Dans un essai émancipateur, Charlotte Mevel se fait sa place parmi les héros roux de la BD pour appeler à l’harmonie

Je l’ai déjà dit, au gré de mes chroniques, mais c’est fou ce que le monde du Neuvième Art est peuplé de héros et d’héroïnes roux. Tintin, Pelisse, Lanfeust, Barbe Rousse, Jeannette Pointu, Spirou (petit comme grand), Gil Jourdan, Jean Grey, etc. Ils sont bien mieux aimés comme héros que comme hommes et femmes du quotidien, dans la vie « réelle » et bien moins normale qu’on pourrait l’imaginer. Plus clivante. Charlotte Mevel peut en témoigner. C’est pourquoi elle a décidé, le temps d’un album personnel et intime, didactique et universel, de devenir une héroïne du Neuvième Art pour tenter d’améliorer les choses dans l’Art de vie.

© Charlotte Mevel chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : À travers sa propre expérience, des témoignages ou des faits historiques, Charlotte Mevel nous emmène faire un petit tour d’horizon humoristique et poétique des émotions contradictoires provoquées par la rousseur. Ses cheveux roux, Charlotte en avait fait un non-sujet. Pourtant, à la naissance de son fils, roux lui aussi, les allusions déplacées fusent. Ce qui n’était qu’un détail, la touche désormais. L’autrice se lance dans un voyage introspectif, questionne sa singularité, notre rapport à l’altérité et se réapproprie sa rousseur pour mieux en déposséder les autres. En toute subjectivité, bien sûr !

© Charlotte Mevel chez Delcourt

Sous sa toison écarlate, on ne voit pas ses yeux, mais bien ses taches de rousseur, son nez, et ses lèvres tout aussi incendiaires. Rien de choquant, de provoquant, on n’insulte pas les couvertures, au contraire des êtres humains. Rousse, Charlotte Mevel l’est depuis sa plus tendre enfance mais ça faisait belle lurette qu’elle avait assimilé cet élément visible de son identité qui lui a tout de même pourri la vie, à certains moments où on n’a pas besoin de ça pour être mal dans sa peau. Les reproches que d’aucuns font aux roux, juste pour se sentir supérieur ou compenser cette chose qu’ils ont en plus que vous, Charlotte les avait intériorisés, oubliés. Jusqu’à ce qu’elle donne la vie à un petit bébé, tout mignon, tout craquant, ayant hérité de sa maman l’étincelante couleur de son cuir chevelu.

© Charlotte Mevel chez Delcourt

Là, au fil des blagues même pas drôles mais insistantes, des cadeaux « personnalisés », tout le passif a ressurgi. Plus jamais ça, s’est dit Charlotte. Moi, passe encore, mais mes enfants ? Il fallait démontrer la force de la tolérance entre humains du même monde, qu’importe leur poil, leur couleur de peau, et l’absurdité de la malveillance, même rigolote, même balourde, même assassine.

© Charlotte Mevel chez Delcourt
© Charlotte Mevel chez Delcourt

Entre étude génique (pourquoi deux parents blonds, noirs ou bruns peuvent parfois donner naissance à un enfant roux?) et étude sociale, passant l’histoire et la culture populaire (et ces bon dieu de croyances qui ont assigné à Judas une rousseur traître alors que Marie et Jésus sont très souvent représentés sous la même couleur) au crible, Charlotte Mevel réussit 110 planches (noir et blanc, nuances de gris et de roux) claires et simples, mais érudites et très enrichissantes. Parce que le « combat » des roux en recoupe plein d’autres, qu’il n’y aurait pas de quoi couper le cheveu en quatre si notre monde, tellement tyrannique et ingrat, ne faisait pas autant de ravages dans sa culture de la différence et de l’écrasement de ce que certains jugent ne pas être la norme. Alors que ce qui est plus rare n’est-il pas plus précieux?

© Charlotte Mevel chez Delcourt
© Charlotte Mevel chez Delcourt

Toujours est-il que les Arts, eux, ont été reconnaissants et ont souvent mis en valeur des personnages roux. Fait éclater leur beauté. Dans un Toulouse-Lautrec ou un jamesbondien Feu! Chatterton, par exemple. Charlotte Mevel apporte sa pierre à l’édifice en espérant, enfin, faire percer ce constat dans nos sociétés. Pour qu’on se concentre sur l’essentiel, rassemblant plutôt que séparant.

© Charlotte Mevel chez Delcourt d’après Toulouse-Lautrec

Titre : La rousseur… pointée du doigt

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs: Charlotte Mevel

Genre : Autobiographie, Documentaire, Essai, Histoire

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 112

Prix : 14,50€

Date de sortie : le 17/02/2021

Extraits : 

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