Transparent: décomposant les gueules, voire les corps, Wanch réussit un album implacable sur les non-dits trop longtemps retenus

Avec Transparent, Wanch signe un album loin de passer inaperçu, choquant et bouleversant sur une famille disloquée de toutes parts, sur quatre générations, et qui peine à rattraper le temps perdu, hanté par de sombres démons, du passé et peut-être encore du présent. Là où l’avenir semble condamné.

© Wanch chez Rodelbas

Résumé de l’éditeur : Quand Eugène sort d’une longue peine de prison et qu’il tente de reprendre contact avec les membres de sa famille, il ne s’attend pas à ce que les choses soient simples. Mais il est loin d’imaginer la tournure qu’elles vont prendre … Dans certaines familles, ce que l’on ne dit pas peut faire plus de mal que ce que l’on dit.

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Comment ne pas être transparent à l’école, au boulot, en famille? Sortir de sa réserve ? Être invisible, au fond, c’est peut-être pire que d’être ostracisé ou porté aux nues. Cela dépend-il de nous ou pas seulement ? Être un fantôme, est-ce un réflexe intégré suite aux comportements des autres, l’indifférence ou de trop grandes espérances que l’on a déçu? Est-ce un besoin de se cacher après avoir fauté ou parce que les autres vous en laissent le poids sur vos épaules. Il y a des mystères et des questions cruciales autant qu’explosives qu’il ne vaut parfois mieux pas éclairer, qu’il faut laisser enterrée.

© Wanch chez Rodelbas
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Mais le statu quo du silence ne tient pas toujours face aux années qui passent. Quand la peine est soldée mais qu’il n’y a qu’elle, que le reste des plaies restent ouvertes. Eugène vient de sortir de la prison dans laquelle il était enfermé depuis des années, pour des faits que d’aucuns qualifient comme les plus graves, inhumains. D’une cellule à une piaule, il n’y a pas grand-chose qui change, Eugène ne peut que se murer dans la solitude, oublié de sa famille, père, grand-père et arrière-grand-père de personne; mais pas des médias, de journalistes putassiers qui l’ont déjà retrouvé et des agences permettant de retrouver un emploi.

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Grégory, le petit-fils à qui il semble avoir fait le mal pour lequel il a été condamné en conséquence, ne se porte pas beaucoup mieux, lunatique, à côté de ses pompes, malhabile et incapable d’être dans les temps, pour verser sa pension alimentaire, aller chercher sa fille à l’école ou la ramener à sa mère, qui donne l’impression de tout avoir essayé pour ramener Greg sur la berge. Une aide que ses parents (enfin, surtout son père qui l’a renié parce qu’il ne lui a pas donné assez de motifs de réussite, de contentement), puisqu’il n’existe quasi plus à leurs yeux. Heureusement que sa fille est là, son rayon de soleil, avec qui il est en osmose, quitte à avoir des rituels bien à eux et pouvant être mal interprétés quand les autres vous considèrent comme bizarre. Surtout quand la malédiction intrafamiliale a déjà frappé. Et la réapparition d’Eugène ne va pas améliorer l’état de Greg, elle lui fait un effet épidermique. L’heure est venue, coûte que coûte, de solder le passé et de libérer le présent.

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Après In Bloom, négocié entre un père, son fils et le deuil, avec de l’onirisme, l’auteur montois choisit d’élargir le spectre de la famille tout en noircissant le tableau, de manière désespérée. Dans cette galerie de personnages où tout le monde a ses responsabilités, sauf quelques-uns, comme cette arrière-grand-mère qui a choisi de tout oublier tout en espérant que le cauchemar va se terminer et qui sait que les apparences peuvent être trompeuses. Que celui qui prétend aux infirmières être son ami est en fait son mari, déchu de la société mais pas de son amour et de sa confiance.

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Sous une couverture qui pèse de tout son poids sur la symbolique du titre et des maléfices bien réels à l’oeuvre dans cette histoire sur un fil tranchant et tendu à la perfection par Wanch. Dans les décors du quotidien, banal, vide, il glisse l’innommable concours de circonstance, qui instille le doute d’un côté, et en réfute les preuves de l’autre. Décomposant les gueules, voire les corps, Wanch réussit un album implacable sur les secrets et les non-dits trop longtemps retenus, sur la pression à l’oeuvre dans une famille quand la passion de trop bien faire prend le dessus. Wanch coupe le son quand la télé en dit trop pour mieux laisser les personnages en présence s’expliquer, ou pas. Dans un trait tailladant les visages et les expressions mais trahissant l’humanité dans certains regards et les regrets, éternels. Car il y a des choses qui n’ont l’air de rien quand on les fait mais qui prennent une importance capitale quand on est en âge de les comprendre, que l’innocence naïve est passée.

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J’espère ne pas vous avoir trop dit – je ne crois pas – pour que vous puissiez découvrir tous les mystères et le charme glaçant de cet album qui prouve la singularité de Wanch et son audace à ne pas mettre de barrière dans ce qu’il veut exprimer par le coeur et la tête, et un crayon qui manque peut-être encore un peu de matière mais n’hésite pas à trembler pour rentrer dans la peau de ses malheureux héros.

© Wanch chez Rodelbas

Titre : Transparent

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Wanch

Genre : Drame choral et familial, Psychologique, Suspense

Éditeur : Rodelbas

Nbre de pages : 80

Prix : 16€

Date de sortie : 05/2020

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