Au coeur de la Brigade des Mineurs, Agnès Naudin nous entraînent dans des enfances perdues en espérant les retrouver

Sous une couverture quasiment graphée qui va autant vers le dehors que le dedans, cherchant la petite princesse dans une tête qui peut être minée par la succession d’affaires sordides dans lesquelles elle doit s’immerger, ce sont les premières enquêtes fortement inspirées de faits réels que livre Agnès Naudin, ancienne capitaine de police au sein de la brigade territoriale de protection de la famille (qui a tout récemment repris du service en tant que déléguée permanente nationale et porte parole de la branche Intérieur du  Syndicat national unitaire interministériel des territoires, de l’agriculture et de la mer), en compagnie de JC Bartoll et Éric Nosal. Immersion dessinée dans le quotidien de la brigade des mineurs mais aussi des humains, aux différents profils, qui la forment… ou en sont les cibles, à raisonner, à soigner ou à mettre aux arrêts, dans le pire des cas.

© Naudin/Bartoll/Nosal chez Robinson

Résumé de l’éditeur : Une jeune capitaine de police, fraîchement nommée au sein de la brigade territoriale de protection de la famille, découvre un nouvel environnement professionnel où la lutte contre la maltraitance, le viol et la pédophilie rythme le quotidien des policiers. Enquêter sur des affaires toutes plus sensibles les unes que les autres, braver les lourdeurs de l’administration tout en menant une vie de mère célibataire, c’est palpitant, mais on en sort rarement indemne…

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Du fond à la forme, il y a une quantité infinie d’histoires à raconter. Et si les occasions ont souvent été nombreuses d’intégrer un commissariat de police, déplaçant le curseur à chaque fois sur l’échelle qui va de la fiction au documentaire, tout n’a pas pour autant été dit. D’autant plus que les technologies, les moyens d’investiguer évoluent et que chaque ressenti est différent. Et qu’il y a des sujets qui remuent tellement votre intérieur, qu’il est difficile de les faire sortir, au risque de se faire mal une deuxième fois… mais paradoxallement du bien de les confier; de les léguer au monde qui vous entoure pour tenter de le changer. On se souvient notamment du choc qu’avait produit le pur et dur, brutal même, Polisse de Maïwenn. On pense d’ailleurs un peu à elle dans le personnage de Sacha Vernet, capitaine fraîchement arrivée à Nanterre, et qui fréquente sur le papier d’autres émanations du cinéma français comme Denis Ménochet, les regrettés Philippe Nahon ou Jean-Pierre Bacri.

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Avec Enfances perdues – les lettres sont bien détachées sur la couverture comme si elles avaient été écrites sur des post-it et envoyées contre une demande de rançon par un ignoble personnage, Agnès Naudin et JC Bartoll, au scénario, et Éric Nosal, au dessin et aux couleurs minimalistes (du noir et blanc bleuté, explosé par une note de rose inquiétante à la toute fin de ce premier album), optent pour une approche plus stylisée, engagée tant dans le psychologique, le passé; que les enquêtes, et donc le présent… en espérant un futur pour les enfants mis en danger par des êtres dysfonctionnels. On soupçonne dès le début que Sacha s’est engagée pour donner un sens à une certaine horreur vécue dans sa jeunesse.

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Et sitôt après avoir fait la connaissance des membres de son équipe, chacun avec sa personnalité, voilà déjà que les premières affaires arrivent sur le bureau.  Dans différentes directions : une nourrice accusée de mauvais traitements, une plainte pour viol de mineure, un déni de grossesse dont les conséquences peuvent être désastreuses, un prédateur pédophile prêt à passer à l’acte mais toujours tapis dans l’ombre et sous un visage charmant… Au fil des quatre chapitres, les auteurs prennent note à la volée des enquêtes en cours, elles se croisent, avancent mais sans être sûres de se résoudre tout de suite. Une chose est sûre cela dit, elles malmènent la vie privée, et la facette maternelle de Sacha qui ne compte déjà plus les heures sup’ alors que, dans la rue, la colère peut gronder contre les hommes et femmes en uniforme.

© Naudin/Bartoll/Nosal chez Robinson

Croisant les destins, les auteurs prennent le risque, même après un premier tome de 88 planches, de prendre leur temps et d’avancer sur plusieurs pistes en même temps, quitte à parfois perdre le lecteur en cours de route. Mais ils livrent un témoignage honnête de l’ambiance et la tension, la patience et l’excitation, qui peuvent régner dans ces lieux d’enquête et d’écoute, quitte à recevoir un paquet d’ondes négatives, de récits immondes mais aussi à cultiver l’espoir de pouvoir changer lenvironnement, qu’il soit plus paisible. Ou du moins en préserver les enfants qui n’ont rien demandé. Pour que le titre de cette série ne soit pas une fatalité et que les enfances soient retrouvées. Quasi en sépia, avec un beau travail sur les ombres et les lumières, Éric Nosal parvient à saisir les personnages dans leur intimité autant que leur rôle social, à cultiver leurs forces et leurs aspérités.

© Naudin/Bartoll/Nosal chez Robinson

Série : Enfances perdues

Tome : 1 – Premières enquêtes

Scénario : Agnès Naudin et Jean-Claude Bartoll

Dessin et couleurs : Éric Nosal

Genre : Autobiographie, Drame, Policier, Psychologique

Éditeur : Robinson

Nbre de pages : 88

Prix : 19,99€

Date de sortie : le 22/09/2021

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