Dystopie de l’IA et récit inachevé pour les Fleurs de l’ombre de Tatiana de Rosnay

Un récit futuriste où l’intelligence artificielle est partout afin d’aider l’humain dans sa vie quotidienne et ses tâches. Un Paris où les abeilles et la tour Eiffel ont disparu. Une histoire dont 9/10es sont haletants, prenants et vous empêchent de reposer le livre… Mais dont la fin est bâclée… Comme si l’auteur de talent n’était plus apte à écrire, à finir, et que son agent avait voulu terminer rapidement et sans imagination cet excellent récit. Une fin qui ne présente aucun intérêt et qui ne résout aucune des questions laissée en suspens. Grosse déception que Les fleurs de l’ombre de Tatiana de Rosnay.

« Une résidence pour artistes flambant neuve. Un appartement ultramoderne, au 8ème étage, avec vue sur tout Paris. Un rêve pour une romancière en quête de tranquillité. Rêve, ou cauchemar ? Depuis qu’elle a emménagé, Clarissa Katsef éprouve un malaise diffus, le sentiment d’être observée. Et le doute s’immisce. Qui se cache derrière CASA ? Clarissa a-t-elle raison de se méfier ou cède-t-elle à la paranoïa, victime d’une imagination trop fertile ? 

Fidèle à ses thèmes de prédilection – l’empreinte des lieux, le poids des secrets – Tatiana de Rosnay tisse une intrigue au suspense diabolique pour explorer les menaces qui pèsent sur ce bien si précieux, notre intimité. »

Je ne vous cache pas ma déception à la fin de cet ouvrage. Un roman qui est parfaitement addictif, intéressant du point de vue de la réflexion sur notre avenir et des conséquences de nos actes actuels. Un roman qui pousse à s’interroger, tout en divertissant. Un roman dont l’histoire « banale » d’une femme se transforme progressivement en thriller inquiétant… Mais qui se termine si mal !

Ne vous méprenez pas. La fin n’est pas catastrophique du point de vue de la destinée des personnages (ils ne meurent pas tous dans un énorme accident) mais elle est totalement bâclée… Un peu comme ces romans où sur la dernière page vous avez une phrase du style : 

« Et il ouvrit les yeux… Sa chambre était dévastée comme si un ouragan était passé par là… Le résultat de cette nuit cauchemardesque où tout lui avait semblé si vrai ! »

Je déteste les fins se terminant en « eau de boudin ». Et ici, c’est tout comme. En plus, il reste beaucoup de zones d’ombre, de questions sans réponse. Qu’est-il réellement arrivé à Jim Perrier, ce voisin curieux ? Qui est réellement Mia White ? Pour quelle raison CASA filme-t-il en permanence ses locataire ? Que fait-il des données de santé récoltées ? Quelle est cette poudre qui tombait du plafond ? Et le claquement provenant du plafond, que signifie-t-il ? L’eau était-elle empoisonnée ? …

Bref, on évoque des hypothèses, mais rien n’est abouti. Et je déteste cela.

Autre élément qui m’a dérangé, ce sont ces digressions sur Romain Gary et Virginia Woolf. Je sais que l’auteure est particulièrement intéressée par ces deux romanciers et qu’elle a choisi de faire de son personnage principal « Mam’s-Clarissa » une inconditionnelle de ces auteurs mais c’est long… et cela n’apporte, à mon sens, rien à l’intrigue… Un peu comme si un quota de pages devait être rempli.

Et pourtant les 9/10es du roman sont totalement et complètement intéressants et addictifs. Imaginez un peu la qualité nécessaire pour contrebalancer ce qui est écrit plus haut !

Cette dystopie imagine un monde où des attentats massifs auraient défigurés à jamais le visage de nombreuses capitales européennes. Londres, Rome, Paris… Des bombes ont explosés, la tour Eiffel a été touchée, elle s’est effondrée. Des quartiers entiers ont été rasés. Et parallèlement à ces événements, le déclin des abeilles s’est poursuivi… jusqu’à l’irréparable dommage. Dans le monde de Clarissa, les jardins et les fleurs sont reconstitués artificiellement, parce que les insectes et les oiseaux n’existent plus.

Dans le monde de Clarissa, les canicules sont régulières et dépassent allègrement les 45 degrés. Faisant à chaque fois un peu plus de morts. Chacun essaie de se prémunir avec une climatisation performante, qui relâche un peu plus d’air chaud dans l’atmosphère… Et qui peut elle aussi tomber en panne suite à une gros coup de chaleur.

Dans le monde de Clarissa, l’intelligence artificielle est partout. Des puces électroniques remplacent les implants cochléaires, les programmes à commande vocale ont rendu obsolète l’utilisation d’interrupteurs. Et un assistant numérique totalement personnalisé et ne répondant qu’à votre voix est chargé d’alléger votre quotidien, de gérer votre agenda, de veiller à votre sécurité et de vous tenir compagnie dans les moments de solitude.

Et Clarissa, grand-mère et écrivaine, est une femme troublée dans ce monde si éloigné et si proche du nôtre. Ses préoccupations n’ont rien de futuriste et sont tellement humaines. Une femme blessée par son mari, en proie aux doutes, qui cherche absolument un nouveau logement pour démarrer une nouvelle vie…loin des tourments de son couple. Et CASA va lui offrir.

CASA, c’est un consortium un peu obscur qui se revendique d’une activité de mécénat pour les artistes. Clarissa emménage donc dans cette toute nouvelle résidence, High tech, entièrement dédiée à la création. On y retrouve des peintres, des sculpteurs, des écrivains, des photographes qui, pour un prix modique, trouvent un logement et toutes les conditions propices à la création. Mais le rêve va rapidement se transformer en cauchemar et la tension ne fait que monter au fil des pages.

Ce roman incite aux questionnements philosophiques et sociétaux. Il suscite la réflexion sur les orientations que prend notre société. Sur notre dépendance, de plus en plus accrue, à l’intelligence artificielle, au numérique… Sur nos choix de consommation et de production. Aucune morale n’est proposée, aucun message normatif n’est enseigné par l’auteure. Tatiana de Rosnay ouvre les voies du questionnement par une intrigue de science-fiction totalement crédible.

C’est excellent sur les 9/10es et totalement décevant sur la fin. Mais le corps du roman est réellement brillant.

Auteure : Tatiana de Rosnay

Titre : Les fleurs de l’ombre

Edition : Robert Laffont

Sorti le 12 mars 2020

Nbre de pages : 336 pages

Prix : 21,50 €

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