Even et L’étreinte, deux BD qui abordent l’amour, psychologique et physique, sous des coutures différentes, éclairantes

© Jim/Bonneau chez Grand Angle

L’amour, toujours. Y’a-t-il sentiment plus fort dans une vie d’Homme ? Pour nous faire faire tout et n’importe quoi, le beau, le mauvais, le conscient et l’inconscient, l’espoir et le désespoir, l’obstination ou la résilience. Sur ce thème ample et à la fois réduit, extérieur et intérieur, intime et universel, voilà deux albums particuliers, dans des genres très différents et pourtant avec des accents de liaison.

© Zidrou/Alexei

Even, le sexe pour les beaux, l’abstinence pour les laids

© ZIdrou/Alexei

Résumé de l’éditeur : Dans un monde où la ségrégation n’est plus raciale ni religieuse mais esthétique – les beaux d’un côté, les moches de l’autre – l’Erospital du Dr. Sidibe devient le théâtre d’une enquête menée par la journaliste Seymour. EvEN traite de thérapie sexuelle, du contrôle de l’intime par l’autorité. Mais il constitue avant tout une histoire d’amour, amours brisés ou impossibles… mais amour toujours.

© Zidrou/Alexei chez Delcourt

Sous une couverture frontale et pour public averti, saisissante comme le sont les visages et les corps qui se masquent ou se dévoilent, se niche la deuxième collaboration entre Zidrou et Alexeï Kispredilov après les deux albums de Rosko. Changement d’ambiance et de cadre total pour pénétrer dans un monde aussi froid que chaud. Comme peut être le sexe dans une époque de nouvelle ségrégation, de jugement de valeur, où les beaux ne peuvent plus se mêler aux laids. Un système despotique a émis les règles permettant aux uns et aux autres de jouir de droits différents.

Premier essai d’une planche © Zidrou/Alexei

Comme des bénéfices de l’Erospital, lieu de plaisir ou de thérapie qui permet de soigner ou de se laisser aller… par le mensonge. Dans la salle de simulation, les candidats, clients, peuvent être mis en contact avec leur obsession, l’élu(e) de leur corps (qui n’est parfois pas celui ou celle de leur coeur) et expulsé leurs pulsions. Tout cela se fait par les nouvelles technologies permettant, pour quelques minutes, de matérialiser plus vrai que nature l’être charnel qui fait tant envie aux patients friqués (ou condamnés à suivre un traitement après décision du juge face à une sordide « affaire »).

Au fil des sessions érotiques, voire porno (Alexeï réussissant toujours à montrer les choses, à les sortir de l’ombre, viscérales sans pour autant être choquant), les deux auteurs accompagnent les différents habitués de l’Erospital. Chacun a son histoire, différente des autres, et on se demande comment tout va se raccrocher, ne pas être un album à sketches, quand s’invite l’intrigue, le thriller. Psychologique et psychotique, qui rassemble tout ce beau petit monde… mais avec la possibilité qu’un laid tire les ficelles. Zidrou continue sur sa lancée introspective de l’Humain en proposant des choses très éloignées de ce à quoi il nous a habitués. C’est déboussolant mais, pour ma part, je me suis laissé faire par cet album peu commun, qui aurait peut-être pu aller plus loin dans sa réflexion mais donne à Alexeï un terrain de jeu sulfureux et pourtant habilement mis en scène, jusqu’à une issue inattendue. Cet album comme ce qu’il raconte est une noire expérience qui vaut le coup d’être vécue mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Mais c’est osé et à encourager.

Premier essai d’une planche © Zidrou/Alexei

L’étreinte, ou son souvenir intense et bouleversant

© Jim/Bonneau chez Grand Angle

Résumé de l’éditeur : Romy est institutrice. Benjamin est un jeune sculpteur qui prépare sa première exposition. C’est lors d’un week-end à Cadaqués que l’impensable va se produire. L’Étreinte, c’est l’histoire d’une inconnue prise en photo sur une plage. C’est une histoire d’adieux. C’est l’histoire de gens qui s’effleurent. Et de certaines émotions. De belles émotions. Et de celles qu’on préfère taire.

© Jim/Bonneau chez Grand Angle

L’invitation, L’érection et maintenant L’étreinte, c’est sûr Jim aime l’apostrophe. Celle qui lie les humains à d’autres humains ou aux choses de la vie, et pas uniquement dans les trois albums précités. Parce que les péripéties dans les histoires du scénariste-dessinateur dépendent avant tout des personnages. Ils se laissent porter, donnent-ils l’impression, par leurs émotions, leurs (fichus) caractères, les circonstances, et emportent avec eux le crayon et l’inspiration.

© Jim/Bonneau chez Grand Angle

Dans le roman graphique grand format L’étreinte, Petits mouchoirs en solo, Jim n’officie qu’en tant que scénariste et s’est adjoint les services du très cinématographique et impressionniste Laurent Bonneau pour visiter l’intimité d’un homme complètement largué par le destin. Parce qu’ici l’apostrophe s’adresse à l’inconnu, au passé ou au futur, mais pas au présent complètement nébuleux et fracassé. Parce que Benjamin n’a plus de certitude depuis ces courtes vacances espagnoles qui lui laisseront un souvenir impérissable, des regrets et des envies.

© Jim/Bonneau chez Grand Angle

Enfermé dans son enfer, ses mensonges et ses incertitudes, ses habitudes et ce qu’il n’a jamais expérimenté, Benjamin va se donner l’espoir fou, une quête, de retrouver l’inconnue sur la photo, de loin, ce qui laisse la place au doute, à des fausses pistes, à des rencontres bouleversantes, à des imposteuses mais surtout à l’aventure qui le sort de sa retraite dans laquelle il n’est de toute façon bon à rien, faisant et refaisant les mêmes choses alors que son existence se défait. L’inconnue, peut-être est-ce sa femme, peut-être est-ce une autre ? Partant à sa rencontre autant qu’à celle des autres, refaisant l’histoire et refusant d’abandonner quitte à être résilient, Benjamin est un personnage riche et beau, générant plein d’empathie. Jim et Laurent Bonneau se sont trouvés dans cet album choral mais tout seul, qui vibre beaucoup mais prend le temps de faire son chemin, entre ce qui ne reviendra pas et les belles choses qui peuvent encore arriver. Le talent de Laurent Bonneau, sa sincérité et cette manière de faire corps avec le papier dans des séquences simples et pourtant totalement indescriptibles, dans la répétition des images et les séances photo sous toutes les coutures, nous explosent à la figure.

© Jim/Bonneau chez Grand Angle
© Jim/Bonneau chez Grand Angle

Titre : Even

Récit complet

Scénario : Zidrou

Dessin et couleurs : Alexei

Genre : Choral, Drame, Érotisme, Mystère, Psychologique

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 88

Prix : 18,95€

Date de sortie : le 09/06/2021

Extraits : 

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Titre : L’étreinte

Récit complet

Scénario : Jim

Dessin et couleurs : Laurent Bonneau

Genre : Drame, Initiatique, Psychologique

Éditeur : Grand Angle

Nbre de pages : 312

Prix : 29,90€

Date de sortie : le 30/06/2021

Extraits : 

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