« Une flûte enchantée », un spectacle musical joyeux dont l’ambition principale, et nulle autre, reste avant tout de divertir

Rendre hommage à Wolfgang Amadeus Mozart sur les planches du Théâtre Royal du Parc en mélangeant des artistes lyriques à des comédiens habitués des lieux, voilà le défi que s’est lancée la metteuse en scène Daphné D’heur. Jeudi dernier, jour de la première, Branchés Culture était présent dans la salle et vous donne ses impressions.

C’est pour répondre à l’invitation de Thierry Debroux , réunissant acteurs, actrices et artistes lyriques sous la direction musicale de Pascal Charpentier et Julie Delbart avec la complicité de la chorégraphe Emmanuelle Lamberts, que Daphné D’Heur s’est lancée dans l’aventure d’« Une flûte enchantée », une création de Laure Tourneur inspirée librement de l’histoire de la création de cette oeuvre de Wolfgang Amadeus Mozart et de son complice et ami directeur de théâtre, Emanuel Schikaneder.

Dès le lever de rideau, le public se trouve plongé dans un très beau décor en trois niveaux, bercé par l’Aria de Pamina interprété par Héloïse Poulet accompagnée au piano par Julie Delbart.

Une entrée en matière prometteuse qui est de bon augure. Rapidement, on plonge dans l’histoire du génie Mozart en proie à de difficiles choix de vie et de carrière. Sa femme Constance est enceinte de son sixième enfant et, alors que le compositeur rencontre des difficultés financières pour faire vivre sa famille, il s’occupe de la création pour son ami et frère en maçonnerie, Emanuel Schikaneder, directeur du Theater auf der Wieden, un nouvel opéra dans lequel celui-ci se réserve le rôle de Papageno l’homme-oiseau.

Mais voilà le livret de l’oeuvre tarde à venir, et Schikaneder s’angoisse et s’impatiente. De son côté, Mozart reçoit deux commandes, celle d’une Messe des Morts, son célèbre Requiem et celle d’un opéra à l’occasion du couronnement de Leopold II comme roi de Bohème, La Clémence de Titus. Le voici donc tiraillé entre une oeuvre qui lui tient à coeur et des commandes qui redorent sa réputation quelque peu en perte de vitesse.

Et au final sur scène qu’est ce que ça donne?

J’avoue être quelque peu mitigé. Au niveau du spectacle, c’est distrayant, les costumes sont réussis, le décor inventif, les prestations lyriques sont convaincantes, surtout les duos du comédien Fabian Finkels ( qui décidément sait tout faire) avec Héloïse Poulet et la magnifique interprétation de l’Aria de la reine de la nuit par Zoé Gosset qui a dû donner le frisson à plus d’un spectateur.

En réalité, aucun comédien ne démérite, Fabian Finkels est une fois de plus flamboyant et charismatique dans le rôle haut en couleurs de Schikaneder, Anouchka Vingtier est égale à elle même et donc excellente dans le rôle de Josepha, et tous les autres comédiens  comme Cindy Besson, Etienne de Bénazé, Petra Urbànyi et Valentin Vanstechelman s’en tirent avec tous les honneurs. Idem pour les enfants qui jouent en alternance Dario Delbushaye, Andrei Costa ou Issaïah Fiszman, Ava Debroux, Martin Georges ou Daphné Savelli, Selma Jones, Laetitia Jous ou Babette Verbeek.

Pourtant quelque chose cloche.

Tout d’abord le rôle de Mozart interprété par l’excellent Maroine Amimi est bien trop léger et manque singulièrement d’épaisseur. Jamais on ne perçoit la force du génie dans ce personnage virevoltant et gesticulant qui énerve plus qu’il ne séduit. Et ce n’est nullement la faute du comédien qui se trouve, lui, prisonnier de ce parti pris de mise en scène.

Un peu comme dans le Amadeus de Milos Forman, où Salieri se mue en personnage clé du film, ici c’est Schikaneder qui attire tous les regards et constitue le véritable homme orchestre autour duquel gravitent tous les autres personnages. C’est aussi principalement de lui que fusent les répliques humoristiques de la pièce, et Mozart finalement nous semble un personnage secondaire, ce qui est un comble dans une pièce à sa gloire.

Et puis il y a la musique qui semble difficilement trouver la place qu’elle mérite au coeur de la pièce, dont on ne sait plus trop ce qu’elle veut distiller comme message.

Est ce une comédie légère qui a pour thème la création de La Flûte enchantée de Mozart incluant quelques morceaux choisis de son répertoire classique, ou une prestation classique entrecoupée de prestations théâtrales ?  Ni l’un ni l’autre, et en réalité on ne sait plus trop où on en est devant ce non-choix, tandis que le rythme de la pièce s’en trouve affecté avec quelques longueurs qui auraient certainement pu être évitées.

Néanmoins pour le spectateur lambda qui ne s’encombre pas de ces petits bémols, « Une flûte enchantée » reste dans la tradition des grandioses événements à grand spectacle proposés depuis plus d’une décennie par Le Théâtre Royal du Parc.

Allez-y sans attente particulière, et vous passerez un bon moment de divertissement qui s’adresse à tous avec ce spectacle musical joyeux dont l’ambition principale, et nulle autre, reste avant tout de divertir.

Jean-Pierre Vanderlinden

UNE FLÛTE ENCHANTÉE de Laure Tourneur.

03.03.2022 > 02.04.2022

Mise en scène Daphné D’Heur

Assistanat Antoine Motte dit Falisse

Dramaturgie Hélène Catsaras

Direction musicale Pascal Charpentier

Assistante à la direction musicale et pianiste Julie Delbart

Scénographie Anne Guilleray

Chorégraphies, travail du mouvement et du staging Emmanuelle Lamberts

Costumes Chandra Vellut

Lumières Philippe Catalano

Maquillages et coiffures Florence Jasselette

Coaching vocal Antoni Sykopoulos

Photos ZvonocK

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