La Bigaille: un moustique qui apporte du sang neuf à la convivialité rurale et dans les pattes duquel se glisse le BD-reporter Thibaut Lambert

© Lambert chez Des ronds dans l’O

Depuis des pionniers comme Guy Delisle ou Joe Sacco, force est de constater que le crayon et le carnet de notes, de croquis, se sont ouverts les plus belles portes du monde et celles de ses lieux les plus prestigieux: de l’Elysée à Amazon en passant par un journal ou une radio, entre beaucoup d’autres. La bande dessinée du réel s’aventure partout pour décrire les mécanismes sociaux, politiques, culturels de grandes instances… mais il est parfois aussi intéressant d’aller au coin de la rue. Ce que Thibaut Lambert a fait, en passeur de lien, pour mieux nous faire découvrir la Bigaille. Avec comme emblème un moustique, inoffensif, qui pique la curiosité.

Résumé de l’éditeur : Face aux difficultés d’accès à la culture en milieu rural, un groupe de citoyens a créé une association qui donne vie à un projet culturel collectif : La Bigaille, un bar associatif, ouvert à tous et géré par des bénévoles depuis 10 ans. Leur programmation artistique séduisante redynamise la petite ville de campagne et ses environs. L’expérience, véritable modèle de réussite, montre à quel point l’important n’est pas d’avoir ni d’être, mais de faire ensemble ; elle nous invite à co-construire nos propres projets écologiques ayant du sens dans un monde en mutation.

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La Bigaille, kézaco? Bigaille, c’est du patois, dixit l’une des pionnières de ce lieu d’un nouveau genre à Marennes (à deux pas de Saint-Trojan et d’Oléron, mais côté continent). ‘Un ensemble de petites choses qui individuellement ne valent rien… mais rassemblées ont une force. » C’est par la bande, à force de rencontres entre amis et connaissances, sans projet commun à extérioriser jusque-là, qu’est née l’idée folle d’un arrêt public, un bar associatif, culturel. Qui fête ses dix ans ces temps-ci, dont l’équipe s’est constamment renouvelée (volonté affichée dès le départ par les premiers bénévoles) et dont l’histoire vaut le coup d’oeil et la lecture.

© Lambert chez Des ronds dans l’O

En prenant La Bigaille comme exemple des initiatives qui se développent localement aux quatre coins de la France et d’ailleurs, Thibaut Lambert montre à quel point l’idée ne suffit pas, car tout ne vous tombe pas tout cuit dans la bouche: il faut de l’engagement et un sacré lot de connaissances pour que le rêve tienne la route. Une sacrée gymnastique de cerveaux aussi. Mais, comme l’indique si bien le patronyme de ce réceptacle à bonnes ondes humaines et vitales, ensemble, on va plus loin. Pour trouver un lieu, réduire les coûts de transformations, demander des devis, séduire les soutiens (y compris politique – un maire qui y croit, au-delà de l’esbroufe, ça ne se voit pas tous les jours), les futurs prestataires, et j’en passe…

© Lambert chez Des ronds dans l’O

Au manuel à destination de ceux qui voudraient se lancer dans pareille aventure (avec tout le langage d’initié et les acronymes qui incombent), Thibaut Lambert a pris le temps de la rencontre, en individuel ou en collectif, et dresse là un beau portrait des Messieurs-et-Mesdames-tout-le-monde qui dépassent leurs intérêts, leur popote personnelle, pour donner de leur temps et leur énergie pour la cause commune, le divertissement mais aussi l’esprit de communauté. Au-delà du pré carré et de la cité-dortoir. Créer du lien, ça fonctionne et ça enrichit, cela se voit au fil des « générations » de comitards de cette salle de village dynamique. Et si les premiers ne sont pas reconnus en tant que pionniers? C’est encore mieux, c’est que l’expérience fonctionne.

© Lambert chez Des ronds dans l’O

Encore une fois, la BD est un très bon média pour aller dans le détail, focaliser le regard sur une multitude de détails et d’action. Si les anecdotes trouvent leur place, je me dis que cet album aurait pu néanmoins être un peu plus gourmand et faire un peu plus participer le lecteur à un événement comme en organise La Bigaille. On sent toute l’énergie mais la musique manque un peu. Pas de quoi retirer tout le mérite de ses activateurs de la vie locale et de la programmation d’artistes qui n’ont pas forcément pignon sur rue. Thibaut Lambert a fait là un travail utile et prouve que tout est possible quand on y croit un peu et qu’on s’y met un bon coup.

© Lambert chez Des ronds dans l’O

À lire aux Éditions Des ronds dans l’O

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