Ceci n’est pas un thriller, ni de près, ni de loin : Les promises de Jean-Christophe Grangé

La communication autour de ce roman historique, car c’est de ça qu’il s’agit, est volontairement ambiguë…thriller, roman historique, policier…. Sans doute pour attirer la communauté des fans de thrillers et de Grangé. Certes, une enquête policière parsème les pages mais ce sont surtout les descriptions détaillées et documentées de la vie quotidienne sous le régime nazi qui inondent les 653 pages très peu aérées de ce roman. Je l’ai ouvert pour vivre la passion et l’exaltation d’un thriller, j’ai rapidement réalisé qu’il s’agissait d’un pavé historique et je me suis forcée à l’achever parce que c’est un Grangé… Me disant que, peut-être, il y aurait ce « truc » que j’aimais tant chez l’auteur… Mais ce fut laborieux et c’est avec beaucoup de soulagement que j’ai tourné la dernière page.

« Les promises, ce sont ces grandes dames du Reich, belles et insouciantes, qui se retrouvent chaque après-midi à l’hôtel Adlon de Berlin, pour bavarder et boire du champagne, alors que l’Europe, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, est au bord d’imploser.

Ce sont aussi les victimes d’un tueur mystérieux, qui les surprend sur les rives de la Spree ou près des lacs, les soumettant à d’horribles mutilations...

Dans un Berlin incandescent, frémissant comme le cratère d’un volcan, très êtres singuliers vont s’atteler à l’enquête. Simon Kraus, psychanalyste surdoué, gigolo sur les bords, toujours prêt à faire chanter ses patientes. Franz Beewen, colosse de la Gestapo, brutal et sans pitieé, parti en guerre contre le monde. Minna von Hassel, riche héritière et psychiatre dévouée, s’efforçant de sauver les oubliés du Reich.

Ces enquêteurs que tout oppose vont suivre les traces du Monstre et découvrir une vérité stupéfiante. Le Mal n’est pas toujours là où on l’attend. »

C’est dans une Allemagne qui se prépare à la guerre que commence le récit. L’invasion de la Pologne est dans tous les esprits et les conséquences qui suivront également. Mais, à Berlin, hormis les drapeaux et les uniformes, on n’a rien à craindre quand on est un bon Allemand. Les Juifs, les Tziganes, les malades mentaux sont chassés, déportés, exterminés mais la bourgeoisie berlinoise ne se tracasse que lorsque sa coupe est vide.

Le travail de documentation de l’auteur est remarquable, les détails sont nombreux (trop) et la vie de l’époque est particulièrement bien rendue. On y est... Pour celui ou celle qui cherche à se documenter, cela permet de le faire tout en étant « distrayant » puisqu’il s’agit d’un roman policier.

Mais, voilà, impossible pour moi de m’attacher aux personnages principaux. Aucun d’eux n’a attiré ma sympathie et même dans leur horreur, ils ne m’intéressent pas. Un psy qui se vautre dans le luxe d’un appartement « réquisitionné » ayant appartenu à des Juifs; un membre de la Gestapo qui n’a qu’un rêve, partir sur le front de l’Est; mais qui n’a aucun scrupule à terroriser le peuple et une psychiatre complètement alcoolique et totalement déconnectée de la réalité. Bref, les protagonistes ne m’ont ni séduite, ni intéressée.

En ce qui concerne les meurtres, Grangé nous a habitués à mieux, à plus, à différent. Des descriptions, un climat anxiogène, voilà ce qu’on attend d’un bon thriller. Grangé n’est pas réputé pour faire dans le sobre. Si on achète un de ses bouquins, on sait ce qu’on va y découvrir. Je me souviens de pages dans Miserere que j’ai dû lire en diagonale tellement l’horreur était décrite et insoutenable. Mais les meurtres passent pour des cacahuètes à côté des exactions commises par le régime nazi,… Ou comparés à la passivité de nos trois protagonistes dans ce Berlin couvert de croix gammées. 

Il m’a donc été difficile de prendre les victimes en pitié, tant les sous-sols du bâtiment de la Gestapo abritaient d’horreur. Dans ce pays au bord de la guerre avec le monde entier, les « médecins » sont reconnus pour leurs « talents » et leurs « expériences » et son laissés en liberté… Alors un meurtrier qui tue quatre bourgeoises, on s’en fiche… On a des difficultés à comprendre pourquoi ces trois-là s’y intéressent puisque le reste ne les atteint pas.

C’est long, vraiment long… Sans réelle tension. Avec beaucoup trop de rebondissements… J’ai même eu l’image d’une balle magique qui ne cesse ses rebonds durant la lecture. Ce qui devrait constituer l’intrigue est mou et est relégué au second (voir au troisième) plan. Par contre, le climat ambiant, la pression exercée par le régime nazi et les terreurs quotidiennes sont remarquablement transcrits.

Mais alors, Grangé et Albin Michel auraient dû être plus clairs sur leur communication. C’est comme cette couverture, tels les précédents thrillers de Grangé, elle est colorée (rouge sang), et anxiogène… Puis, en réalité, il ne s’agit que d’un « papier » qui recouvre la vraie couverture cartonnée, blanche aux quatre carrés rouges d’Albin Michel, classique… Plutôt que de se cacher derrière le papier couleur sang, ils auraient mieux fait d’assumer pour éviter les déceptions comme celle qui m’habite.

Bref, on va vite passer à autre chose !

Auteur : Jean-Christophe Grangé

Titre : Les promises

Edition : Albin Michel

Sorti le 8 septembre 2021

Nbre de pages : 653 pages

Prix : 23,90 €

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