Nouvelle adoption pour Zidrou et Arno Monin, nouveau départ pour Wajdi: entre délicatesse et brutalité, trouvera-t-il son havre de paix?

© Zidrou/Monin chez Grand Angle

Attendu (au vu du succès critique et public des deux premiers tomes) autant qu’inattendu (on voyait mal comment prolonger l’histoire du diptyque précédent où tout était dit), L’Adoption de Zidrou et Arno Monin s’enrichit d’une nouvelle histoire et se transforme en oeuvre collective dans le fond, chorale et anthologique. Place à une nouvelle expérience qui, cette fois, commence dans l’espoir et les bonnes ondes mais déraille vite. Cette fois, le héros ne part pas en voyage, il arrive dans un pays inconnu, qu’il n’a pas choisi. Jusque, déjà, le point de non-retour?

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Résumé de l’éditeur : Originaire du Yémen, Wajdi a grandi dans l’horreur de la guerre. Une enfance brisée par les combats, les privations, les souffrances. Après de longs mois d’attente, Gaëlle et Romain accueillent enfin Wajdi chez eux. Méfiant, endurci par la force des choses et ne parlant pas un mot de français, l’enfant de 10 ans s’effraie des moindres bruits du quotidien et interprète mal les gestes les plus simples. Les heureux parents adoptifs vont être très vite confrontés aux premiers « non », aux premiers troubles de l’adolescence et aux premières rébellions. Wajdi a connu le pire, il va lui falloir du temps avant d’en accepter le meilleur.

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Pour devenir parents quand on forme un couple hétérosexuel (les autres, j’imagine, seront plus vite ouverts à la diversité des possibilités), dans les discussions banales qu’on peut avoir entre amis, dans le schéma traditionnel que propose la société, on ne pense en général qu’à une chose : avoir un enfant selon l’ordre le plus naturel des choses, en procréant. Mais si ça ne fonctionne pas, que ça bloque, on peut s’acharner, se braquer ou se dire qu’il y a d’autres chemins, non moins semés d’embûches, c’est sûr.

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On ne sait par quoi Gaëlle et Romain, très fusionnels avec leurs proches bien que chacun ait sa personnalité et son avis sur toute question, sont passés et Zidrou et Arno Monin ont jugé que ça ne nous regardait pas. Toujours est-il que c’est au jour J que nous les rencontrons, sans faux espoir : au bout d’un dédale de tests et de documents à remplir, on imagine, Wajdi vient d’atterrir en France. En chair en os, mais complètement déboussolés. D’autant plus qu’il ne parle pas la langue de sa famille d’adoption. Mais Gaëlle et Romain ont l’énergie que confèrent les cadeaux de la vie et les chances qui font murir l’amour, autrement que dans les scénarios privilégiés habituellement.

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Rien n’est rose, pour la cause. Le trio va devoir se constituer au jour le jour, avec des victoires et des défaites. Les deux jeunes parents le conçoivent: Wajdi est né dans leur vie déjà grand, mais il y a là un cordon ombilical à constituer, à nourrir. Un présent en commun à forger, là où le passé est intangible. On ne s’imagine pas la violence, la douleur d’un enfant dont le dernier des chocs est de devoir changer de parents.

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Mais cette famille et cette ville, nouveaux venus, auront-elles le temps de gagner le coeur de Wajdi alors que déjà l’école, où il peut se faire ses premiers amis mais aussi ses premiers ennemis, se révèle infernale. Dans un monde que Wajdi voit comme un brouhaha, aux antipodes de ce qu’il a vécu, à défaut de comprendre, trouvera-t-il sa place?

© Zidrou/Monin chez Grand Angle

En jouant parfaitement sur les allers-retours entre attachement et détachement, rapprochement et distance, Zidrou livre à nouveau un récit très humaniste, à hauteur et dans les chairs de ses personnages, qu’ils vivent des bonnes expériences ou non, des drames. S’il ne résiste pas à se servir d’un argument un peu trop attendu et cliché pour faire basculer le récit, au moment où il se produit, le lecteur a déjà mordu à l’hameçon et est déjà très attaché à ces personnages du réel, qu’on pourrait croiser demain dans la rue. Alors que le point de non-retour est atteint, il reste une deuxième partie de diptyque pour plonger dans l’inconnu. Ce mot « à suivre » est redoutable et la dernière case implacable de questions. Dans la famille de Jordi Lafebre, avec qui Zidrou signe les sublimes Beaux Étés, Arno Monin se révèle à nouveau en dessinateur de la situation, pour se mettre dans la peau de cet enfant complètement perdu dans un monde luxueux pour lui qui n’a connu que la misère, la poussière et la guerre. Le dessinateur arrive parfaitement à faire ressentir l’histoire depuis les yeux et les sensations de ce petit bonhomme qui a du mal à trouver sa place. Car, à lui, certains ne lui feront pas de cadeau. Dur quand il le faut, Arno Monin mélange chaleur et froideur pour être au plus près des émotions conférées par cette première partie. Un juste milieu.

© Zidrou/Monin chez Grand Angle

Titre : L’adoption

Cycle : 2

Tome : 3 – Wajdi (1/2)

Scénario : Zidrou

Dessin et couleurs : Arno Monin

Genre : Drame

Éditeur : Grand Angle

Nbre de pages : 72

Prix : 15,90€

Date de sortie : le 29/09/2021

Extraits : 

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