(Pas si) Bella ciao: une chanson qui reste en tête et l’occasion d’une oeuvre de mémoire selon Baru

« Alla mattina appena alzata. O bella ciao bella ciao bella ciao, ciao, ciao »… Depuis qu’une célèbre série télé espagnole (!) a repris ce chant italien, qu’une bande de chanteurs/rappeurs populaires français (la bande à Gims, plus de cinquante ans après Montand), a embrayé, on a tous, avec ou contre notre gré, en tête Bella Ciao. Comme le texte est scandé en langue étrangère, la plupart des francophones n’ont sans doute pas pris la mesure de ce qu’ils chantent et des décennies immuables, quand on parle d’intégration ou plutôt de tentative d’immigration, qu’elle représente. C’est dire, même pour un Italien, retrouver le fil conducteur de cet autre chant des partisans relève du défi, mais au moins permet-il de tirer l’Histoire à soi. C’est ce que Baru fait, entre rires et larmes, récit familial et fresque populaire. Essai documentaire, autofiction et autobiographie, drame historique, tragicomédie, Bella Ciao est tout ça à la fois.

Résumé de l’éditeur : Bella ciao, c’est un chant de révolte, devenu un hymne à la résistance dans le monde entier…En s’appropriant le titre de ce chant pour en faire celui de son récit, en mêlant saga familiale et fiction, réalité factuelle et historique, tragédie et comédie, Baru nous raconte une histoire populaire de l’immigration italienne. Bella ciao, c’est pour lui une tentative de répondre à la question brûlante de notre temps : celle du prix que doit payer un étranger pour cesser de l’être, et devenir transparent dans la société française. L’étranger, ici, est italien. Mais peut-on douter de l’universalité de la question ? Teodoro Martini, le narrateur, reconstruit son histoire familiale, au gré des fluctuations de sa mémoire, en convoquant le souvenir de la trentaine de personnes qui se trouvaient, quarante ans plus tôt, au repas de sa communion.

© Baru chez Futuropolis

C’est bien d’aller de l’avant, de faire ses expériences, de viser un point dans le futur même s’il faut aller à contre-courant d’une société qui aura du mal à vous accepter. Mais ne dit-on pas, depuis Rabelais, que science sans conscience n’est que ruine de l’âme ? Sociale, l’Histoire n’est-elle pas une science ? Oh, bien sûr, il ne faut pas s’en servir pour ressasser le pire et se convaincre que le meilleur ne viendra jamais, mais dans un pays qui n’est pas le nôtre, n’est-il pas capital d’avoir des bases solides ?

© Baru chez Futuropolis

Alors, naïvement puis de plus en plus passionnément, Téodoro s’en va, au fil des témoignages de son entourage, une sacrée « bande de macaronis », en quête de mémoire: « d’un massacre à Aigues-Mortes en 1893, de la résistance aux nazis, du retour au pays, de Mussolini, de Claudio Villa, des Chaussettes noires, et de Maurice Thorez… Des soupes populaires et de la mort des hauts-fourneaux… » Et chaque fois, où que vous soyez si ce n’est dans votre pays, cette impression d’être un étranger. Faut-il se fondre dans le décor, perdre son identité pour (ne plus) exister dans votre pays d’accueil (si peu, en fait) ? Vouloir être français, est-ce n’être plus italien ? Apprendre à shooter du pied gauche quand on est droitier ?

© Baru chez Futuropolis

À travers la chanson populaire et vidée de son sens, Baru trouve un vrai personnage symbolique, incarné à plusieurs voix, à qui il redonne toute sa profondeur historique, sa tragédie. Parce que Bella Ciao, si elle est devenue une chanson de bal survoltée dans les mains d’un Goran Bregović, a connu de multiples variations, dans le texte et la manière de la chanter. Rien n’est anodin, puisque Bella Ciao n’est pas une bluette, cicatrisée de partout, d’un écoeurement, d’une rébellion, du deuil de ceux qui ont un jour tenté de fuir leur pays (pour X ou Y raison, mais jamais par plaisir) pour trouver mieux ailleurs.

© Baru chez Futuropolis
© Baru chez Futuropolis

Avec une ribambelle de personnages attachants, détonants, haut en couleurs et surtout détendant l’atmosphère, Baru met de son vécu et de celui de ses aïeux (authentique demande de naturalisation à l’appui, qui cherche à mettre une existence dans les clous et les termes barbares), nuance le drame pour en faire une oeuvre finalement chorale, piochant les moments cruciaux ou tout simplement ordinaires dans un récit ne répondant pas à une chronologie continue – ce qui exige quand même un temps d’adaptation du lecteur – mais à un appel des sensations, des sentiments, des souvenirs tels qu’ils peuvent revenir lors d’un palpitant repas en famille.

© Baru chez Futuropolis

Ce qui donne toute sa saveur et l’adhésion à un combat qui n’est malheureusement pas près de finir : l’acceptation des immigrés tels qu’ils sont, avec leurs douleurs et leurs bonheurs, en faisant trêve de différences (nous sommes tous différents, non ?) et de racisme. Parfois institutionnalisé. Il y a ici un côté brut de décoffrage, sans recherche de faux suspense, qui incite les lecteurs à vivre en compagnie de cette joyeuse troupe, qui en a vécu des vertes et des pas mûres.

© Baru chez Futuropolis

Cette série (deux autres albums sont à venir), présenté comme le dernier volet de la trilogie commencée avec Quéquette Blues et poursuivie par les Années Spoutnik, commence superbement, mariant les styles et les couleurs (à chaque partie du livre, les siennes), les manières de raconter (BD traditionnel, discussion illustrée, recette), etc. Baru est en grande forme.

© Baru chez Futuropolis

Et pour conclure, une chanson dans le thème:

Série : Bella Ciao

Tome : Uno

Scénario, dessin et couleurs : Baru

Genre : Autobiographie, Drame, Histoire

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages : 136

Prix : 20€

Date de sortie : le 16/09/2020

Extraits : 

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