Le Complexe de la Sorcière se jouait pour trois soirs au cabaret L’Os à Moelle à Schaerbeek.
Une écrivaine parisienne vit une expérience étrange : une sorcière prisonnière de l’Inquisition envahit son bureau. En menant son enquête, elle découvre que la Chasse aux sorcières se reproduit sous diverses formes depuis la Renaissance.

La pièce Le complexe de la sorcière, présentée au cabaret L’Os à Moelle, une adaptation du roman d’Isabelle Sorente est une œuvre audacieuse qui explore les thèmes de la féminité, de la sorcellerie, du doute et de la rébellion à travers le prisme de l’humour et de la tragédie. C’est l’épatante Julie Lenain et sa talentueuse partenaire Amélie Saye qui portent ce texte poignant parfois drôle et incisif dans une adaptation et une mise en scène signée Sarah Dupré.
Sur les planches , le duo offre une performance épatante qui ne laisse pas indifférent.

Dès les premières minutes, le côté intimiste du cabaret crée une atmosphère propice à l’immersion dans cet univers singulier. Les comédiennes, par leur présence charismatique, parviennent à établir un lien immédiat avec le public. Julie Lenain, avec son jeu nuancé, oscille entre la légèreté et la profondeur, incarnant une sorcière moderne qui remet en question les stéréotypes et les préjugés qui entourent la figure féminine.
Amelie Saye lui donne la réplique et nous gratifie elle aussi de la maîtrise d’une riche palette d’émotions, grave et drôle à la fois. la scène des poupées qu’elle anime étant un grand moment de théâtre à la limite du burlesque et d’une drôlerie épatante.
Le Complexe de la Sorcière c’est ce soupçon permanent de soi instillé aux femmes torturées ou aux femmes témoins de la torture d’autres femmes de leur famille ou de leur entourages. Et dans ce cas ci on assiste à des allers-retours, des parallèles entre la sorcière d’hier et la femme d’aujourd’hui qui en a gardé l’empreinte.

Le texte, à la fois incisif et poétique, aborde des sujets délicats tels que la misogynie, la quête d’identité et la lutte contre les normes sociétales. Les dialogues, souvent saupoudrés d’ironie, sont porteurs d’une réflexion profonde sur la condition féminine, tout en gardant une légèreté qui permet au public de sourire tout en réfléchissant. La complicité entre les deux comédiennes est palpable, et leur dynamique et leur implication apportent une richesse supplémentaire à la narration. Elles sont toutes les deux extraordinaires de naturel, et maîtrisent avec une grande implication certaines scènes assez éprouvantes.
Mention spéciale également à la musique bien choisie qui sert d’écrin au spectacle avec des titres de groupes comme Queen of the Stone Âge, Supertramp, Pink Floyd ou les Cranberries.

Le Complexe de la Sorcière réussit à captiver son audience, et offre une réflexion pertinente sur la sorcellerie comme métaphore de la résistance et de l’émancipation.
Cette pièce mérite d’être vue, tant pour la performance de ses comédiennes que pour la richesse de son propos. Souhaitons lui de trouver un beau parcours de programmation qu’elle mériterait amplement .
Au cabaret L’Os à Moelle, cette œuvre a fait son petit effet auprès du public dans un cadre à la fois chaleureux et stimulant.
Une belle réussite !
Jean-Pierre Vanderlinden
Distribution : Amélie Saye et Julie Lenain.
Adaptation et mise en scène : Sarah Dupré.
Aide à la dramaturgie : Peggy Thomas.
Travail chorégraphique : Lisa Coppi
Création lumières : Bruno Smit.

