Un vrai tueur démoniaque mais des personnages peu crédibles pour le premier Marc Laine

Marc Laine fait partie de ces résolutions littéraires prises il y a plusieurs semaines. Comme une envie de découvrir des auteurs pas encore lus. Claire Favan était la première de ma liste et, me conférant aux suggestions d’autres Mordus de Thrillers, Marc Laine le second… Ce Démons ne m’a pas convaincue. J’ai beaucoup aimé ces meurtres ignobles, la description des scènes de crime, la noirceur qui en ressort – cette essence même du mal que certains Chattam et Grangé arrivent à explorer – mais les réflexions des personnages et leurs attitudes tellement peu crédibles m’ont réellement dérangées. Comme de mauvais acteurs d’AB Production qui s’immisceraient dans un Esprit Criminel des débuts. Vous voyez le tableau ?

« Lieutenant de police judiciaire à Avignon, Maxime porte sur son visage la marque du démon. Sept profondes cicatrices, de la tempe au menton, qui le font passer inaperçu parmi les voyous et lui ont brisé l’âme balafrée. Le Mal, il connaît. Le reconnaît. D’instinct. Mais cette scène de crime dépasse de loin ses talents de chasseur. Pendu à des crocs de boucher, un homme a été proprement massacré. Le premier d’une longue série qui mènera Maxime aux portes de l’enfer. Et celles-ci ne s’ouvrent pas impunément… »

Maxime est un lieutenant avec sa part d’ombre… Il est plus l’ombre que la lumière en fait. Plus intuitif que procédurier, il suit son instinct et remonte les pistes comme personne. Il est blessé, complexe, solide et fragile, solitaire et intrépide. Et le voilà collé avec Stéphanie, venue en renfort de la PJ de Marseille. Elle est fille de juge, mais a dû faire ses preuves et se révèle meilleure que sa naissance ne pourrait le laisser penser. Ce duo-là a tout pour fonctionner. Ils s’opposent et se respectent, leurs méthodes se complètent et le duo pourrait être explosif. Mais ça fait pschiit.

L’auteur truffe ses pages de réflexions personnelles des protagonistes qui n’ont que peu avoir avec l’enquête, avec le moment et l’action. Les descriptions aussi nécessiteraient des coupes certaines. Par exemple, notre héros arrive au bureau le lendemain d’une arrestation importante. Un tueur abominable a déjà commis deux meurtres en laissant les corps en lambeaux. Maxime pense que le coupable n’est pas celui arrêté, il a une gueule de bois faramineuse mais :

« Puis il posa ses yeux sur Stéphanie. Elle portait se matin un chemisier blanc magnifiquement seyant et son pantalon noir ceignant à merveille sa fine taille. Elle arborait toujours cette fraîcheur qui lui allait si bien. Il nota qu’elle s’était parée d’une touche supplémentaire de féminité, en la matière, des perles noires serties de boucles d’oreilles »

Vous le voyez le ralenti et les « applauses » préenregistrés du type AB Production ? Parce que moi je suis envahie de ces images et je n’y crois pas, ça n’a pas de réalité.

Et puis notre héros est alcoolique et drogué. Des lieutenants amochés, des flics blessés, avec des failles, on adore. Et ce ne serait pas le premier à boire un coup de trop, à franchir les limites… D’autres avant lui nous ont passionnés malgré et grâce à cette humanité défaillante (Sharko, Browlin, Morvan…). Mais lui, il afonne vodka après vodka. Plusieurs verres de cet alcool russe sur sa journée. Il boit même dans les bouteilles de ses témoins. Il y ajoute son cocktail d’anti-douleur, devant sa nouvelle coéquipière et elle ne dit rien. Il souffre en permanence, je l’ai bien compris mais boire et se droguer autant tout en gardant cette efficacité dans le travail n’est pas crédible. Il ne peut pas à la fois se faire livrer des comprimés au commissariat en lousdé, les consommer comme des pastilles à la menthe et garder son raisonnement cognitif intact et ses collègues sans commentaire.

C’est vraiment dommage parce que les meurtres et l’enquête sont réellement passionnants. On est dans la veine des Chattam de la belle époque ou des Grangés de Miserere. Les descriptions des scènes de crime, les moments précédant les meurtres, les rouages et les évolutions de l’enquête sont excellents. Bref, du tout bon thriller bien gore… mais avec 200 pages de trop.

Je lirai donc, d’ici quelques semaines (mois), un deuxième opus de Marc Laine. Car Démons est son premier roman et qu’il pêche sans doute par des erreurs de jeunes auteurs. Notons également que ce thriller a reçu le prix VSD du polar et a été plébiscité par la communauté des fans de thriller. Force est de constater que tous ne partagent donc pas mon avis. Et c’est tant mieux, il en faut pour tous les goûts.

Auteur : Marc Laine

Titre : Démons

Editions : Pocket

Sorti le 12 juillet 2018

Nbre de pages : 576 pages

Prix : 8,40€

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