Ed Gein, selon Schachter et Powell: aux origines du mal, du mâle qui se veut femme dans sa chair et celles d’autres dépecées… sa mère castratrice

© Schachter/Powell chez Delcourt

Hey, c’est pas parce que c’est les vacances qu’on doit avoir des lectures fun, relax, sans prise de tête. D’ailleurs, les polars ont toujours la cote à la plage, par exemple. Dans les mains d’Harold Schechter et Eric Powell, pas besoin de chercher le suspect, le criminel même, il est tout trouvé : Ed Gein. Je dois bien avouer que ce nom m’était inconnu pourtant, on le connaît tous. Il y a de lui dans Norman Bates, dans le criminel du Silence des agneaux, dans Leatherface surtout et de nombreux personnages de slasher, genre cinématographique que notre homme, déséquilibré mais avec des circonstances familiales peut-être atténuantes, le boucher de Plainfield, a inventé sans le savoir, dans la réalité. Dans une série de faits divers qui ont défrayé la chronique, déjà chasseuse de buzz. Entre meurtres, nécrophilie et jeu de masques sur tout le corps, possession aussi.

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Résumé de l’éditeur : Il a inspiré de nombreux personnages de cinéma comme Norman Bates dans Psychose. Harold Schechter et Eric Powell nous proposent cette BioBD d’Ed Gein, l’un des plus terrifiants tueurs en série américains. Ce récit révèle la véritable histoire d’un malade mental sous l’emprise d’une mère bigote et abusive. Cette biographie factuelle d’Ed Gein se focalise sur son enfance et sa vie de famille malheureuses, et sur la façon dont elles ont façonné sa psyché. Il explore aussi le choc collectif qui entoura l’affaire et la prise de conscience que les tueurs peuvent être des citoyens ordinaires.

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Le 27 août 1906, Ed Gein naît dans cette région du Wisconsin. C’est un garçon, comme son frère Henry, au grand désarroi d’Augusta qui avait prié dieu pour avoir une fille. Et Augusta sait ce qu’elle veut, c’est une force de la nature, « la pire garce du comté » dit-on, un tempérament irrésistible qui fait plier tout le monde, y compris George, le père, cet homme qu’elle écrase au risque qu’il passe ses nerfs sur la fratrie. C’est pas une vie.

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Famille dysfonctionnelle, vous pensez? En tout cas, assez dysfonctionnelle que pour qu’Ed (mais aussi Henry, lui aussi pas mal arrangé) soit possédé par sa mère, par ses idées sectaires, empreintes de fanatisme religieux et finalement de misogynie, de masculinisme même. Possédé par cette mère, ante- et post-mortem, Ed intériorise le fait qu’il aurait dû naître fille, qu’il veut vivre fille, parfois, dans les coins sombres du taudis dans lequel il vit seul, éternel célibataire, bizarre mais finalement sympathique, quand on apprend à le connaître et à passer au-dessus de son humour très noir. Combien de fois a-t-il dit mine de rien que si telle fille avait disparu dans la région, c’était de sa faute. Et c’était vrai. Après la mort de sa mère, sans plus aucun cadre, en proie à des délires ou des pulsions dont il était tout à fait conscient (le doute reste constant quand la parole sera donnée à l’accusé), Ed va vouloir se mettre dans la peau d’une femme (et pas n’importe laquelle, sa mère!) en tuant deux d’entre elles et en déterrant des cadavres récemment enterrés dans le cimetière. Marionnettiste et marionnette, il découpait ensuite les parties symboliques du corps féminin pour s’en habiller.

© Schachter/Powell chez Delcourt
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C’est suffisamment glauque que pour que les auteurs – et on les en remercie – usent de ces images horrifiantes sans en abuser. Et s’ils suivent à la fois Ed, le bon et le mauvais journaliste (celui qui ne recoupera pas ses sources et fera mousser son récit en choisissant les détails les plus effarants même si les plus faussés, et le confrère plus rigoureux, qui va au-delà du gros titre), les policiers, le juge, les voisins, Harold Schechter – une sommité, spécialiste universitaire des serial-killers – et Eric Powell détricotent la réalité et la fiction (et dieu sait qu’elle a la part belle quand on sait à quel point ce criminel, pas unique en son genre pour la cause, a eu une influence redoutable sur le cinéma d’horreur) pour coller au plus près des éléments vérifiables, de la reconstitution loyale et sincère. Tout en intégrant, avec brio, un seul personnage vraiment imaginaire qui va leur permettre de livrer leur thèse, d’expliquer les mécanismes moraux, mentaux et même ancestraux à l’oeuvre dans le comportement d’Ed. C’est ainsi que la biographie, chorale, se transforme en essai tout en restant de la BD plus qu’un cours magistral.

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L’album est un peu long, c’est vrai, tournant autour du pot, mais les révélations et l’intime conviction des auteurs en vaut la chandelle. J’avais peur de me retrouver face à un Mon ami Dahmer (le chef-d’oeuvre de Derf Blackderf) bis, il n’en est rien. C’est une vraie enquête dans le temps, dans les détails que le duo n’enfonce ni ne sauve son héros, met des mots sur sa solitude et ses souffrances. C’est chirurgical. Optant pour le noir et blanc, Eric Powell revisite cent fois les scènes (quitte à faire des arrêts sur image) avec talent et diversité, avec une puissance graphique et iconique toujours aussi percutante et sonore. On entend la gouaille des personnages, les cris, l’horreur, les mâchoires qui claquent et déchiquettent, le silence aussi, pesant. Qui conduit parfois à ne pas être tout seul dans sa tête.

© Schachter/Powell chez Delcourt
© Schachter/Powell chez Delcourt

Titre : Ed Gein

Sous-titre : Autopsie d’un tueur en série

Scénario : Harold Schechter

Dessin: Eric Powell

Noir et blanc

Traduction : Lucille Calame

Genre : Biographie, Enquête, Psychologique

Éditeur : Delcourt

Collection : Contrebande

Éditeur VO : Albatross Funnybooks

Nbre de pages : 288

Prix : 24,95€

Date de sortie : le 13/04/2022

Extraits : 

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