Une ville mystérieuse, une enfant différente disparue et un climat humide déprimant: terreau parfait pour créer l’histoire magique du Grimoire Noir

Entre magie et sorcellerie, la frontière est mince, un peu comme dans la ville de Blackwell. Alors quel enchantement graphique a pu baigner ce one-shot de Bogatch et Greentea, Grimoire Noir?

Résumé : Bienvenue dans la petite ville américaine de Blackwell qui a pour particularité d’autoriser l’usage de la magie. Les sorcières sont les bienvenues et vivent en famille, les hommes eux n’ont aucun pouvoir. En dehors de cet endroit protégé, la sorcellerie est sévèrement réprimée. Bucky Orson est un jeune homme à l’humeur morose. Sa soeur a disparu dans des circonstances troubles et l’enquête de son père, shérif de le ville, est à l’arrêt. Cet enlèvement provoque chez sa mère une grand tristesse, et lorsque celle-ci pleure, il pleut littéralement sur la ville. Bucky décide de mener sa propre enquête pour retrouver sa soeur et sera aidé en cela par son amie Chamomille. La disparition de cette enfant réveille de vieux démons et ravive les tensions autour des mystères qui entourent l’origine de cette étrange ville de Blackwell.

C’est un duo que nous retrouvons aux commandes de ce roman graphique. Parlons d’abord de Yana Bogatch qui s’occupe des illustrations. Quelle claque! Le character design est époustouflant. On est à la fois proche du comics, de Disney mais aussi du manga.  Les scènes d’action sont superbes. Les filaments évanescent qui flottent autour des esprits, les éruptions de magie, tout est réuni pour en mettre plein les yeux. Sans parler des phénomènes naturels tels que le vent, la pluie, qui sont omniprésents et ambiancent les pages. Les touches fantastiques qui émaillent les planches touchent aussi au surnaturel. Elles rythment l’ensemble des cases et rajoutent une pointe gothique et paranormale à l’ensemble. Les décors naturels sont aussi empreints de mélancolie et renforcent l’atmosphère de cette bien étrange agglomération.

Mais ce travail ne serait rien sans le choix des couleurs de Baptiste Pagani. En effet, l’artiste parvient à mettre en valeur les émotions, avec un éclat lumineux dans les yeux, un reflet passant sur un visage mais aussi en distillant des couleurs au gré des époques ou des rencontres. Un peu comme si la chromatique ou un flux sanguin venait éclairer les sentiments des personnages. Et cette palette est bien remplie.

Vera Greentea nous comble, elle, avec un scénario très bien conçu et dynamique. On pourrait dire que l’histoire est déjà vue avec la disparition d’une enfant dans un environnement un peu coupé du reste du monde… mais… Comme les personnages, on se retrouve vite à l’étroit avec ce ciel bas, pluvieux, et une frontière magique qui nous empêche de voir l’extérieur. Un peu comme si les dieux avaient mis cette bourgade dans un pot et avaient fermé le couvercle. Tout le monde se connait mais, malgré tout, il y a beaucoup de non-dits et de secrets inavoués. On sent cette atmosphère oppressante sans apercevoir quoi que ce soit de tangible, un peu comme une sensation de froid alors qu’il n’y a pas de vent ou une sensation de présence.

Il est clair que le dessin joue un rôle important mais sans ce scénario cohérent et inquiétant, nous ne ressentirions pas ce malaise incessant. On ne s’ennuie absolument pas et les rebondissements sont nombreux. La scénariste parvient à développer ses personnages dans leur ambiguïté et leur caractère ne se dévoile qu’au fur et à mesure. Elle nous maintient en haleine tout le long de l’intrigue. On comprend toute la dynamique mise en place et la complexité de ce village très particulier.

Bref cet album est une belle réussite sur tous les points. Le scénario est consistant et l’univers graphique est magnifique. Un gros coup de coeur pour la colorisation. Vera et Yana nous emmènent dans leur monde de sorcellerie avec un soupçon de magie. Les éditions Glénat nous délivrent un roman graphique de haute qualité. Le format est bien choisi, la couverture cartonnée épaisse rappelle certains éditeurs de comics et le papier légèrement glacé donne un bel éclat aux couleurs utilisées par Baptiste Pagani pour l’illustratrice. Vous l’aurez compris Grimoire noir doit se trouver dans une bonne bibliothèque et il ravira toute la famille.

Titre: Grimoire Noir

Scénario: Vera Greentea

Dessin : Yana Bogatch

Couleurs: Baptiste Pagani

Traduction: Marie Renier

Genre:Roman graphique/Magie/Sorcellerie/Fantastique

Éditeur: Glénat

Nombre de page: 288

Prix: 22€

Date de sortie: le 17/02/2021

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