
Après le magnifique et habité Moon, hors saison et dans un centre aquatique à l’abandon, Cyrille Pomès continue son tour de France, et des coins qui pourraient être le trou du cul de celle-ci, toujours dans la joie et la vie. D’autant plus qu’il y a effervescence, la foire vient de s’installer pour le plaisir des petits et des grands. L’occasion de découvrir les deux facettes de cette communauté, quand un drôle de fait divers se produit.

Résumé du tome 1 d’Une enquête du Lieutenant Bertillon par Dupuis : Les forains ne sont pas à la fête. Car l’un d’entre eux, Dylan, vient de mourir dans l’incendie de sa caravane. Joshua, patriarche de la communauté, père de la victime et patron de la grande roue, ne voit toutefois pas arriver d’un bon œil le jeune et discret lieutenant Bertillon. Car chez les forains, on gère ses problèmes entre soi… Sauf que Bertillon est comme un coquillage : discret mais bien accroché. Malgré l’hostilité des forains, y compris celle de Wanda, la propre fiancée de Dylan, il va donc tenter d’éclairer les nombreuses zones d’ombre autour de la mort du jeune homme, qu’il s’agisse de secrets de famille, d’ardoises mal réglées ou du recours à d’étranges pratiques ésotériques…


Les forains ne sont pas à la fête… mais ils voudraient faire comme si de rien n’était. Le fils prodigue a disparu dans un horrible incendie, le Lieutenant Bertillon, nouveau dans la région, n’entend pas classer l’affaire comme un drame tragique mais sans intervention d’un tiers. Contre sa hiérarchie et la famille des forains, recevant juste l’aide d’une chèvre pas toute juste et d’un chef coq dont la spécialité est le hot-dog, armé d’une étrange amulette trouvé sur les lieux du crime, Bertillon fait son petit bonhomme de chemin, non sans quelques moments chauds. Comme cette chasse à l’homme sur la piste des autos tamponneuses.

Dans cette première enquête de 74 planches, quelque part entre Columbo et les ch’aventures du commandant Roger Van der Weyden (cher à Bruno Dumont et son P’tit Quinquin), Carine Barth et Cyrille Pomès n’ont pas leur pareil pour nous entraîner d’attraction en attraction dans cette espèce de village gaulois (mais répondant à d’autres mythologies) sur qui le ciel n’est pas loin de tomber sur la tête mais qui tient bon, parce que c’est comme ça depuis que le monde est une foire. Et les couleurs de Pascale Drac y participent.




Avec un héros qui n’a l’air de rien mais parvient à faire se délier les langues, même dans les non-dits, Cyrille Pomès fait exister de son trait tortueux et tellement vivant (Mike Mignola dit quand même de lui en préface: « il y a des dessinateurs qui vous amènent à repenser totalement votre pratique de ce métier, à tel point que vous voudriez revenir en arrière et modifier votre propre manière de dessiner ») ses personnages en une apparition, travaillant leurs psychologies au fil des planches. Tout coule de source depuis la nuit des temps, avec en prime, une légende mystique et fantastique inventée de toutes pièces (?) mais à laquelle on croit dur comme fer en sortant de cette lecture qui mêle vie, mort, amours, déterminismes confrontés à des envies d’émancipation, toutes les choses de la vie dans un vase tout sauf clos, avec des sensations fortes et surréalistes.


Puis, il y a un final qui nous laisse songeur, comment Barth et Pomès vont-ils proposer une deuxième enquête à leur insaisissable personnage qui semble avoir trouvé sa place. On leur fait entièrement confiance. D’ailleurs, cette seconde aventure, les lecteurs de Spirou en ont eu la primeur. Sortie de Sedna, début 2025.
À lire chez Dupuis.
Preview :












