Mieux vaut des héros que de l’érosion : Hadès cherche un successeur et « Maestro » Burniat nous entraîne dans les mys-terre entre escape game et film catastrophe

« On a de la chance, on a des vers de terre », a dit ma compagne au cours de la confection du potager domestique. Oh, d’habitude, ils ne sont pas ses copains, ces invertébrés. Mais c’est vrai qu’on n’imagine pas la richesse que ces petites bêtes, comme d’autres, confèrent à nos terreaux naturels. On a toujours l’impression qu’on connaît tout de chez soi, du monde, que l’inconnu se situe au-dessus de nos têtes, par exemple, dans l’espace. Que nenni. Avec Sous terre, Mathieu Burniat livre un album documentaire, mais pas que, exemplaire, d’une biodiversité folle, d’une capacité d’engouement maximale.

Résumé de l’éditeur : Après des millénaires à régner sur le monde sous-terrain, le dieu des Enfers, décide de passer le flambeau. Son but : faire prendre conscience à ceux qui vivent à surface de la terre de l’importance et de la richesse réelle du sol. Mais Hadès n’est pas un enfant de choeur et il n’entend pas laisser les clés de son royaume au premier venu ! Parmi les candidats à sa succession, Suzanne et Tom se lancent dans cette course au savoir qui prend la forme d’épreuves aussi instructives que mortelles. Un seul gagnera ces jeux : celui ou celle qui sera capable de voir au-delà des préjugés et de comprendre les véritables enjeux de ce monde invisible…

© Mathieu Burniat chez Dargaud

Dès la couverture, et parce qu’on commence à connaître ce maestro qu’est Mathieu Burniat, on ne sait pas à quoi s’attendre. Si on imagine bien sa facette documentaire, on sent bien que l’aventure nous tend les bras dans ce voyage au centre de la fine couche de terre. Celle qui recèle un monde complètement fou à peine frôlé par les 1001 pattes et autres Fourmiz, ou Chérie, j’ai rétréci les gosses.

© Mathieu Burniat chez Dargaud

Et tant qu’à parler de ce dernier, alors qu’Hadès cherche un remplaçant, c’est une armée de prétendants qui postulent sans vraiment savoir ce qu’il faut étudier et en se fiant au bagout. Certains participent pour assouvir leur quête de pouvoir ou d’immortalité, d’autres ont un compte à solder et entendent bien ramener du royaume des morts un proche trop tôt parti. Le casting est de taille, il y a des brutes et des truands, des bons et des chétifs. Mais les plus forts et musclés ne gagnent pas toujours encore plus en sachant qu’Hadès et ses sbires sont des vicieux. À l’entretien d’embauche se substituent des épreuves sur le terrain, loin des squelettes et des morts-vivants, d’Orphée et Prométhée, mais au plus près des vivants auxquels prête ressource chaque centimètre-cube du sol sous nos pieds, pourvu qu’il ne soit pas bétonné.

© Mathieu Burniat chez Dargaud
© Mathieu Burniat chez Dargaud

Et voilà donc la légion de candidats-repreneurs de l’industrie des Enfers embarquée dans une aventure de plus en plus petite, au royaume des fourmis, des araignées et autres champignons. Parfois mis à mal par l’homme et certaines de ses techniques agricoles qui laisse de moins en moins de friche, d’aération. S’il n’en est pas à son premier album BD documentaire (on se souviendra de L’Internet mais aussi du Mystère du Monde Quantique, entre autres), Mathieu Burniat préfère laisser sa créativité et son amour du divertissement s’exprimer plutôt que de répéter la recette testée et approuvée. Ce qui donne à chaque fois à ses oeuvres, en plus du volet didactique passionnant (d’autant que les sujets traités ne sont pas forcément les plus sexy et abordables, c’est là tout le jeu), un supplément d’âme irrésistible.

© Mathieu Burniat chez Dargaud
© Mathieu Burniat chez Dargaud

Et Sous terre est peut-être la plus belle réussite de l’auteur tant il réussit là un pur divertissement sur un enjeu de taille, et au plus proche de nous, de notre présent, de notre avenir qui risque la traversée du désert. Mêlant la mythologie antique (des récits qui fonctionnent toujours autant depuis que le monde est monde) ou télévisuelle d’hier (on pense à l’indétrônable collection animée Il était une fois… à la hauteur de laquelle Burniat se hisse) à des passions d’aujourd’hui (escape game, jeu vidéo), l’auteur complet à la symbolique parfaite (conseillé par Marc-André Selosse) réussit à nous happer dans une motte de taupe et à ne plus nous lâcher.

© Mathieu Burniat chez Dargaud

Parce que ces personnages sont bons, ont de la psychologie, la Terre aussi, dans ses petits miracles, sa magie, sa manière d’allier tous ses milliers d’habitants, amis ou ennemis. Après cette lecture, la balle est dans notre camp, la sagesse érudite avec, pour faire fructifier le ciel sous nos pas, notre horizon brun. Terreux pour ne pas être honteux devant les miettes que nous laisserons à nos enfants. Un modèle du genre.

© Mathieu Burniat chez Dargaud

Titre : Sous terre

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Mathieu Burniat

Conseiller scientifique : Marc-André Selosse

Genre : Aventure, Documentaire, Mythologie, Vulgarisation scientifique

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 176

Prix : 19,99€

Date de sortie : le 19/03/2021

Extraits :

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