Un papa, une maman, une famille formidable et « la panoplie du statut social »: Florence Cestac au nom du père

Libre comme l’air, la délicieuse Florence Cestac fait les choses comme elle l’entend. Habituée aux albums autobiographiques, la maman d’Harry Mickson et des Déblok a des choses à dire. Et tant pis si les choses viennent dans le désordre. Sortant du diptyque La fille des oiseaux (revenant sur son expérience de jeune pensionnaire dans un internat de Honfleur), la malicieuse auteure revient avec un one-shot Un papa, une maman, une famille formidable (la mienne!), avec un récit qui englobe ses deux précédents albums. En fait, avant le récit fleuve, elle a signé son spin-off. Et ce nouvel album familial donne quelques clés supplémentaires pour comprendre sa parenthèse au pensionnat des Oiseaux. Et ça nous va très bien.

© Cestac chez Dargaud

Résumé de l’éditeur : « Si je me suis marié, c’est pour me faire servir ! » Ainsi commence avec fracas cette nouvelle bande dessinée de Florence Cestac. Avec sa faconde habituelle, elle y raconte son père, homme d’une époque (avant 68…), d’un milieu (la petite bourgeoisie de province), et leurs relations tumultueuses. Entre une fille déjà artiste et rebelle à toute forme d’autorité, et un père colérique, pour qui dire « je t’aime » est un signe de faiblesse, la vie n’a pas été un long fleuve tranquille.

© Cestac chez Dargaud

« Le plus fort, c’est mon père », chante Lynda Lemay, pas sûr que Florence Cestac puisse en dire et en écrire autant. Jacques, ce n’était pas une crème, il n’était pas toujours bon comme le pain. « On choisit ses amis mais rarement sa famille », vociférait Renaud. C’est vrai, mais c’était son père. Alors, avec son sens de la mélodie, des éclats de rire et d’autres de voix, Florence raconte son épopée familiale, celle qu’elle reconstitue avec ses souvenirs de jeune enfant, mais aussi celle qui a débuté avant qu’elle ne vienne au jour. Pas de jaloux, comme d’habitude, chacun peut se prévaloir de son gros nez.

© Cestac chez Dargaud

Dans la relation de ses parents, ce sont deux mondes qui s’affrontent. « Sais-tu que sa mère est décédée en la mettant au monde et que c’est nous quatre qui l’avons élevée, c’te p’tiote » vs. « En épousant mon fils, vous êtes bien contente qu’on vous sorte de derrière le cul de vos vaches. » Voilà voilà. Pourquoi ne pas se concentrer juste sur le beau mélange que peuvent donner les rapprochements de classes. Bon, si au moins, cela peut engendrer des représentants du sexe fort, tout ne sera pas perdu. Il faudra à Jacques attendre deux filles pour que le petit dernier, Phi, fasse honneur à la testostérone paternelle. Un homme, un vrai, qui gère ses affaires en bon père de famille, mais rentre chez lui en n’ayant qu’à mettre les pieds sous la table. Qu’on ne vienne pas le faire ch*** et mettre des bâtons dans les roues à ses projets de reproduction à l’envi d’un schéma familial séculaire et déjà dépassé. « La panoplie du statut social ». Inutile de vous dire qu’à ses yeux, faire dessinatrice de petit Mickson, ce n’était pas un vrai métier.

© Cestac chez Dargaud

Florence Cestac a tenu bon et tant mieux, Jacques ne nous a pas privés d’une excellente auteure qui allie le fond à la forme, dans une ambiance bon enfant contagieuse. Sous la trajectoire de son père, pas toujours pavé de bonnes intentions, il y a une société, qui des années 40 à la fin, ne s’en est pas laissé compter par Jacques et a avancé, évolué. Dans la tension entre l’immuable et le changement, Florence Cestac prouve que les autobiographies, quand elles sont bien faites, ne se ressemblent pas et que chacun en tirera ses leçons. Florence avait un papa, peut-être pas exactement celui dont on rêve, incapable de se laisser à un mot ou un geste de reconnaissance, mais c’était comme ça et elle en a tiré le meilleur, y compris la liberté de tracer sa voie, de fonder un autre monde, avec le succès et la pertinence qu’on connaît.

© Cestac chez Dargaud

Titre : Un papa, une maman, une famille formidable (la mienne!)

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Florence Cestac

Genre : Autobiographie, Tranche de vie

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 54

Prix : 14,50€

Date de sortie : le 29/01/2021

Extraits : 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.