Teddy, tout doux mais bientôt hors-de lui à la faveur de la pleine lune lycanthrope : un cinglant et singulier cinéma d’horreur sociale à la française

Teddy, c’est une peluche, tout doux, tout gentil, rassurant et paisible. Dans le meilleur des mondes… car, sans doute, les frangins (jumeaux même) Ludovic et Zoran Boukherma avaient-ils un compte à régler avec Teddy pour ainsi nommer leur film d’horreur à la française, entre comédie, drame et film d’auteur à poils et à dents longs. C’est ce qu’ils aiment, puisqu’ils prolongent avec ce singulier long-métrage leur court intitulé La naissance du monstre. Dans lequel un certain Teddy tentait apparemment de sauver sa soeur, atteinte de lycanthropie. Cette fois, la routourne a tourné et c’est sur Teddy que se referme la mâchoire infernale, que s’abat la malédiction irréfutable.

Résumé : Dans les Pyrénées, un loup attise la colère des villageois. Teddy, 19 ans, sans diplôme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientôt son bac, promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffé par une bête inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales…

Si le héros qu’il incarne ne prendra pas du galon (Teddy préfère embêter les soldats du coin qui refont l’Histoire selon leur bon vouloir et leur mauvaise orthographe), Anthony Bajon, lui, devient un homme, avec du poil et de la férocité en s’imposant comme héros, sans véritable charisme, du film de Ludovic et Zoran Boukherma. C’est en donnant l’air de rien y toucher que l’acteur déjà vu, notamment, dans Au nom de la terre ou La Prière, doit pourtant faire tenir le film sur ses épaules tout d’un coup animales. Sans lui, ce film ne tiendrait pas debout, d’autant plus qu’on ne voit que lui: le loup-garou nous n’en verrons pas la queue. Premier rôle féminin et actrice fétiche des deux réalisateurs, Christine Gautier est elle aussi bien dans ses baskets d’adolescente attardée et girouette, attachante.

Se reposant sur une bande de comédiens dont la plupart sont peu connus, le duo maléfique les fait osciller entre la réserve (la prestation quasi-documentaire, pour certains) et le déjanté. Dans ce registre, on ne fera pas mieux que Noémie Lvovsky en directrice de l’institut de beauté dans lequel travaille notre pauvre bougre et qui en veut à son corps. Pour le démon de minuit, cette nymphomane n’attend jamais son heure, même si elle risque d’avoir des surprises.

Car le gentil mais naïf Teddy, pas à sa place, mis à l’écart dans ce monde de brutes qui va trop vite pour lui, est rongé par le mal. Dans un moment d’expulsion de sa rage intérieur, guetté par une menace qu’il a prise pour un chat ou un ours, il a été griffé et depuis il doit lutter contre une puissance intérieure, hantée, qui cherche à sortir de sa réserve. De jour comme de nuit, cette sensation nouvelle et assez désagréable va un peu plus condamner ses relations sociales déjà pas au beau fixe. Amours, amitiés, travail ou argent, ça fait longtemps que les astres boudent son horoscope. Mais c’était sans compter la Lune.

Des films d’horreur français, il y en a eu, auparavant, certains réussis (beaucoup d’autres décevants, comme c’est en général le cas dans la production mondiale cela dit, avec beaucoup de navets). Mais force est de constater que les frangins réussissent ici un film qui leur appartient, ne respectant pas le cahier des charges habituel pour suivre leur propre délire et ressenti. Tournant le mode nanar à leur avantage, Ludovic et Zoran Boukherma travaillent la personnalité de leur personnage en pleine désincarnation… carnivore. Si tout est dans la suggestion (ce qui permet, par exemple, de ne pas souffrir d’un design de monstre ringard), les scènes gore n’y sont pas toujours celles qu’on croit et les plus inénarrables sont les plus intenables: quand ce ne sont plus des cheveux mais de longs poils bestiaux qui poussent sur votre langue… il faut les raser.

Repoussant les griffes de la nuit au plus loin dans leur déroulé, les cinéastes jouent longtemps à « ne regardez pas le loup-garou qui passe » pour déjouer les pièges, introduire des chasseurs incongrus et des policiers à côté de leurs pompes(façon P’tit Quinquin et Bruno Dumont pyrénéen), et réussir un film social animal surprenant et imprévisible. Forcément, un bon moment qui fait sourire plus que frémir, même si les scènes violentes sont tordantes aussi pour les boyaux. Barge et sensible.

De quoi assurer leur place dans le monde très prisé de l’horreur façon frenchies? Assurément puisque Ludovic et Zoran Boukherma préparent la suite, dans un autre décor. Celui décrit, quasiment goutte pour goutte, lors d’une séquence télévisée au début de Teddy : l’attaque d’un requin sanguinaire. Une créature à laquelle Marina Foïs, Kad Mérad ou encore Jean-Pascal Zadi devront se confronter dans la baie d’Arcachon. Ce ne sera pas les Petits mouchoirs mais L’année du requin.

Titre : Teddy

Réalisateurs : Ludovic et Zoran Boukherma

Acteurs : Anthony Bajon, Christine Gautier, Ludovic Torrent, Guillaume Mattera, Noémie Lvovsky, Jean-Paul Fabre, Jean-Michel Ricart…

Genre : Comédie, Drame social, Fantastique, Horreur

Durée : 88 min

Date de sortie : le 30/06/2021 (France) / le 07/07/2021

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