La pièce Kean, mise en scène par Alain Leempoel et actuellement jouée au Théâtre Royal des Galeries, est une œuvre qui plonge le spectateur dans l’univers tumultueux d’un des plus grands acteurs de son temps, Edmund Kean. Avec une distribution talentueuse et nombreuse, ils sont douze comédiens et comédiennes sur scène, et notamment Daniel Hanssens dans le rôle-titre, la pièce réussit à capturer l’essence de la passion, de la folie et de la tragédie qui caractérisent la vie de cet artiste hors du commun.

Dès les premières scène Daniel Hanssens impose sa présence sur scène même si jamais, pour ma part, il ne transcende le personnage comme l’avait fait un Jean-Paul Belmondo que j’ai eu l’occasion d’applaudir au Théâtre Marigny en son temps. Certains disaient alors que même dans Kean, Belmondo faisait du Belmondo avec une certaine gouaille et un certain panache qu’on appréciait ou pas, on peut dire qu’ici Hanssens fait du Hanssens avec rigueur, sérieux et sobriété et avec peut être moins de légèreté et de folie que son illustre prédécesseur.
Mais attention, Hanssens est un excellent comédien tout le monde le sait, et son interprétation de Kean est nuancée, oscillant entre la grandeur de l’artiste et ses failles humaines, car la pièce est longue et parfois rude et transmettre la complexité du personnage, entre éclats de génie et moments de vulnérabilité n’est pas chose simple.

L’alchimie entre Kean/Hanssens et ses partenaires de jeu ajoute une profondeur émotionnelle à l’ensemble.
A ses côtés on trouve la lumineuse Shérine Seyad, Laurence D’Amelio, parfaite en comtesse Eléna, Marc De Roy toujours juste, Michel Hinderyckx, David Leclerck, Virgil Magniette, Christel Pedrinelli, le toujours excellent Pierre Poucet, Dominique Rongvaux en Prince de Galle, Robin Van Dyck et Jean-Michel Vovk qui complètent brillamment la distribution, apportant chacun leur touche unique à cette fresque théâtrale.

La mise en scène d’Alain Leempoel est respectueuse du texte original et puisque la pièce explore la relation entre l’acteur et son double, la scénographie repose sur un jeu de miroirs : miroir classique, miroir sans tain, transparences et reflets. qui transporte le public dans le Londres du XIXe siècle. Elle repose de ce fait sur des oeuvres de Shakespeare, transformés en grands éléments de décor qui structurent et habitent l’espace scénique.
Tout le monde de Kean se construit autour de ces mots d’auteurs écrits bien avant lui.
Qui est donc Kean ? Peut-il exister sans jouer la comédie ?
Le texte, adapté de la pièce de Dumas, reste fidèle à l’esprit de l’œuvre tout en apportant une modernité qui résonne avec les préoccupations contemporaines. Les thèmes de la célébrité, de l’isolement et de la quête d’identité sont donc explorés offrant au spectateur matière à réflexion.

Cependant, la pièce est longue et manque parfois de rythme, et si vous ne vous régalez pas toujours avec les oeuvres d’Hugo et Sartre, vous pourriez devoir vous accrocher durant les deux heures trente entrecoupées d’un entracte que dure la pièce, mais ces éléments ne ternissent en rien la qualité globale de la production.

En somme, Kean est une pièce qui mérite d’être vue, tant pour la performance de Daniel Hanssens et d’une Sherine Seyad pétillante, que pour la direction artistique d’Alain Leempoel.
C’est une exploration poignante de la vie d’un artiste tourmenté, qui rappelle que derrière le masque de la gloire se cachent souvent des luttes intérieures.
Jean-Pierre Vanderlinden
Kean se joue au Théâtre Royal des Galeries jusqu’au 25 mai 2025: https://theatre-des-galeries.odoo.com/kean
