
Des flingues, des épées, des hommes et femmes du futur face à des humains du passé. Le cocktail peut paraître étrange mais l’image, plus facilement mise en oeuvre que dans n’importe quel autre média, peut laisser rêveurs les hommes modernes que nous sommes, dans une société sans beaucoup de surprises mais nourrissant tellement d’angoisses. Dans les séries Moon, de Stephan Louwes et Johan Vandevelde, comme Au-delà de minuit, de Tanguy Pâques et Julien Janssens, l’anachronisme est roi de l’aventure post-apocalyptique, sur des territoires bien différents.
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Moon, le XXIVe siècle est parmi eux

Résumé du tome 1 de Moon par Anspach : Perris, 2323. Près de trois cents ans après un conflit nucléaire mondial, la vie a repris tant bien que mal pour l’humanité. Les survivants se sont rassemblés dans des mégapoles construites sur les ruines de ce qui était autrefois l’Europe. Rik De Ridder et Lynn Moon travaillent pour une organisation gouvernementale ultra-secrète, qui élimine les criminels tentant de s’enrichir en voyageant dans le passé. Leurs enfants, les triplés Emily, Cleo et Alex, ignorent tout de la vie parallèle de ces parents si souvent absents. Mais suite à une étrange découverte, le doute s’installe…

Vous imaginez ce que les peuples d’hier ou d’avant-hier pourraient réaliser avec les connaissances et les outils (plus ou moins) formidables de notre XXIe siècle? Il y aurait de quoi influencer le cours des guerres, du monde et de l’Histoire. Alors, forcément, dans ce futur qui a rendu possible les voyages dans le temps, les marchands et les criminels s’encombrent peu des paradoxes temporels pour peu qu’ils puissent faire fortune avec les pièces rapportées du XXIVe siècle et apportées plus de mille ans en arrière. Comme dans ce Jérusalem époque 1187, terre de croisade.


C’est là que sont envoyés Rik et Lynn, couple à la ville comme à l’action. Enfin, à l’action, pas trop quand même. S’ils sont chargés d’arrêter les méchants qui pourraient retourner le cours du temps, ils doivent surtout veiller à ne pas laisser de traces, à ne pas eux aussi engendrer un paradoxe irréversible et pouvant supprimer toute la descendance de l’une ou l’autre victime collatérale. Mais voilà, Rik est… comment dire… un peu impulsif. Puis, le couple n’est pas des plus secrets… quant à ses missions secrètes. Et leurs enfants ne sont pas les derniers à réfléchir et à identifier les incohérences dans l’agenda de leurs parents. Ça peut vite mettre un boxon millénaire dans cette histoire.


Avec un titre (Une balle pour un croisé) inspirant et une couverture totalement inattendue par rapport à ce qu’il va raconter, ce premier tome de Moon se découvre en noir et blanc, avec de beaux effets d’ombres, plus ou moins appuyés. Ça aussi, c’est inattendu, mais les auteurs assument pleinement leur bichromie, dans un style expressif, mêlant décors fouillés et personnages semi-réalistes et hauts en couleur. On pense, toutes proportions gardées à Nicolas De Crécy ou Amaury Bundgen.

Si on a l’impression que le pitch n’est pas inédit, la manière qu’ont Johan Vandevelde (au scénario) et Stephan Louwes de l’amener, est complètement fun et décomplexée. Je suis un peu resté sur ma faim comme nous n’assistons qu’à une mission à l’étranger et dans le passé du duo, mais force est de constater que leur progéniture assume aussi le spectacle, le passe-passe et une surprise finale… que les auteurs ne manqueront pas de nous révéler dans un deuxième tome. En attendant, frustration, ben oui! Mais ce fiasco familial est très prometteur.


Au-delà de minuit, mais pas encore trop tard

Résumé du tome 1 d’Au-delà de Minuit par LNQL : Suite à une apocalypse climato-nucléaire, l’Humanité a manqué de peu l’extinction totale. À son crépuscule, elle n’était plus représentée que par une poignée d’enfants, mais elle s’est accrochée à la vie et s’est peu à peu relevée. Sans références, cette Humanité fébrile a progressivement perdu toute notion de son glorieux passé malgré des vestiges de toutes sortes dont l’origine fut bientôt qualifiée de magique ou divine. Pourtant, plus de 500 ans après l’apocalypse, alors que cette Humanité nouvelle en est au stade médiéval, le passé va ressurgir des entrailles de la terre pour brouiller les lignes et incarner le futur. Un jeune serf va profiter de ces remous pour tenter de se forger un destin au-delà de ce qu’il n’aurait jamais pu imaginer. Prêts à passer le cap de minuit ?

Autre rencontre du troisième type au menu d’Au-delà de minuit, premier tome d’une série en circuit-court, écrite et dessinée, imprimée en Belgique après un crowdfunding. L’occasion pour ses auteurs Tanguy Pâques et Julien Janssens d’être entièrement libres de toutes considérations éditoriales et commerciales tout en réalisant leur rêve de publier une première BD au rendu très professionnel et efficace.




Autre rencontre du troisième type, donc, avec des éléments de départ semblables à Moon mais d’autres directions prises. Déjà, ici, ce n’est pas la terre sainte, mais un monde oublié sur lequel la nature a repris ses droits tout en préservant quelques vestiges d’une activité humaine avec ses bons et ses mauvais côtés. Minuit a sonné à l’horloge de l’Apocalypse et a été dépassé. Plus de 500 ans après notre ère, pourtant, des humains ont survécu.

Combien? Impossible à savoir, les villes ou plutôt les fiefs ne sont plus connectés et le groupe de survivants (enfin plutôt leurs descendants) est revenu à un mode de vie médiéval. D’où son étonnement quand, sortant de terre, des robots dont on ne sait top ce qu’il y a dedans, apparaissent. Surarmés, et pas de bonnes intentions. Le choc des civilisations peut commencer.


Assumant leur côté geek et fun, tout en conscientisant à faire avec les ressources (pas si illimités) qu’on a et non celles qu’on n’a pas, Pâques et Janssens commencent ici une curieuse épopée, avec toute une mythologie multiculturelle qu’on découvre au fil des pages. Sans doute y’a-t-il encore d’autres personnages et clans à découvrir. Ce sera pour plus tard.

En attendant, avec des héros très différents les uns des autres et des associations complémentaires même si elles n’allaient pas de soi au départ (Keloh, ce chevalier bien moins courageux que ce garçon d’écurie, Zerki, par exemple; un prince disparu et sous le choc, aussi), les auteurs nous font découvrir sous toutes les coutures ce territoire mystérieux, ses « tribus », ses monstres aussi. Et, déjà, dans chaque camp, des envies de dissidence. Sur un scénario qui en garde sous le coude pour un deuxième tome annoncé explosif, Julien Janssens se révèle dans de chouettes ambiances (qui doivent aussi aux couleurs de Vincent Lemasson) et des choix de narration dynamiques et créatifs. Comme avec cette focalisation interne, qui fait un peu jeux vidéo, assez sympa et qui intègre un peu plus le lecteur à cette aventure. Très prometteur.


Le premier tome de Moon à lire aux Éditions Anspach.
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Le tome 1 d’Au-delà de minuit à lire chez La Neige qui Leste (LNQL).
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