Circulez y’a tout à voir : Patrice Leconte, point de rencontre pour la magie des Septième et Neuvième Arts

© Joub/Nicoby chez Dupuis

Passionné et polyvalent, Patrice Leconte se prépare à faire son grand retour au cinéma. La bande-annonce de son Maigret Depardieuisé fait déjà sensation alors que, en solo du moins, le réalisateur des Bronzés a mis plusieurs années à revenir sur les écrans. Oh, il n’a pas chômé pour la cause puisqu’il a notamment écrit des romans mais aussi des BD (je vous en parle aussi). Et c’est justement dans le Neuvième Art que les excellents Joub et Nicoby scrutent ces années cinématographiques proactives mais passées plutôt dans l’ombre que la lumière par le cinéaste qui rêve d’adapter Tintin et les bijoux de la Castafiore.

© Joub/Nicoby chez Dupuis

Résumé de l’éditeur : Joub et Nicoby, après avoir emmené carnet et crayons à la découverte de leur mentor Jean-Claude Fournier, sont partis à la rencontre du réalisateur Patrice Leconte. Des Bronzés à Ridicule et tant d’autres films, Leconte égrène une palpitante vie de création, d’anecdotes avec les plus grands acteurs de son temps mais aussi de doutes et de projets compliqués, dont Maigret, son nouveau film…

© Joub/Nicoby chez Dupuis

« Les dates de tournage sont donc maintenues, à moins qu’un tsunami ne nous tombe dessus, 1er clap le lundi 3 février. Quand nous l’entendrons, ce clap-là, nous nous sentirons mieux. Voilà où nous en sommes. (…) »

Le 29 novembre 2019, dans sa correspondance avec l’équipe de son prochain film, en parlant de tsunami, Patrice Leconte ne pensait pas si bien dire. C’était sans compter les allées et venues des financements, le remplacement de l’acteur principal – d’Auteuil à Depardieu -, des ajustements en système D pour pallier aux coupes budgétaires. Et, forcément, le Covid…

© Joub/Nicoby chez Dupuis

Ils ont toujours le nez fin, quand même, Nicoby et Joub. Dans le moment (plusieurs mois plus ou moins intenses, par intermittence, nos héros toujours prêts à débarquer à Paris) comme la personne, un cinéaste né de la BD (Gotlib coécrit son premier scénario, Les Vécés étaient fermés de l’intérieur), les deux auteurs ont vu juste pour raconter ce qu’il se passe avant le « moteur-action ».

© Joub/Nicoby chez Dupuis

Ils ne sont pas les premiers, forcément (Sapin et Sfar ont par exemple réalisé cet exercice) mais leur bagage parle pour eux: Dans l’atelier de Fournier, Pilote et autres projets de reportage alliant curiosité et naïveté qui pousse à poser des questions absolument pas débiles ou indiscrètes. Ainsi, même les moments de rien deviennent riches.

© Joub/Nicoby chez Dupuis

Encore plus quand on a devant soi Patrice Leconte, donc : l’homme aux 60 longs-métrages… Comment, vous n’en comptez qu’une trentaine? C’est parce que de l’aveu du réalisateur, il a planché sur environ le double d’oeuvres que compte sa riche filmographie. La moitié, à différents stades d’avancement, est donc passée à la trappe. Comme ce roman de sa plume qu’il souhaitait adapter et qui, après plusieurs réécritures, devait être meilleur sur écran que sur papier. Ou ce projet de dernier film de Delon. Se fera, se fera pas?

© Joub/Nicoby chez Dupuis

Après les moments de temporisation qui sont autant de confidences et d’anecdotes sur une carrière déjà bien remplies (Marielle, Les grands ducs, les Oscar avec Ridicule…), quand la machine se remet en route, dans les différentes étapes de préparation d’un tournage, deux magies coïncident enfin. Celle du cinéma, mise à portée du lecteur, et celle de la BD, qui le transporte.

© Joub/Nicoby chez Dupuis

Dans les repérages ou dans le relifting que subit un lieu avant que caméras et acteurs ne l’investissent. Il faut du temps et du talent, différents corps de métier, avant qu’un décor soit prêt à l’emploi, et plus vrai que nature. En un claquement de doigt et sans grand budget, eux, Joub et Nicoby peuvent passer du dessin à la photo, par une heureuse surprise, ou rapetisser pour se rapprocher de la petite souris témoin de l’inédit. Deux masterclass coïncident, je me suis beaucoup amusé mais j’ai aussi beaucoup appris.

© Joub/Nicoby chez Dupuis

Deux passantes dans la nuit d’un Paris occupé, pour trouvé la liberté entre les coups de cafards

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

Résumé de l’éditeur : Arlette sort de prison, heureuse d’être libre dans Paris occupé. Anna, magicienne, est flanquée à la porte du cabaret dans lequel elle se sentait à l’abri. Les chemins de ces deux femmes se croisent, le hasard sachant si bien organiser les rencontres inattendues. Autant Arlette est insouciante et légère, autant Anna semble se méfier de tout, comme si elle était traquée. Elles sillonneront en une nuit Paris, la Ville Lumière sans lumières, à la recherche de ce qui pourra leur sauver la vie, deviendront amies par la force des choses, ne pourront éviter les contrôles d’identité, les silhouettes sombres, les menaces diverses, les désillusions, toutes ces choses qui obligent à fuir, encore et toujours, jusqu’au lever du jour.

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

La frustration laissée par le premier tome, rapidement avalé, laisse place à une conclusion âpre et finalement libre. Comme la BD peut l’être quand elle se dégage du cinéma (je ne doute pas que Deux passantes dans la nuit a un jour été un projet de film, non abouti), quand elle multiplie les cases sans texte, sans musique, sans bruitage mais que pourtant tout résonne et secoue le lecteur. Il y a de ça dans certaines séquences de cet album qui continue d’explorer la nuit parisienne de plus en plus noire et vilaine. En espérant que le jour surgisse à un moment.

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle
© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

Sans trop parler, les deux fidèles coscénaristes, Patrice Leconte et Jérôme Tonnerre laissent le soin à Al Coutelis de laisser glisser de ne pas trop achever son dessin pour garder l’énergie intense d’un storyboard. Même si l’une ou l’autre case et un éléphant laissent un trop fort goût d’inachevé, on reconnaît la magie du dessinateur pour se saisir de l’ombre et de la lumière, qui reviendra éclatante sur la fin.

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

D’ici là les héroïnes vivent et s’engueulent (quelques dialogues dignes des annales) pour ne pas s’embourber dans une sinistre époque où il faut se méfier de tout et de tous, encore plus des cafards et des rats, ces gens qui n’ont de morale que celle de gagner de l’argent sur la misère, ou obéissent aux lois de l’ignoble. Oui, Arlette et Anna doivent suspendre le moins longtemps possible, espèrent-elles, leurs rêves mais font confiance à leur bonne étoile. Un retour imparfait mais convaincant et sincère, féministe, de Patrice Leconte à la BD.

© Leconte/Tonnerre/Coutelis chez Grand Angle

Titre : Leconte fait son cinéma

Récit complet

Scénario : Joub et Nicoby

Dessin et couleurs : Nicoby

Genre : Documentaire, Interview, Making-of

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 144

Prix : 19€

Date de sortie : le 24/09/2021


Série : Deux passantes dans la nuit

Tome : 2/2 – Anna

Scénario : Patrice Leconte et Jérôme Tonnerre

Dessin et couleurs : Al Coutelis

Genre : Drame, Histoire, Polar

Éditeur : Grand Angle

Nbre de pages : 64

Prix : 16,50€

Date de sortie : le 01/09/2021

 

 

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