S’évadant des probabilités qui peuvent nous gouverner sans danger, Cyril Bonin laisse faire le hasard et son champ des possibles

Les chiffres ont pris le pouvoir, implacable, donnant l’impression qu’ils ont éclipsé l’incertitude. C’est ainsi qu’en tant de crise pandémique, mais aussi et avant tout sociale, chaque matin de nouveaux bilans de la situation nous arrivent, le décryptage sera peut-être pour plus tard, toujours est-il que ces statistiques forgent (trop?) les décisions. Pourtant, plus que jamais, le hasard n’en oublie pas de tirer les ficelles. Loin de nos années 20, 2020, troublées, Cyril Bonin est parti dans les années 10, à Paris, jouant crânement sa chance pour faire changer la vie d’un héros qui passait peut-être à côté d’elle à force de vouloir tout contrôler.

© Cyril Bonin
© Cyril Bonin chez Vents D’Ouest

Résumé de l’éditeur : Paris, 1909. Victor Nimas est un comptable à la vie bien rangée qui trouve son bonheur dans les chiffres et les probabilités. Son existence ne connaît ni drame ni remous et ce n’est pas pour lui déplaire. Mais personne n’est jamais à l’abri du hasard et un soir, alors qu’il rentre chez lui, il marche par inadvertance sur un petit bout de papier : c’est une place de spectacle pour les ballets russes. En règle générale, ce genre de divertissement ne lui inspire rien que de l’indifférence, pourtant cette fois, il décide de profiter de l’opportunité. Pour lui, c’est une révélation, un pur enchantement… d’autant plus qu’au-delà des chorégraphies et artifices de mises en scène, il est captivé par le regard ensorcelant de l’une des danseuses. Elle est belle, elle s’appelle Tania et voilà Victor embarqué dans un tourbillon d’imprévus qui iront jusqu’à perturber les fondements logiques de cet éternel cartésien.

© Cyril Bonin chez Vents D’Ouest

« Une chose m’intrigue. Si je lance le dé trois fois, que je le pose et que je le reprends pour le lancer une semaine plus tard. Est-ce que ce sera mon quatrième lancer ou mon premier? » Voilà une question qui risque de mettre le feu aux poudres de n’importe quel individu tentant d’expliquer tout par la raison et les probabilités, et notamment la possibilité de faire un six avec un dé, non pipé. Victor est comme ça, bossu sur ses certitudes, engoncé dans une vie ne laissant nulle opportunité à ce que l’inconnu croise sa route. Ça aide à supporter une vie ni faste ni misérable et un boulot exigeant, écrasant.

© Cyril Bonin chez Vents D’Ouest

Mais peut-on passer toute une vie dans le contrôle de soi et des chiffres, à réciter à l’infini les décimales de pi ? Victor Nimas le pensait mais il a lâché prise au destin. Bêtement, un jour, il a trouvé sous son pas, ni pressé ni lent juste absorbé dans des pensées maîtrisées, un ticket pour un ballet russe. Jamais il n’aurait pensé aller un jour au théâtre ou à l’opéra, quelle perte de temps, mais il s’est laissé faire. Et il a croisé le regard d’une femme qu’il découvrirait contrainte à un mariage forcé.

© Cyril Bonin chez Vents D’Ouest

Contre lequel aucune solution réaliste ne pourrait rien. Juste un coup de poker que Victor ne pouvait pas envisager avant de tout perdre et de se résoudre à risquer de tout gagner. Dans un monde où une poignée de marionnettistes sont bien résolus à vous indiquer la marche à suivre. Victor, lui, a depuis quelque temps des apparitions, celle d’un grand matou dandy – est-ce le diable Méphisto? – qui l’invite à s’évader des chiffres qui sécurisaient sa vie.

© Cyril Bonin
© Cyril Bonin

Avec le bien nommé Comme par hasard, Cyril Bonin continue de surprendre et d’agir avec bienveillance sur le comportement de héros qui avaient besoin d’un coup de pouce, d’un trait, pour réaliser qui ils sont vraiment. Par cette ode à l’inexplicable, toujours avec la grande classe et le luxe qu’on lui connait, permettant de faire croire même dans le fond du trou que tout peut s’arranger, Cyril Bonin offre à son personnage un nombre de lancers illimités jusqu’à ce que le franc tombe et qu’il puisse s’écarter de la guidance qu’il avait donnée à son existence. Se servant d’un hasard bien huilé qui ne rend pas tout merveilleux, que du contraire, en témoigne la fin tragique de cet album (mais on ne vous dira pas pour qui), l’auteur va plus loin et invite à vivre sa vie comme on en a envie, à ne pas refréner les challenges mais à les accepter. Peu importe s’il y a plus à perdre qu’à gagner.

© Cyril Bonin
© Cyril Bonin

Dans le Paris de Nijinsky, Cyril Bonin laisse l’amour prendre le dessus et nous balader. Brillant à illuminer les personnages de bonnes ou mauvaises intentions, Cyril est aussi un éclairagiste et décorateur hors pair pour donner du fond et du relief à cette histoire inspirante et réconfortante. La loi des séries et des chiffres ne gagne pas toujours.

© Cyril Bonin chez Vents D’Ouest

Et si des originaux vous intéresse, sachez que le site Fieldarts en propose.

Titre: Comme par hasard

Histoire complète

Scénario, dessin et couleurs: Cyril Bonin

Genre: Drame, Romance

Éditeur: Vents d’Ouest

Nbre de pages: 104

Prix: 18€

Date de sortie: le 03/03/2021

Extraits:

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