L’île oubliée était maudite et les wicker girls vont en faire les frais, entre mythe et fanatisme, rêves et cauchemars

Une île, loin de tout, en toute liberté, pour rêver, nous en rêvons quasiment tous en ces moments étouffants sous le poids des règles de sécurité sanitaire. Pourtant, au large de la Grèce, alors que leurs parents Achille et Elsa se disputent à chaque heure, Eve et Mia ne profitent pas des charmes de l’aventure. Dans une ambiance familiale pourrie, pas de réseau pour contacter les potes, les flots ressemblent à une morne plaine jusqu’à la tempête… qui amène une électricité magique et maléfique.

Résumé de l’éditeur : La nuit a été rude à bord du voilier familial. Une tempête inattendue a secoué tout le monde à bord : Eve et Mia, les jumelles de 12 ans, sont nauséeuses et les parents, exténués. Ils décident de faire escale sur une petite île qui n’apparaît pas sur les cartes. Sur l’île, l’accueil est chaleureux : les habitants sont souriants, prévenants. Une ambiance New Age flotte dans la quiétude des lieux qui contraste avec les tensions dans le couple. Eve, Mia et leurs parents font forte impression. Il faut dire qu’il n’y a aucun touriste sur cette île. Malgré cette sollicitude, Achille et Elsa décident de repartir rapidement. Mais il y a un problème : avec la tempête, une épave s’est déplacée et elle bloque la sortie de la marina. La famille est coincée le temps de rouvrir le chenal. Elle décide alors de profiter de l’escale. Il faut dire qu’avec ses jolies maisons blanches, sa petite place ombragée où trône une statue d’Aphrodite, sa plage de sable blanc et ses eaux turquoise, le village a tout d’une carte postale…

© Bétaucourt/Antista chez Jungle

L’homme d’osier, The wicker man dans la langue de Shakespeare et Nicolas Cage ou Christopher Lee, a laissé quelques pailles dans cette histoire de Xavier Bétaucourt revisitant ce thème et change de décor pour un public jeunesse. Arrivés peut-être pas que par hasard sur une île sortie de nulle part et inexistante sur les cartes, une famille pas si soudée va être confrontée à une communauté, elle, très liée. Très abordables et le coeur sur la main, ils offrent gîtes et même une grande fête en l’honneur de ces voyages. Mais ces insulaires ont aussi la tête dans les nuages de l’Olympe, ceux d’une Aphrodite laide comme un pou, et du don des dieux qui peut être une malédiction.

© Bétaucourt/Antista chez Jungle

En témoignent spectres et autres zombies qui rôdent sur les hauteurs, là où le village laisse sa place à la nature sauvage et des reliques ancestrales, et à quelques sinistres personnes (humaines ou inhumaines) encapées. Ici, il n’y a pas l’air d’y avoir d’enfants et la petite communauté enfiévrée de fanatisme en veut à Eve et Mia, à ce que leur inconscient d’enfant nourrit comme imaginaire durant le sommeil. Accessoirement, Achille et Elsa ne doivent pas sortir vivant de cette baie. L’affaire est rodée, c’est comme ça que ça se passe depuis la nuit des temps. Ou en tout cas depuis qu’une apprentie-sorcière a fait entrer sa terre dans la légende de l’ambiguë Astarté, de ses sinistres… sacrifices.

© Bétaucourt/Antista chez Jungle

S’il s’est fait un nom dans la bande dessinée documentaire et adressée à un public plus averti, Xavier Bétaucourt n’a pas fait son deuil ni de la fiction par laquelle il est arrivé au Neuvième Art ni des récits prenant les plus jeunes (ici les adolescents) lecteurs par la main. Quitte à leur ficher un peu les pétoches en traitant d’un cauchemar éveillé. Et pourtant merveilleux. Car l’île est idyllique, trop que pour être vraie peut-être, dans le trait de Paola Antista.

© Bétaucourt/Antista chez Jungle

Le drame qui se joue et contre lequel les « héros » pris au piège devront faire preuve de self-control et d’initiative pour s’en sortir, l’auteure de Sorceline l’entoure de douceur. L’étouffe même peut-être un peu. L’enchaînement des éléments est cruel, dark, mais la manière dont les personnages et le décor s’expriment laisse toujours penser que ça va s’arranger, que ce n’est qu’un mauvais rêve. Le contraste est déséquilibré, j’aurais aimé que la noirceur imbibe un peu plus les pourtant très jolis dessins de Paola.

© Bétaucourt/Antista chez Jungle

Cela dit, ce lancement de série n’est pas inintéressant du tout, bien construit et cultivant un mystère qui ne s’arrête pas à la dernière page de cet album. Avec une surprise de taille : il est probable que les héroïnes qu’on a suivies tout au long de ces 54 pages, nous emmenant à la rencontre des monstres masqués sous des sourires bienveillants mais aussi de résistants qui attendaient leur heure, ne soient pas au rendez-vous du prochain tome. Et ça, c’est complètement inattendu, tranchant. Affaire à suivre.

Série : L’île oubliée

Tome : 1 – Les mangeurs de rêves

Scénario : Xavier Bétaucourt

Dessin et couleurs : Paola Antista

Genre : Fantastique, Horreur, Thriller

Éditeur : Jungle

Collection : Frissons

Nbre de pages : 48

Prix : 10,95€

Date de sortie : le 04/02/2021

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