qu’élever seule son enfant n’a pas l’air comme ça mais moi, j’ai toujours su, avec mes tripes, que c’était la pire tannée qu’on puisse imaginer. Après tout, j’étais aux premières loges. Nourrir son gamin, l’habiller, le décrasser, le soigner, payer ses frais de scolarité, l’emmener en vacances, régler en long, en large et en travers les dépenses liées à son développement physique et intellectuel, le docteur, le dentiste, l’orthodontiste, le coiffeur, les cours de ceci, les cours de cela, et j’en passe, s’enfiler, au fil des différents âges, des angoisses en série, de la tête ouverte sur un coin de table au doigt pris dans une porte, des nuits blanches à attendre que son ado de fils rentre d’une fête quelconque jusqu’aux semaines sans nouvelles parce que monsieur est parti faire du camping avec ses copains…. »
Chaque mot de ce livre, même ceux qui ne parlent pas d’elles, est un cri d’amour pour ces deux femmes.
Auteur : Jean-Christophe Grangé
Titre : Je suis né du Diable
Edition : Albin Michel
Sorti le 15 octobre 2025
336 pages
Prix : 21,90 €




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