Yojimbot: Sylvain Repos, en full action et émotions, de samouraïs en robots, conditionne Bushido et lois d’Asimov et Campbell au plaisir d’une lecture surprenante et fracassante

Entre Kurosawa et Otomo, vous pouvez compter sur le nouveau venu au pays 3.0 du soleil levant: Sylvain Repos. Pour son premier album, un début de série (ayant déjà son spin-off) qui plus est, ce diplômé d’un Master en art de l’image du vivant à La Sorbonne donne un coup de sabre dans les toiles noir et blanc de l’âge d’or des samouraïs pour s’amouracher d’un monde de robots. Avec des bons et des gentils. Dans une guerre et une répression qui font parler la bestialité mécanique et ferraillante au milieu desquelles se retrouve un enfant, le Français signe un irrésistible combo de plein de choses qui font feu d’artifice dans le regard du lecteur. 

Résumé de l’éditeur : Japon, 2241. Suite à la « 3e crise de l’homme », la surface de la Terre est devenue inhabitable pour l’être humain. Parmi les ruines, ne restent que des robots. Mais l’un d’eux (un Yojimbot, robot samouraï) tombe inopinément sur Hiro, un jeune garçon, et son père qui cherchent à échapper à une troupe armée. Le Yojimbot se défait de l’escouade et sauve l’enfant. Il va vite comprendre que, de la survie d’Hiro, dépend le sort de l’humanité…

© Repos/Noiry chez Dargaud
© Repos/Noiry chez Dargaud

Ce que vous venez de lire là, fidèle à mon habitude (et ma peur de me faire spoiler, parce que ça arrive), je ne l’ai pas lu. Je me suis réveillé comme au premier jour dans ce drôle d’univers à la fois luxuriant et démonté. Non sans avoir, dès les premières pages, avoir été mouillé comme un chien et en avoir pris plein les yeux dans ce qui pourrait très bien être un dernier duel, fratricide, jusqu’au dernier sang. Dans cette séquence prégénérique, deux robots s’opposent et croisent le fer. Pour quelle raison ? Aucune. Ou en tout cas on ne le sait pas. En fait, ils se battent pour le fun (et le nôtre aussi), parce que c’est dans leur « nature » et qu’ils s’arrêtent toujours avant de réellement se dérouiller. Comme dans tout art martial, le respect régule ce combat. Celui-là.

© Repos/Noiry chez Dargaud
© Repos/Noiry chez Dargaud

Car, dans ce parc désaffecté et au-delà des frontières, sans savoir ce qui a bien pu mener ce pays florissant dans ce chaos où seuls les androïdes semblent vivre en paix, où ce qui y ressemble. Ce n’est pas franchement le cas des humains. Dans les fourrés, deux viennent de passer, un papa et son petit Hiro, traqués par une armada de stormtroopers (ah non, je me suis trompé de saga mais ils ont les mêmes vilaines intentions).

© Repos/Noiry chez Dargaud
© Repos/Noiry chez Dargaud

Hiro se retrouve vite seul dans un monde dont il n’a pas la carte face à des hommes de fer à qui il voudrait se fier mais dont le silence est un obstacle. Sauf quand leur opérateur les amène, vocalement, à opérer selon les règles d’Asimov et Campbell. Ou pas. Hé oui, près de 80 ans (ou 200 ans si l’on s’en réfère à l’époque futuriste que Sylvain Repos nous fait visiter) après l’élaboration des trois règles de la robotique, l’auteur a décidé d’amener un vent nouveau; de bousculer les codes et de faire à sa mode. Ce qui rebat les cartes et ouvre les perspectives. D’autant plus qu’il n’y a plus ou prou d’humain pour dicter sa loi.

© Repos/Noiry chez Dargaud
© Repos/Noiry chez Dargaud

Les humains qui restent ici ont, semble-t-il pété les plombs et se traquent mutuellement. D’ailleurs, après avoir fait vaille que vaille connaissance, Hiro se met en route, avec son nouvel allié, bientôt rejoint par d’autres, pour retrouver un autre groupe de chair et de sang auquel appartenait son paternel. Un groupe apparemment très menaçant pour le pouvoir en place. Celui-ci est invisible, jusqu’ici, mais défendu par un geek dont la folie malsaine et féroce (une sorte de Joker) qui envoie inlassablement ces hordes livrer bataille toujours plus dantesque. Hiro a sous ses yeux naïfs un monde d’abord excitant mais conjuré par la haine. On veut sa peau. Mais les robots peuvent-ils avoir assez de sentiments que pour se sacrifier et dresser le sabre pour le protéger ?

© Repos
© Repos/Noiry chez Dargaud

150 premières planches pour une saga qui ne manque pas d’huile dans des rouages qui sont emmenés à du 100 à l’heure par le trait explosif de cet artiste qu’on a l’honneur de voir naître un peu plus sous nos yeux de lecteurs. Ne lésinant pas sur le budget (toujours illimité pourvu qu’on ait le doigté et la créativité) effets spéciaux, Sylvain travaille aussi l’émotion et la personnalité de ses héros (le cahier graphique présentant une infime partie des recherches du dessinateur pour ses protagonistes) pour faire de ce monde a priori froid, un espace de chaleur (pas uniquement par les affrontements plus calorifiques qu’un volcan) dans lequel les moments d’apaisement sont de vrais rayons de soleil, réconfortants. Et les moments chocs ? Du pur délire, puissant et génial. Addictif.

Recherches © Repos
Recherches/Trading Card © Repos

En prime, par la technologie du QR Code, le lecteur pourra avoir accès à une websérie en webtoon: Yojimbot Stories. Tout aussi happant, singulier et prolongeant avec plaisir un cet album en attendant (impatiemment) la suite.

En tout cas, quand on voit le nombre de recherches, de trading cards (!) mettant en scène une diversité de robots (effrayants, marrants, attendrissants, il y en a pour tous les goûts), on se dit que Sylvain Repos a du matos en stock pour alimenter de nombreuses histoires dans cet univers.

Série : Yojimbot

Tome : 1

Scénario et dessin : Sylvain Repos

Couleurs : Noiry

Genre : Action, Arts martiaux, Science-fiction

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 160

Prix : 16,50€

Date de sortie : le 29/01/2021

Extraits : 

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