Watch Dogs Legion : une deuxième adaptation BD dont le lecteur aimerait avoir la manette pour la dynamiter un peu plus

S’il reste un média qui, par son pouvoir, peut créer quantité de récits inédits et en phase avec toute sa puissance, le Neuvième Art n’est jamais le dernier à proposer des adaptations tous azimuts. Livre, oeuvres de cinéma, biographie mais aussi jeux vidéo. Si certains talents font ainsi des allers-retours entre ces mondes artistiques, la BD semble avoir accentué, ces dernières années, sa volonté de prolonger, d’étoffer certains univers marquants du gaming. Cette fois, dans la trempe cyberpunk et futuriste qui fait fureur sur nos écrans, voilà Watch Dogs Legion qui réunit Glénat et Ubisoft, Sylvain Runberg et Gabriel Germain.

Résumé de l’éditeur : Surveillance de masse, milices privées faisant régner l’ordre dans les rues, crime organisé… la ville de Londres est devenue un symbole d’oppression généralisée, et seule sa population peut l’en libérer. Mouvement de résistance rassemblant des hackers de génie et insurgés prêts au combat, DedSec se dresse pour libérer la ville du joug de ces profiteurs. En enquêtant sur de mystérieuses disparitions dans le camp de Kennington Oval Camp, la journaliste australienne Louise Hartford va croiser la route d’Adam Logan, dit « Spiral », un DJ londonien dont la musique est devenue symbole de révolte. Ensemble, et avec d’autres compagnons d’infortune, ils vont devoir infiltrer les sphères du pouvoir pour faire éclater la vérité.

© Runberg/Germain chez Glénat

Il y avait Gangs of New York, voilà Gangs of London. Dans un futur proche qui pourrait très bien être le nôtre si, par exemple, nos puissants géraient très mal la crise du coronavirus et les clans que celle-ci crée, entre ceux qui réfrènent nos libertés et ceux qui ne veulent rien céder, entre ceux qui adhèrent (et comment leur en vouloir quand on voit comment les personnes à qui l’on devrait faire confiance communique) à des théories divergentes et complotistes et ceux qui restent dans le rang; tout est désormais filmé et surveillé par des drones pouvant compter, sur le terrain, sur des milices privées qui ont pris la place des forces de l’ordre publiques.

© Runberg/Germain chez Glénat

Au pays disgracieux de Sa grâcieuse majesté, aux portes duquel se bousculent de nombreux migrants, tout ressemble à une poudrière. Et il n’est pas rare d’y voir de véritables scènes de guérilla urbaine, laissant au Clan Kelley le soin et le feu d’épanouir sa soif de racisme et de violence; le crime organisé, larvé, n’est pas loin, attendant son heure. Comme Louise, cette Australienne au service des déportés dans le plus grand camp londonien, mais qui n’est pas là par hasard. Elle a une enquête à boucler et sa réussite dépendra de sa parfaite infiltration dans ce monde de brutes qui n’arrive pourtant pas à étouffer tout à fait la solidarité.

© Runberg/Germain chez Glénat

Pour être franc, je ne suis pas un gamer et je ne connais Watch Dogs Legion que par ses trailers et gameplay publiés sur les réseaux. Des visuels scotchant, un grand degré de réalisme, une esthétique qui claque, de quoi mettre la barre haut quant à de futures adaptations. Au cinéma ou en BD, par exemple. Pourtant, ici, c’est dans le semi-réalisme que Gabriel Germain fait évoluer ses personnages, comme si on avait pris le storyboard qui a donné lieu au jeu final. Pourtant, l’histoire est bien indépendante de ce que raconte le jeu de base tout en se servant de sa bestialité, de sa philosophie, de cette volonté de ne pas se laisser faire et d’entrer en résistance. Histoire de séduire autant les fans purs et durs que le lecteur lambda pas forcément au courant des dernières tendances en matière de gaming. Il fallait jouer les équilibristes dans ce diptyque livresque mais force est de constater que si Sylvain Runberg n’est pas tombé, il trébuche quelques fois sur ce défi. Parce que dans cette première partie qui multiplie les personnages sur 54 planches et les fait se rencontrer de manière assez brutale et artificielle, tout est finalement simple et attendu. Un déroulement sur lequel le lecteur, s’il avait une manette, voudrait intervenir pour ménager un peu de suspense, de plaisir.

Ci-dessous, la première adaptation bd de Kansara et Horne:

Malheureusement, sous les couleurs d’Arancia Studio, le dessin de Gabriel Germain ne m’a pas non plus convaincu plus que ça. Parce que son dessin, parfois sommaire sur les scènes de groupe et faisant briller la naïveté dans l’oeil de héros parfois mal joués, ne résiste pas à la comparaison avec l’hyper-réalisme du jeu et de sa cinématique. En plus, le dessin est défiguré par des phylactères beaucoup trop conséquents pour le texte, assez petit, qu’ils contiennent. Curieux choix.

© Runberg/Germain chez Glénat

Au final, c’est dommage et frustrant car, du coup, c’est l’ensemble de ce décor cruel et sans vergogne qui prend des airs de cours de récré. Là où l’on sent bien tout le potentiel. C’est con à dire mais, sans doute, cet album aurait-il eu plus de charme s’il n’avait pas été lié à un colosse comme l’est Watch Dogs Legion. Les auteurs sont passés à côté, se sont pris au jeu et se sont fait avaler tout cru.

© Runberg/Germain chez Glénat

Série : Watchdogs Legion

D’après le jeu vidéo du même nom

Tome : 1 – Underground Resistance

Scénario : Sylvain Runberg

Dessin : Gabriel Germain

Couleurs : Arancia Studio

Éditeur : Glénat/Ubisoft

Collection : Ubisoft

Nbre de pages : 64

Prix : 14,95€

Date de sortie : le 02/12/2020

Extraits : 

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