Mutafukaz (mais dites MFKZ), c’est reparti pour un tour de… camping-car piloté par un Run à fond dans son époque entre ultra-violence, ultra-moderne-solitude et ultra-connexion

© Run chez Rue de Sèvres

On les a connus, appréciés, vénérés chez Ankama (où ils continuent à vivre spin-of et réalité parallèle au temps du Far West), voilà que Vinz et Angelino, les héros créés par Run sous le Label 619, vivent la suite de leurs aventures chez Rue de Sèvres. Sept ans après les événements déments de Dark Meat City, revoilà le tandem dans un monde qui a changé, toujours prêt à être à feu et à sang et à chercher un coupable. En l’occurrence ce « Macho » d’Angelino. Obligé de prendre la poudre d’escampette.

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Résumé de l’éditeur : Sept ans après les évènement de Dark Meat City, Vinz et Angelino mènent une vie paisible. Angelino est toujours livreur de sushi, et commence à apprécier Dark Meat City en pleine gentrification. Mais voila que sur les réseaux sociaux, un internaute anonyme, un certain « Ω », prétend vouloir réinformer le peuple, et crée des dissensions fortes au sein des communautés de la ville. Après un incident de type « Pizza Gate » dans le sushi bar où il travaille, conséquence d’une désinformation anti-japonaise sur les réseaux sociaux, Angelino est contraint de quitter la ville. Accompagné de Vinz, il sillonne la Californie dans un camping-car, à la recherche de Willy, dont ils sont sans nouvelle depuis sept ans.

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Aïe, on sait comment ça se passe en général les transfuges d’un éditeur à l’autre. Certains sont tentés de mettre leur patte, de changer la maquette. Ici, il n’en est rien, sans doute aussi parce que le Label 619 continue de veiller à la destinée de cette saga hors-norme et à en disperser les émanations entre deux éditeurs actuellement. Dans un format comics, avec le légendaire logo « Disapproved by the comic code authority » sur la couverture, sur cette dernière, Lino et Vinz se la jouent camping-cariste en plein désert de Mojave, entre Californie et Nevada.

© Run
© Run chez Rue de Sèvres

On les avait laissés urbains jusqu’au bout des doigts et des cheveux (oui, Angelino en a gagné tandis que Vinz est toujours tout cheveu tout flamme), qu’a-t-il bien pu leur arriver?

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Le destin et la tendance de l’humain à être malsain. Le pouvoir des uns et des autres, qu’ils se partagent ou s’octroient, pas uniquement au décompte des voix, parfois simplement en tweetant sur les réseaux, en amassant une communauté prête à croire et à propager n’importe quelle rumeur, quel complot (ça vous dit quelque chose?). On n’imagine pas la puissance qu’on a dans les mains quand on tient dans ses mains un objet aussi banal qu’un smartphone. Banal mais qui vide le cerveau. Et il n’était pas écrit que Lino livrerait des sushis à vie. Un soir, sa vie bascule à nouveau quand son restaurant est attaqué par des hommes armés jusqu’aux dents, convaincus qu’ils vont trouver dans les caves des enfants ayant subi les pires sévices.

© Run chez Rue de Sèvres

Le Wok est transformé en boucherie, Lino se laisse aller à son instinct de survie et de samuraï. Ultra-violence, puis ultra-moderne solitude. Lino aurait peut-être mieux fait de mourir en martyr que de sauver sa peau: le voilà désormais recherché mort ou vif, ennemi public n°1. Plus incendiaire que Vinz (malgré les apparences), d’ailleurs il n’est pas sûr que celui-ci le suive cette fois. Sauf si la scoumoune le rattrape également.

© Run chez Rue de Sèvres

D’une campagne électorale à deux électrons libres qui sèment le désordre partout où ils passent, à l’insu de leur plein gré parfois; Run (seul aux commandes, pour le moment) polarise par deux séquences ultra-spectaculaires et fun cet album qui n’a pas le temps de profiter du calme avant la tempête. Après peut-être? Toujours est-il qu’en mêlant les aventures locales de son duo (de la ville au désert, donc, où ils vont rencontrer des nudistes complètement allumés mais pensant eux aussi avoir la Vérité, aussi pernicieuse et clivante soit-elle) à la géopolitique internationale, entre guerres chaude et froide, l’auteur dresse le portrait divertissant mais âpre, dangereux et horrifiant, d’une époque où l’ultraconnexion et l’information instantanée, sans être vérifiée, font de graves dommages, tuent, ou en tout cas se lancent à la poursuite des innocents, mais permettent aussi à des leaders d’audience plus que d’opinion de sortir du lot.

© Run

Les noms sont changés, les visages arrangés, mais on reconnaît bien là quelques figures marquantes de ces derniers mandats aux States ou ailleurs.

© Run
© Run chez Rue de Sèvres

Mais la résistance s’organise, certains recherchent leur voie ailleurs que dans les tumultes, quitte à s’inventer des mondes monstres, pas forcément mieux et plus tolérants. Dans cet univers qu’est le nôtre, qui ressemble à une vaste blague, Run entraîne à nouveau ces héros, mi-désabusés mi-persévérants et réussit une première partie (de triptyque) intrépide, qui joue des clichés pour les dénoncer tout en proposant un vrai bon moment de divertissement sauvage et intense, complètement barré, mais aussi avec quelques moments d’émotions. Notamment en remontant le temps.

© Run chez Rue de Sèvres

Série : Mutafukaz / MFKZ

Saison : 2

Tome : 1/3

Scénario, dessin et couleurs : Run

Genre: Humour, Fantastique, Thriller politique

Éditeur: Rue de Sèvres

Label : 619

Nbre de pages: 144

Prix: 16,90€

Date de sortie: le 26/01/2022

Extraits : 

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