Le grand châtiment de Benoît du Peloux : Dieu, « ce crétin de Noé », le sort de l’humanité et les animaux sont sur une arche… tout le monde tombe à l’eau

« Le Bon Dieu s’énervait dans son atelier
En regardant le monde qu’il avait fabriqué
Ces gens se battent comme des chiffonniers
Et je ne peux plus dormir en paix »

… Et manifestement, ses insomnies ne sont pas prêtes de finir. Pour preuve, quelques décennies plus tard, Hugues Aufray a même repris sa chanson-phare et ras-le-bol dans son dernier album, 45 ans après sa première version. Et Benoît Du Peloux participe à ce constat en réinterprétant à sa sauce, façon parodie dans le même univers comique qu’Astérix ou Kaamelott, un Noé noyé sous la charge que lui donne Dieu : sauver le monde et l’animalité plutôt que l’humanité.

© du Peloux/Alquier chez Paquet

Résumé de l’éditeur : Dieu créa le monde, les plantes, les animaux et les hommes. Il créa aussi l’enfer pour punir les gens mauvais et le paradis pour récompenser les gentils. Enfin il créa les anges pour surveiller tout cela. Puis le septième jour il se reposa. Malheureusement, au fil du temps, plus aucun homme ne fut digne du Paradis ! Il fallait réagir ! Dieu décida alors d’anéantir sa création ! Toute ? Non ! Il s’agissait de mettre à l’abri tous les animaux, car après tout, ils n’avaient rien fait de mal. Et aussi de sauver un homme, et sa descendance, pour ne pas avoir à recommencer… Un certain Noé fut choisi, et un plan fut mis en œuvre : construire un bateau pour accueillir tout ce petit monde. Enfin, ça c’est ce que raconte l’ancien testament…

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© du Peloux/Alquier chez Paquet

Peut-on rire de tout? En tout cas, avec la Bible, ça ne pose pas trop de problème, tant elle est devenue un immense terrain de jeu au cinéma sur le plan de la gravité (au temps béni des grands péplums du cinéma ou plus récemment avec Mel Gibson, Martin Scorsese, Ridley Scott et autres Darren Aronofsky) mais aussi comique (des Monthy Python aux Inconnus en passant par Jaco Van Dormael)… et la bande dessinée n’est pas en reste. Ces dernières années, dans le côté dieu-m’en-foutiste, le Neuvième Art n’a pas lésiné sur ses réinventions : Yeshua, Dieu n’a pas réponse à tout et l’inénarrable hexalogie Un jour sans Jésus n’en sont que quelques exemples.

© du Peloux/Alquier chez Paquet

Et voilà que Benoit du Peloux et Fabien Alquier aux couleurs, comme il nous l’avait annoncé précédemment, amène sa pierre à l’édifice et jette son dévolu sur le déluge dans une version moins édulcorée et plus en phase avec… la bêtise des Hommes et du dieu qui leur fait confiance, pas aidé il est vrai par ses sbires ailés: les anges. Non, décidément, alors que Noé est censé être seul au monde, à devoir tout faire, c’est plutôt le Seigneur qui se retrouve dans cette position. « Quel crétin, ce Noé! », s’exclama même le Père !

© du Peloux

Et si dans la Bible, les actes posés par Noé sont vite résumés, dans les faits, on s’aperçoit vite qu’il manque une case (ou peut-être plus) à l’élu. Et c’est dans l’humour, le comique de situation mais aussi d’évocation que Benoit du Peloux opère pour ne pas prendre les saintes écritures au sérieux. Cela commence, tel le grand oeuvre de la Chapelle Sixtine par Michel-Ange, dès la scène du songe qui voit Dieu susurrer à l’oreille de Noé son grand projet. Mais rien n’y fait, il faut lui faire plus d’un dessin. Dur de comprenure, Noé n’est pas non plus parmi les plus fortiches pour tenir un secret qui va vite s’ébruiter et s’amplifier. Le téléphone arabe n’est pas loin et les quiproquos peuvent s’enchaîner, alors que la cohorte d’ouvriers bâtissant la gigantesque Arche surbooke chaque jour le Pôle Emploi de l’époque. Et encore la boiserie, c’est encore le plus simple. Le plus dur arrive quand il s’agit de regrouper un couple pour chaque espèce d’animaux (licorne y compris!) que compte la Planète bleue (qui, donc, va l’être un peu plus sous le déluge). Noé et ses amis, enfin ils s’apprêtent quand même à les laisser boire la tasse), ne sont pas biologiste, et ça se voit tout de suite… Mais Benoît du Peloux, lui, excelle dans l’art animalier.

© du Peloux/Alquier chez Paquet
© du Peloux/Alquier chez Paquet

Car, oui, sous l’aspect comique de ce début de diptyque, placé entre gigantisme et ridicule, on sent à quel point l’auteur voulait concrétiser cette aventure. Il se donne à 100% pour donner de l’ampleur à sa fresque, imaginer un palais divin sur tous les points et un désert désolé dynamité sous les faits insolites qui s’y passent, les esprits qui s’échauffent (notamment de rois qui se voient menacés par l’entreprise de taille), les criminels se dévoilent et la colère de Dieu, rendu bonhomme par le trait grâcieux de du Peloux (tandis que , qu’il essaie tant bien que mal de contenir… alors qu’il se rend de plus en plus compte qu’il a misé sur le mauvais cheval. Et dire que les premières gouttes de pluie commencent seulement à tomber. La suite promet, j’ai beaucoup rigolé jusqu’ici. Tout en me faisant dire que si le réchauffement climatique n’est pas contrecarré et que la mer monte, notre survie, Noé ou pas, n’est pas gagnée!

© du Peloux

Pendant ce temps-là, Benoît du Peloux s’avance sur la suite de l’excellente fable animalière qu’il nous avait présentée il y a quelques mois: Tracnar et Faribol – Vagabondage en contrées légendaires. Ça arrive le 2 mars sous le titre de Stratus. Preview:

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Série : Le grand châtiment

Tome : 1 – Avant le déluge

Scénario et dessin : Benoit du Peloux

Couleurs : Fabien Alquier

Genre : Humour, Parodie

Éditeur : Paquet

Nbre de pages : 48

Prix : 14€

Date de sortie : le 21/04/2021

Extraits:

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