La Gazette du BIFFF #7: un cadavre inattendu, une influenceuse qui pête les plombs, des latinos bien mal embarqués, un scénario de fin du monde bouleversant et une Heidi complétement Mad qui a créé l’événement. Sans doute la meilleure journée du Bifff 2022

Salut les accros du BIFFF ! Vous qui aimez frémir, trembler, vous agripper à votre siège, le cœur battant et les tempes en sueur tandis que l’hémoglobine coule à flot sur l’écran et que votre héroïne préférée se fait trucider par un psychopathe, avec La Gazette du BIFFF je vous dis tout sur le 40e festival international du film fantastique de Bruxelles. Critiques de films, impressions, anecdotes, coups de coeur et déceptions, par ici m’sieurs dames suivez le guide !

Q&A Mad Heidi

Ce mercredi 7/09  fut une très bonne journée niveau programmation, sans doute jusqu’ic la meilleure depuis le début du festival. Aucun mauvais film et quelques pépites, je vous en parle en détail dans quelques lignes.

On commence avec Next Door au Ciné 1 à 14h.

Après cinq années infructueuses à tenter l’examen d’entrée de l’académie de police, on peut officiellement dire que Chan-woo est un branleur de compétition. Bon, à sa décharge, il faut quand même dire que ses voisins sont du genre à tenir un Hellfest à domicile chaque soir, ce qui ne facilite pas la concentration… En plus, pour l’inscription à sa sixième tentative, il est fauché comme les blés. Heureusement, un de ses amis est prêt à le dépanner, mais à une condition: venir boire un verre avec les copains. Et un verre entre copains, on sait ce que ça veut dire… Le lendemain matin, Chan-woo se réveille avec les cheveux qui poussent à l’intérieur du crâne et un blackout total de la fameuse soirée. Et ça, franchement, c’est le cadet de ses soucis car il s’aperçoit qu’il n’est pas chez lui mais chez ses tapageurs de voisins. Et surtout, qu’à ses pieds, gît un cadavre dans une mare de sang…

Next Door est un thriller coréen, et on connait le talent de nos amis asiatiques lorsqu’il s’agit de produire des films efficaces.

Next Door n’échappe pas à la règle malgré une intrigue quelque peu confuse et certaines scènes surjouées  qu’on aurait aimé plus sobres, mais dans l’ensemble les aventures de cet anti-héros aspirant policier qui se déroulent quasi en huis-clos nous font passer un bon moment, sans être non plus le film du siècle.

Un bon film efficace, idéal pour une soirée thriller entre amis.

Note : 12/20

Année 2021
Réalisateur Ji-ho Yeom
Casting Dong-min Oh,
Hee-jin Choi & Jung-hyun Lee
Distributeur Finecut
Genre black comedythriller
Audience ENA
Durée 92′
Pays Corée du Sud

Pas de temps à perdre, je dois regagner le Ciné 2 pour 16h30, pour le rattrapage de American Carnage qui avait été interrompu puis annulé en début de festival pour cause de problème technique.

À l’approche des élections, un gouverneur ricain rejoue la fameuse carte de la tolérance zéro en décidant d’arrêter tous les enfants d’immigrants clandestins. Peu importe que ceux-ci soient totalement intégrés, voués à un avenir brillant ou même fiers de se considérer comme Américains, ils ont surtout le malheur d’avoir une gueule de latino. Une fois en cage et vêtus avec ce qui semble être le déstockage de Guantanamo, ils se voient néanmoins proposer une alternative : faire du bénévolat dans une maison de retraite flambant neuve… JP fait partie de ces latinos qui acceptent le deal. En plus, il a toujours eu le cœur sur la main. Aider une vieille dame à traverser dans les clous ? C’est totalement son truc. Sauf que ces vieux-là, ils ne sont pas taillés dans le même sapin. Complètement psycho(tiques et pathes), ces résidents symbolisent un secret encore plus terrifiant que le gouffre fasciste dans lequel la bannière étoilée est en train de plonger…

American Carnage fait partie des films américains qui dénoncent le malaise d’une société décadente qui est la nôtre, et dont les dérives éclatent depuis quelques années aux USA via des changements de mentalité et des décisions politiques conservatrices et aberrantes. Même s’il s’agit d’une dystopie, on ne sait pas trop en regardant le film s’il s’agit d’un documentaire ou d’une fiction tant son propos colle à l’actualité d’un monde qui part réellement en couilles. Véritable cri d’alarme, car il nous bouscule par l’excès de son scénario, le film est d’une grande efficacité et raconte aussi une bonne histoire qui tient le spectateur en haleine de bout en bout.

Un bon ticket que je vous conseille vivement.

Note: 16,5/20

Année 2022
Réalisateur Diego Hallivis
Casting Jorge Lendeborg Jr.,
Jenna Ortega,
Allen Maldonado,
Bella Ortiz,
Jorge Diaz,
Yumarie Morales,
Catherine McCafferty,
Eric Dane & Brett Cullen
Distributeur WTFilms
Genre horreurnear future
Audience ENA
Durée 100′
Pays USA

A peine la projection d’American Carnage terminée que j’enchaîne avec Sissy à 18h30 au Ciné1.

Alors qu’elles étaient encore gamines, Cecilia – dite « Sissy » – et Emma étaient inséparables. Rien ne pouvait briser leur amitié, c’était ambiance cœur avec les doigts tous les jours et, surtout, c’était pour la vie ! Jusqu’au jour où cette grande gueule d’Alex a débarqué dans la cour de récré… Non seulement, elle a pris Sissy comme punching-ball à vannes graveleuses, mais elle lui a carrément piqué Emma comme BFF, poussant la pauvre Sissy à se venger – pardon – à se défendre de façon très sanglante… Douze ans plus tard, Sissy est une influence à succès, vendant du « namasté » et du « paix sur terre » avec un filtre à fleurs pour tous ses followers. Et vlà-t’y pas qu’elle croise par le plus grand des hasards Emma, qui en profite pour l’inviter à sa fête d’enterrement de vie de jeune fille. Deux jours. Dans une cabane. Au fond des bois. Comme elle a fait du pardon et de l’autre joue tendue son fonds de commerce, Sissy accepte volontiers. De toute façon, ça fait dix ans qu’elle n’est qu’amour et bonté. Rien ne pourrait la déstabiliser, n’est-ce pas ? Hé bien, attendons de voir sa gueule quand elle reconnaîtra Alex comme demoiselle d’honneur. Dans cette cabane. Au fond des bois.

Sissy n’est rien d’autre qu’un slasher revisité qui nous plonge dans le nouveau monde artificiel et pailleté des influenceurs (ceuses), ces nouveaux dieux du net dont la notoriété soudaine bouleverse souvent leur vie, et parfois leur esprit.

Cette histoire de retrouvailles entre deux ex meilleures amies d’enfance se laisse voir avec plaisir et souligne au delà de son scénario captivant un malaise sociétal qui décidément se retrouve dans de nombreux films à l’affiche aujourd’hui.

Après tout, chaque société a le cinéma qu’elle mérite, non ?

Note : 13/20

Année 2022
Réalisateur Hannah Barlow & Kane Senes
Casting Aisha Dee,
Hannah Barlow,
Emily de Margheriti,
Daniel Monks,
Yerin Ha & Lucy Barrett
Distributeur Level K
Genre slasher
Audience ENA
Durée 102′
Pays Australie

On reste au Ciné 1 pour un des films les plus attendus du Bifff 2022 précédé de commentaires élogieux : Silent Night. Et la salle est plus que bien remplie.

La veille de Noël, et c’est le bordel intégral pour Nell. Il faut dire que, cette année, elle a vu les choses en grand: l’énorme maison de campagne, un buffet titanesque, du brandy par fûts entiers, les meilleurs crus en termes de pinard, et toute la famille ainsi que les amis proches et leurs mioches pour une ripaille épique. On a sorti les vinyls de Wham et Mariah Carey, et les tirelires ont été cassées pour des cadeaux exceptionnels, à l’instar d’une soirée qui le sera tout autant. Car, voyez-vous, ce sera la dernière soirée pour la terre. Des décennies à causer du changement climatique, mais la balle de match se joue ce soir, à minuit. Lorsqu’un énorme nuage toxique envahira le monde. Mais, heureusement, le gouvernement anglais a prévu une petite pilule magique pour tous ses citoyens, et les suicides de masse risquent d’être le clou du spectacle après le pousse-café…

Ce film est un grand film ! Sans doute un des films les plus terrifiant et bouleversant que j’ai vu depuis des lustres. Le casting est parfait, la mise en scène maîtrisée, et les traits d’humour noir bien utiles, pour donner quelques respirations positives au spectateur embarqué dans cette dystopie oppressante et fatale qui hélas pourrait un jour se muer en réalité.

Difficile de rester insensible à un tel film coup de poing et de ne pas laisser échapper quelques larmichettes lors de certaine scènes poignantes qui nous font nous interroger une fois de plus sur le monde d’aujourd’hui  et la société dans laquelle nous  vivons.

Une seule question nous vient à l’esprit. Et si c’était nous ?

Note : 19/20

Année 2021
Réalisateur Camille Griffin
Casting Keira Knightley,
Matthew Goode,
Roman Griffin Davis & Lily-Rose Depp
Distributeur The Searchers
Genre melodramaend of the world
Audience ENA
Durée 92′
Pays UK

Et puis en apothéose de cette journée de haute qualité au Bifff, c’est une foule énorme qui se presse devant le Ciné 1 à 22h30 pour la première mondiale du très attendu et déjà culte : Mad Heidi !

Dans une Suisse dystopique, tombée sous le joug d’un dictateur fasciste – et accessoirement gros nabab dans l’industrie de la tomme vaudoise -, tous les intolérants au lactose sont traqués comme des bêtes et mis à mort sans sommation. Malgré ce règne de terreur, où les opposants sont torturés à coups de fondue brûlante ou de barres entières de Toblérone, la jeune Heidi a une vie encore tranquille, protégée par le doux cocon de son chalet dans les alpages et surtout par son grand-père protecteur. Mais l’assassinat brutal de son chevrier d’amour et son arrestation soudaine va définitivement transformer cette jeune fille innocente. Etincelle manquante d’une révolution populaire, Heidi va devenir Mad, très Mad, n’hésitant plus à couper tous les salauds à l’haleine de schabziger en apéricubes sanglants. Car, comme le dit le dicton, « tout est dans l’emmental »…

Mad Heidi ! Quel bonheur ce film !

Totalement formaté pour le Bifff ce métrage issu de la suissploitation qui a suscité des attentes énormes auprès d’une fanbase de plus de 40.000 personnes dans le monde entier, est jubilatoire de la première à la dernière image.

Ici tout est trop. Personnages caricaturaux, scènes appelées à devenir culte, tortures au fromage de raclette, assassinat au Toblerone, combats jouissifs et hémoglobine excessive réjouissante, Mad Heidi se déguste plan après plan avec un plaisir énorme et contagieux comme un voyage au pays du fromage roi. Il suffisait d’entendre l’ambiance incroyable au Bifff durant la diffusion du film devant une salle comble à 22h30 et de voir le monde présent au Q&A qui a suivi le film vers 1h du matin, pour se rendre compte qu’on assistait là à une première mondiale qui faisait l’événement.

Et puis la distribution de fromage suisse en sortie de salle et la présence des réalisateurs et de l’actrice principale , la sublime Alice Lucy, rajoutaient encore la dernière cerise sur un gâteau suisse déjà délicieux.

Un must du film de genre à voir absolument ! Culte !

Note: 19/20

Année 2022
Réalisateur Johannes Hartmann & Sandro Klopfstein
Casting Alice Lucy,
David Schofield,
Casper Van Dien & Max Rüdlinger
Distributeur A Film Company / Swissploitation Films
Genre swissploitationparodie
Audience ENA
Durée 92′
Pays Suisse

Et voilà. c’est fini pour cette fois, on se retrouve bientôt pour une nouvelle Gazette du Bifff.

Et en attendant, bon film, goede film comme dirait Stéphane !

Jean-Pierre Vanderlinden

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.