Rencontre avec un souffleur de Rêves : une étoile didactique est née pour en mettre plein les oreilles, l’imagination et l’évasion

Fin de week-end, début de semaine, presque début de nouvelle année scolaire, même, et si on se (re)mettait à écouter ou lire des histoires à nos enfants, toujours prêts pour s’évader et imaginer de nouvelles aventures. Qui commencent en famille. C’est d’ailleurs, comme ça que François et Maxime Demoor ont créé Souffleur de Rêves, une maison d’édition pour les oreilles. Une collection de podcasts à vivre seul ou à plusieurs, à tous les moments de la journée, y compris quand le marchand de sable commence à passer. Avec une foule de héros à adopter. Interview avec Maxime Demoor.

Bonjour l’équipe. Votre leitmotiv, c’est « Ensemble, éteignons les écrans pour allumer l’imaginaire de nos enfants… » L’imaginaire a-t-il été malmené par les trop nombreuses technologies ?

Comme souvent, c’est l’abus de technologie qui est en cause, pas la technologie elle-même. Le temps passé derrière un écran ne permet pas de développer son imaginaire, ou très peu puisque l’enfant est spectateur et non pas acteur. Malheureusement, on voit trop souvent l’écran remplacer les moments de jeu, de lecture ou d’activité.

Mais n’est-ce pas ces technologies que vous mettez à profit pour faire parvenir vos nombreuses histoires racontées ?

Absolument, nous utilisons l’outil pour transporter et stocker nos histoires. L’idée, c’est que le parent ait à tout moment dans sa poche plus de 750 histoires à écouter ou à lire. Nous avons créé Souffleur de Rêves pour aider les familles sur plusieurs problématiques :

  • Faciliter le moment du coucher, avec les mini-méditations qui précèdent les histoires en mode nuit.
  • Apporter une alternative aux écrans pendant les moments calmes.
  • Remettre les histoires pour enfant dans l’air du temps, en abordant des sujets adaptés aux âges et aux évolutions des enfants. Je trouve plus logique de parler avec des mots d’enfant de gestion d’émotion ou d’écologie que de lui raconter les atrocités du Petit Poucet ou du Petit Chaperon Rouge (Perrault).

Lire ou écouter une histoire, c’est pareil ? Quelles sont les différences ?

Plusieurs études montrent que le bénéfice pour le développement cognitif semble être le même. Toutefois, nous ne considérons pas que Souffleur de Rêves soit un remplacement pour un enfant qui dévore déjà des livres. Nous préférons nous voir comme un tremplin pour donner le goût des histoires et de la lecture.

Comment avez-vous trouvé ce nom, accrocheur et poétique, de Souffleur de rêves ?

Historiquement les histoires sont racontées aux enfants au moment du coucher, moment idéal pour souffler des bons mots et des valeurs bienveillantes aux enfants : Souffleur de Rêves.

À quel public vous adressez-vous ? Les parents aussi ?

Nous nous adressons aux familles avec enfant à partir de 3 ans, jusqu’à 10/12 ans. L’application est faite pour les parents, c’est à eux de la contrôler. Ils peuvent diffuser une histoire dans une enceinte, ou lire un texte à leur enfant. En général les parents écoutent la première histoire avec leurs enfants, et s’ils en veulent davantage ils les laissent en profiter seuls.

Boucle d’Or et les Doudous

Comment dédiez-vous telle ou telle histoire à des enfants plus ou moins âgés ? Y’a-t-il une classification ?

La thématique abordée, la durée, le choix du vocabulaire, le ton que prendra le comédien etc. Il y a de nombreux éléments qui jouent. Mais certains enfants peuvent être en avance, par exemple s’ils ont une appétence particulière pour les histoires, ils vont avoir un vocabulaire plus évolué et une capacité d’écoute plus importante. Ils pourront écouter des histoires d’une tranche d’âge supérieure.

Comment écrit-on pour les… oreilles ? À quoi faut-il penser ? Mais j’imagine, que vous écrivez aussi pour susciter des images, non ?

Il faut être subtil, surtout pour les plus petits. Effectivement, l’idée n’est pas de simplement lire une histoire, nous avons des sound designers qui apportent du féérique, de la magie dans les histoires. Nous utilisons les mêmes codes que des productions audiovisuelles classiques : de la musique, des bruitages, des silences, etc. en essayant de toujours rester subtiles pour que l’imagination garde toute sa place.

Dans ce registre, que préfère l’auditeur ? Des histoires one-shot ou des sagas ?

Les séries ! C’est une petite auditrice (par le biais de sa maman) qui nous a soufflé l’idée. Nous avions déjà des personnages récurrents mais pourquoi ne pas leur faire vivre une grande aventure au travers de plusieurs épisodes ?! Nous avons maintenant plus de 30 séries, certaines en sont déjà à la saison 3.

Plus tard, je voudrais être… avec Farfalou

Comment crée-t-on des héros qui vont attirer dans leur univers leur public ? À quoi doit-on veiller ? 

Nous essayons de proposer toutes sortes de personnages. Chez nous, ce n’est pas seulement le héros qui fait l’histoire, nous partons d’abord d’une thématique éducative, soit directement utile à l’enfant ou à son apprentissage, soit qui va éveiller sa curiosité sur un sujet. Puis nous travaillons à rendre le personnage crédible pour aborder ce sujet ou que l’auditeur puisse s’approprier le sujet au travers du héros.

Qui sont vos héros ?

Nous avons une centaine de héros, parmi eux : Hannibal l’ourson qui parle de l’écologie aux enfants, Arthur et son grand-père Papilou qui découvrent les secrets de l’eau, de la forêt ou des saisons avec les plus petits, Lina et Matéo des enfants qui visitent les plus grands contes à la recherche de mots, Philomène la sirène etc. etc.

Les vacances d’Oscar Éloi

Récemment, vous vous êtes emparé d’Arsène Lupin. En faire un héros pour les plus de 8 ans, c’est un challenge, non ? Quel est la genèse de cette série ? Comment l’avez-vous adapté ? La sortie de la série avec Omar Sy, simultanément, était j’imagine un hasard ? Comment expliquez-vous que ce personnage, qui n’est peut-être pas le plus populaire, revienne au gré des époques ? En quoi parle-t-il au jeune public ?

C’est l’œuvre de Maurice Leblanc qui m’a donné goût à la lecture. Quand j’ai appris en 2019 que son œuvre était dans le domaine public, j’ai demandé à l’équipe éditoriale de trouver une idée pour l’adapter aux enfants avec la difficulté de transmettre des valeurs positives et bienveillantes, le sujet du vol n’étant pas simple à traiter. Après plusieurs mois de travail, le petit Maurice, héros de notre série « Dans les pas d’Arsène Lupin » est né !

Le succès a été immédiat, que ce soit chez nos auditeurs ou avec la presse. Les familles de la communauté ont demandé la saison 2, elle sortira au dernier trimestre 2021 avec le même comédien, qui est fantastique.

Dans les pas d’Arsène Lupin

Au fond, j’imagine qu’on peut écouter vos histoires à n’importe quel moment de la journée, non ? Mais y’a-t-il des histoires spécifiquement pensées pour être écoutées avant le dodo ? D’ailleurs, je vois qu’il y a deux versions, parfois, une pour la journée, une pour la nuit. Qu’est-ce qui change ?

Les familles nous racontent utiliser nos histoires en voiture, en avion ou même en camping, donc je crois qu’on peut dire qu’on peut les écouter partout oui ! Techniquement, effectivement, il existe deux modes : jour et nuit. La différence est simple mais efficace, la version nuit est précédée d’une mini méditation qui permet d’apaiser l’enfant (et les parents).

Et n’oublions pas le mode lecture qui permet d’accéder à tous les textes de nos histoires ! Le parent devient ainsi le conteur !

Pendant cet été, décidément proactif, vous avez créé Teano, un jeune garçon qui découvre les régions de France. Vous misez aussi sur l’éducatif, didactique, l’air de rien ? Cela demande de la documentation derrière, non ?

Toutes les histoires sont écrites par des auteurs qui maitrisent leurs sujets. Nous avons une série sur les troubles du langage qui a été écrite par une orthophoniste.

Dans la situation actuelle, les familles ont majoritairement pris des vacances en France. Nous souhaitions transmettre aux enfants quelques pépites sur les régions qu’ils allaient traverser en voiture. Sur fond éducatif, cela reste une série fantastique, avec un livre magique et des animaux qui racontent leurs belles régions à Téano…

Teano et les régions de France

Au fond, certains se souviendront des livres-disques (notamment ceux de Marlène Jobert), trouvera-t-on un jour vos histoires avec un support ? Ou, finalement, le dématérialisé (tout relatif, tant la présence des voix est bien là) est-il entré dans les mœurs ?

Peu de familles ont encore un lecteur CD à la maison, encore moins dans la chambre des enfants… donc pour le moment Souffleur de Rêves reste « dématérialisé ».

Il y a quand même un emballage, quelques images, des dessins. Ça reste important, pour planter quelques éléments du décor ?

Comme une couverture d’album de musique, nous faisons une illustration par histoire ou par série, pour susciter la curiosité.

L’essentiel de ce décor, de ces actions, vient des voix. Il y a un casting à ce niveau-là ? C’est quoi une bonne voix pour raconter des histoires comme les vôtres ?

Les castings sont réalisés par la directrice artistique et validés par l’équipe. Une bonne voix, c’est un bon comédien ou une bonne comédienne, qui sache transmettre les émotions et les actions par son énergie et ses intonations.

Aujourd’hui, vous êtes à plus de 700 histoires disponibles. Votre imagination est toujours aussi fertile ? Dans quelle direction allez-vous aller, quel projet ?

La beauté de l’imagination, c’est qu’il n’y a aucune limite et nous ne nous en fixons pas. Nous sortons 10 à 20 nouvelles histoires par mois, nous essayons d’aborder toutes les thématiques utiles aux familles et nous sommes très à l’écoute de notre communauté.

L’école de la jungle

Pendant ces mois de confinement, avez-vous noté une hausse de l’activité sur votre site ? Le public a-t-il eu plus de temps pour lire ou écouter des histoires avec des enfants ?

Pendant le premier confinement, nous avons créé Vidoc (un virus pas comme les autres) qui parlait du coronavirus aux enfants, pour rassurer, expliquer la situation et enseigner les gestes barrières. Nous avons publié chaque épisode de la série gratuitement et les familles ont été nombreuses à nous écouter et à partager.

Vidoc, un virus pas comme les autres

Merci pour l’éclairage sur ce beau projet qui garde les oreilles grandes ouvertes.

Infos, découverte et abonnement sur : https://souffleurdereves.com/

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