Le Théâtre Le Public enchaîne les créations et c’est le cas une fois encore avec La Tête dans le Frigo de Julie Dacquin, dans une mise en scène d’Isabelle Paternotte. Une pièce grinçante née d’un travail collectif qui interpelle et ne laisse personne indifférent.
Dans sa maison de retraite, Granny a été retrouvée morte, la tête dans le frigo. Bim !
Mourir la tête dans le frigo franchement, a-t-on idée !
Sa fille, ses deux petites-filles et leur cousine se retrouvent pour organiser les funérailles. Un noyau féminin explosif qui va faire fondre la glace des non-dits, de la langue de bois et du politiquement correct.

Disons le tout de suite, même si la pièce traite d’un sujet somme toute dramatique, on rit beaucoup durant ce spectacle, mais parfois jaune, d’autant plus que la première partie de La Tête dans le Frigo déconcerte les spectateurs alternant étonnamment entre comédie grinçante et drame un peu malaisant.
Beaucoup se demandent s’ils doivent rire ou rester graves face à des situations auxquelles la plupart de nous avons déjà été confrontés lors d’un décès.
On ressent perceptiblement une forme de malaise insidieux qui s’installe dans le public face à ces moments de vive tension que vivent les personnages autour des deux thèmes principaux, la famille et la mort. Des moments de douleurs et de stress où, généré par une grande tension nerveuse et un chagrin feint ou ressenti, le rire nerveux n’est jamais loin.

L’histoire va évoluer crescendo, allant de situations douces amères mêlant chagrin, douleur et amour, à un séisme chaotique, sorte de délire le plus total qui mêlera absurdité, dérision et folie à leur paroxysme lors de situations en cascade devant lesquelles on ne peut qu’exploser de rire.
Car une crémation ou un enterrement ce n’est jamais facile. C’est une épreuve, un passage qu’il faut traverser sans y être vraiment préparé durant lequel l’humain continue à vivre avec ses rires et ses pleurs.

Les quatre personnages féminins sont interprétés par une palette de comédiennes épatantes que sont Julie Dacquin, Alexia Depicker, Laure Godisiabois et l’extraordinaire Jo Deseure qui pourrait vous jouer le bottin en le rendant passionnant tant son talent est immense.
Elles parviennent toutes à nous faire vivre l’instabilité dans laquelle sont plongés leurs personnages, tentant chacune à leur manière de s’y adapter maladroitement, cruellement et violemment parfois mais toujours avec en toile de fond ce rire salvateur et libérateur, véritable signe de vie.

La Tête dans le Frigo est une farce amère, cocasse et absurde dans laquelle Julie Dacquin nous met face à nous- mêmes, usant de notre peur primaire de la mort pour nous faire encore plus aimer la vie.
Une pièce atypique et drôle, à voir de toute urgence !
Jean-Pierre Vanderlinden
Du 12 janvier au 24 février au Théâtre Le Public / Salle des Voûtes
Infos et réservations : https://www.theatrelepublic.be/
