Filles uniques : départ de feu pour la série-puzzle des Béka et de Camille Méhu qui veut faire force commune des destins fracassés, isolés et rebelles

Il est venu le temps des rires et des chants. Hé oui, c’est l’heure de la rentrée et les rires et les chants peuvent parfois faire place à la détresse, les amitiés céder aux inimitiés. Certains ne trouveront malheureusement pas leur place et leurs congénères ne les aideront pas. D’ailleurs, certains enfants voudront aussi faire cavalier seul, sans devoir rien à personne. Mais peut-on faire toute sa jeunesse comme ça ? En observant Paloma, le feu incarné, la première de leurs filles uniques, les Béka et Camille Méhu inaugurent une pentalogie qui risque d’être riche et loin d’être girly, pour tous les publics.

© Béka/Méhu chez Dargaud

Résumé de l’éditeur : Apolline, Céleste, Chélonia et Sierra sont scolarisées dans le même établissement. Ces jeunes filles ont un point commun : elles sont isolées, mises à l’écart par les autres, parfois harcelées. Un jour, Chélonia décide de les réunir pour leur faire une proposition. Elle aimerait fonder avec elles le « club des mal-barrées ». Sa raison d’être : leur permettre de briser leur solitude et de devenir plus fortes, en somme, pour enfin « exister pleinement ». Leur premier objectif consiste à convaincre Paloma de les rejoindre. Adolescente rebelle et solitaire, celle-ci a épuisé plusieurs familles d’accueil. Elle vit désormais chez Liselotte, une femme habituée à héberger des jeunes en difficulté. Les quatre nouvelles amies pourront-elles l’aider à surmonter son passé ?

© Béka/Méhu chez Dargaud
© Béka/Méhu chez Dargaud

Fille unique, ça veut dire quoi ? Sous le simplisme des expressions toutes faites, il y a parfois pourtant une foule de réalités. Paloma, Apolline, Céleste, Chélonia et Sierra le sont toutes, uniques, dans des registres très différents. Pour lancer leur série, les Béka et Camille Méhu ont jeté leur dévolu sur Paloma, la tête dure, le tempérament de feu, au propre comme au figuré. Paloma, on ne compte plus les fois où elle a dû être changée de famille d’accueil, parce que quelque chose s’est brisé en elle et qu’elle n’a rien à fiche de rien. Une vie gâchée. Dans le foyer de la douce et patiente, très patiente, Liselotte, sa dernière chance, Paloma a peut-être toutes les chances en main pour changer. Mais encore lui faudra-t-il  vaincre la nature qu’elle s’est forgée. Liselotte lui a lancé un ultimatum. Même si ses notes ne sont pas extra, elle doit se faire des amies pour s’en sortir, si elle veut rester ici.

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Ça tombe bien, Apolline, Céleste, Chélonia et Sierra ont chacune une expérience, un vécu particulier qui leur permettrait de s’entendre et de faire force commune avec la nouvelle venue, rebelle. Mais encore faut-il que celle-ci le veuille bien, c’est peine perdue. Mais le quatuor ne compte pas relâcher les efforts pour répondre, sans le savoir, à l’ultimatum de Liselotte, et comprendre ce qui cloche chez Paloma.

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De l’intériorité au récit choral, les auteurs réussissent un album aussi équilibré que le sort de leurs jeunes héroïnes a été déséquilibré. Quand on naît, c’est sûr, on n’a pas tous les mêmes chances. Entre enquête juvénile et drame, les Béka vont chercher la corde sensible avec beaucoup de délicatesse, sans gros sabots. Avec de la fidélité pour ce que sont leurs personnages, sans les forcer à faire quelque chose qu’elles ne veulent pas, mais en cherchant la voie du dialogue. Celle qui, inévitablement, peut conduire à des rédemptions, à changer d’avis. Car il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Et les protagonistes de cette histoire, avec leur diversité de caractères (nous vous les laisserons découvrir) se montrent plutôt intelligentes. Et bienveillantes. Comme le trait de la jeune Camille Méhu (qui a réalisé cet album alors qu’elle était toujours aux études) qui, lorgnant vers le manga, montre des aptitudes au tout-terrain, dans des ambiances fondues, qui donnent vraiment le ton à cette histoire. Avec un final aussi larmoyant que prometteur et réconfortant.

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La BD, par la persistance rétinienne, est un des médias les plus puissants pour construire des séries concepts, permettant de composer un récit en passant d’un regard à l’autre. Je trouve que les auteurs n’en profitent pas assez. Pourtant, tout le potentiel est là. Avec des séries comme Filles Uniques ou Elles, de Kid Toussaint et Aveline Stokart, publié chez Le Lombard. En espérant que ça ouvre un peu plus la voie (qu’on pensait les deux saisons d’Alter Ego, chez Dupuis, à même de lancer). Ici, le récit est déjà complet mais avec des pistes pour fédérer les autres destins qui nous seront racontés et formeront un tout.

© Béka/Méhu chez Dargaud

Série : Filles uniques

Tome : 1 – Paloma

Scénario : Béka

Dessin et couleurs : Camille Méhu

Genre : Drame

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 56

Prix : 12€

Date de sortie : le 28/05/2021

Extraits : 

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