Euthanasie en toute conscience: Olivier Peyon et Livio Bernardo montrent que donner la mort tant attendue aide à chérir la vie

Tous, nous ne sommes pas égaux face à la mort que l’on souhaiterait programmer. C’est un sujet brûlant, face auquel ses prétendants ne sont pas égaux en fonction du pays où ils vivent. Ainsi, voit-on beaucoup de Français venir passer leurs dernières heures en Belgique, qui a légalisé l’euthanasie en 2002. Les divers gouvernements politiques de France ne s’y sont pas encore résolus, du moins à l’euthanasie active, et cela donne lieu à des crispations médiatisées, comme le cas de Vincent Lambert, du nom de ce quadragénaire placé dans un état végétatif et dont la famille s’est déchirée entre acharnement thérapeutique et la volonté de le laisser partir. S’ils y font écho, Olivier Peyon (scénariste et réalisateur de cinéma, on lui doit Comment j’ai détesté les maths, Une vie ailleurs, Les petites vacances, etc.) et Livio Bernardo ne font pas dans le débat politique et social, mais vont sur le terrain avec une petite équipe façon Vieux Fournaux, activistes de l’euthanasie, l’interruption volontaire de vie, dans la joie, la bonne humeur et la conscience de ce que sont la vie et la mort, de leur richesse.

© Peyon/Bernardo chez Delcourt
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Résumé de l’éditeur : À l’asso « En toute conscience », on milite pour le droit à l’euthanasie, mais on aide surtout dans l’illégalité totale ceux qui veulent abréger leur souffrance. Jusqu’au jour où débarque Vincent, 25 ans, qui veut en finir suite à un chagrin d’amour. Sidérés, ces vieux militants font mine d’accéder à sa requête, et sous couvert de l’aider à mourir, vont tout faire pour lui redonner goût à la vie.

© Peyon/Bernardo chez Delcourt

En rouge et noir sur la couverture, les personnages d' »En toute conscience » (inspirée d’événements réels et de l’association Ultime liberté) n’en sont pas moins multicolores dans l’incarnation qu’en font les deux auteurs, même si Livio Bernardo dessine en noir et blanc, utile à faire ressentir tant la gravité que la rondeur de ces bons vivants. Oui, si leur potion magique (faire de Pentobarbital importé grâce à un vétérinaire mexicain, en toute illégalité) enlève la dernière étincelle de vie à ceux qui la boivent, Philippe, Maurice, Christine, Nicole et Françoise ne croquent pas moins la vie à pleines dents. Loin des débats stériles, leur manière de donner un sens à leur vie, c’est d’aider ceux qui n’en peuvent plus de celle-là. Parce que la maladie les a déchus de l’humanité, que la douleur est trop lancinante…

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Les cas sont souvent lourds… puis voilà que se pointe Vincent, tout jeune ambulancier, qui veut s’ôter la vie comme on l’a privé d’amour. Un chagrin qui le noie et qui le pousse à se suicider… assisté. Cas de conscience pour l’équipe de vieux, trop contents d’avoir un renfort de prime jeunesse mais bien incapables de lui donner raison. Alors, dans l’antre de la mort, à deux pieds dans la vie, ils le font patienter… et l’emmènent dans leurs folles aventures, dont les rituels sont réglés comme des métronomes pour ne pas se faire prendre.

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Commence alors un road-movie dans lequel Vincent n’en démord pas mais devient l’assistant de ces anges gardiens, quitte à mettre son ambulance au service de la faucheuse (en douceur), et côtoie ces personnes qui n’aspirent plus qu’à une chose: expirer. Mais dont les institutions médicales, peut-être un peu trop hermétiques voire blessées par cet autre remède expéditif qu’on leur oppose, ne veulent pas entendre parler. Requérant les services d’En toute conscience, en toute compassion, les « patients » sont souvent âgés mais il y a parfois des surprises parmi ses âmes brisées par le destin, quitte à l’avoir forcé un peu, naïvement. Comme cette jeune fille toute fripée sous le poids d’une anorexie et des traitements destructeurs qui n’ont fait qu’empirer la situation. À elle, on ne pourra pas dire qu’elle est trop jeune pour mourir.

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Avec la mort comme point de rencontre, les deux auteurs se sont trouvés pour livrer un album plein de gouaille, intense, comique mais aussi bouleversant. La pierre à l’édifice d’une mort qui doit être un droit mais aussi une liberté quand la santé s’est détraquée. Avec de la dignité et un immense respect. Ces gens luttant pour que l’euthanasie devienne une possibilité ne sont pas des serial killers, chaque départ est un déchirement car, plus que tout, ils aiment la vie.

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Titre : En toute conscience

Récit complet

Scénario : Olivier Peyon

Dessin et couleurs : Livio Bernardo

Genre : Comédie dramatique, Documentaire

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 224

Prix : 25,50€

Date de sortie : le 07/04/2021

Extraits : 

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