Jean Cocteau et Anais Nin : femmes et hommes de lettres et de l’être trouvent corps de dessin

Ah les écrivains, quel monde fantasmé, habité, onirique. Parce que bien plus loin que le bureau où on les imagine coucher phrase après phrase, ils ont la puissance de nous emmener ailleurs. Et de ne pas résister à la soif d’aventures. Baroudeurs de la vie et des arts, combien d’écrivains d’antan sont aujourd’hui devenus des icônes, jamais lisses, riches d’aspérités, de doutes, de rôles à jouer ou d’authenticité dans l’intimité. Car si leur écriture transpire le style et parfois le besoin de se métamorphoser en d’autres héros, il y a toujours un peu d’eux dans leurs mots. Un peu, beaucoup, passionnément… Casterman nous fait suivre dans des styles tout à fait enivrants, les destins d’Anaïs Nin et Jean Cocteau.

© Rivière/Mattiussi chez Casterman

Anaïs Nin, de bâbord à tribord

© Bischoff chez Casterman

Résumé de l’éditeur : Début des années 30. Anaïs Nin vit en banlieue parisienne et lutte contre l’angoisse de sa vie d’épouse de banquier. Plusieurs fois déracinée, elle a grandi entre 2 continents, 3 langues, et peine à trouver sa place dans une société qui relègue les femmes à des seconds rôles. Elle veut être écrivain, et s’est inventée, depuis l’enfance, une échappatoire : son journal. Il est sa drogue, son compagnon, son double, celui qui lui permet d’explorer la complexité de ses sentiments et de percevoir la sensualité qui couve en elle. C’est alors qu’elle rencontre Henry Miller, une révélation qui s’avère la 1re étape vers de grands bouleversements.

© Bischoff chez Casterman

Je dois bien avouer être un inculte. Outre la chanson éponyme qu’avaient poussée Renaud et sa compagne de l’époque Romane Serda, je ne connaissais rien d’Anaïs Nin. Je ne savais pas si sa vie pourrait m’intéresser, me faire rêver ou pas, m’embarquer sur la mer des mensonges qui donne son sous-titre à ce roman graphique. Par contre, je savais, depuis que je l’avais découverte dans les enquêtes d’Erica Falck et Patrik Hedström adaptées Camilla Läckberg, que Léonie Bisschoff avait la patte et l’esprit de magnifier les destins, d’en faire des dessins qui font écho, qui parcourent les joies et les drames, entre intimité et universalité.

© Bischoff chez Casterman

C’est ainsi que prend vie, post-mortem, la drôle d’existence d’Anaïs Nin, la muse d’Henry Miller. Le paradis et l’enfer à la fois. Une rencontre qui va forger son destin et son écriture, entre les non-dits, secrets et mensonges. Ceux-là mêmes qui seront publiés après sa mort et ont marqué l’histoire de la littérature et son romantisme. Oh, pas à l’eau de rose, avec de vrais morceaux de dur, de réel dans une quête du bonheur qui n’est pas épargnée. Et dont la nuit est capable du meilleur comme du pire. Parce que cette héroïne malgré elle mit de longues années à « voir le soleil se lever sans avoir réalisé qu’il s’était couché. »

© Bischoff chez Casterman

Face à cette Anaïs irradiant de mille émotions, il ne doit pas être facile de trouver sa voie en tant que biographe graphique et peut-être encore plus intime par les traits. Léonie Bischoff, sous une couverture tumultueuse et en miroir (ouvrant le bal d’une mode, ces derniers mois éditoriaux, qui a vu beaucoup d’auteurs, de Jordi Lafebre à Merwan, se saisir de cette image capable de dizaines de sensations et significations), a choisi la délicatesse, d’affirmer un style doux et pourtant poignant. C’est avec un crayon magique, multicolore, qu’elle a dessiné quasiment l’intégralité de cet album (avec aussi des effets « négatifs de photo » superbes) et fait part de son ressenti mélangeant diverses teintes. Parce que rien n’est tout noir ou tout blanc.

© Bischoff chez Casterman

Cette évocation d’une partie de la vie d’Anaïs Nin, mal assurée mais ne manquant pas d’aplomb, se pressant entre les gouttes mais aussi entre les rayons de soleil, est une réussite intemporelle, qui marque durablement nos yeux. Entre le malaise, vertigineux, et le bien-être, ascensionnel, Léonie Bischoff livre un album à chérir.

© Bischoff chez Casterman

Cocteau, mille vies en une, pas suffisante

© Rivière/Mattiussi chez Casterman

Résumé de l’éditeur : Écrivain, cinéaste, poète ou encore dessinateur, Jean Cocteau (1889-1963) semble avoir eu mille vies. Retour en détail sur la trajectoire d’un enfant terrible… Cocteau est un esthète d’une rare intensité, bouleversé par les avant-gardes de son époque : Richard Strauss, Picasso ou encore le jeune Raymond Radiguet, que Cocteau porte à bout de bras. Les amours, les excès, les bons mots et l’œuvre protéiforme de Cocteau se retrouvent dans cette biographie en noir et blanc au trait puissant et évocateur.

© Rivière/Mattiussi chez Casterman

C’est une mèche extravagante qu’allument François Rivière et Laureline Mattiussi pour embraser la ferveur Cocteau, son destin « romantesque ». Avec encore un peu plus de propension à l’onirisme, matérialisé dans un jugement dernier de cet avant-gardiste, c’est sous une couverture sombre dans le dessin et d’or dans les couleurs que les deux auteurs lancent ce voyage dans un temps où tout était possible, en noir et blanc et en classe.

© Rivière/Mattiussi chez Casterman

Retraçant là toute la vie et la frénésie de cet homme aux lettres polyvalentes (cinéma, théâtre, poésie, entraîneur de boxe, dessinateur, etc.), mondain mais pas trop apprécié de certains de ses pairs qu’ils soient critiques ou surréalistes, François Rivière commet ici une histoire chapitrée (avec la maestria de sa dessinatrice), suivant Cocteau comme une ombre ou le tirant vers la magie, l’onirisme fantastique. À l’aise dans cet entre-deux réalistico-fantasmagorique, Laureline Mattiussi réussit l’exercice de style, celui qui la conduit à être terrible et enfiévrée comme l’artiste qu’elle a pris comme héros. Entre les élans du coeur et ceux de l’esprit jamais rassasié, opposant les jeux de reflets et de miroirs (oui, il y en a aussi), la dessinatrice habite l’histoire de cet homme qui semble avoir vécu mille vies en une.

© Rivière/Mattiussi chez Casterman

Belle et Bête à la fois, esthète et exemple qu’il faut poursuivre ses rêves, n’en déplaisent aux tomates qui volent sur la scène, Cocteau, au-delà de la figure mythique et légendaire qu’il est devenu, se redécouvre, se réinvente à la lumière de deux auteurs bien inspirés faisant de Cocteau un vrai héros de BD.

© Rivière/Mattiussi chez Casterman

Ah oui, Laureline Mattiussi a une autre actualité, plutôt musicale, sans lâcher les crayons. Visez plutôt:

Titre : Anaïs Nin

Sous-titre : Sur la mer des mensonges

Récit complet

D’après la vie d’Anaïs Nin

Scénario, dessin et couleurs : Léonie Bischoff

Genre : Biographie, Drame, Romance

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 192

Prix : 23,50€

Date de sortie : le 26/08/2020

Extraits : 

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Titre : Cocteau

Sous-titre : L’enfant terrible

Récit complet

D’après la vie de Jean Cocteau

Scénario : François Rivière

Dessin : Laureline Mattiussi

Noir et blanc

Genre : Biographie, Drame, Surréalisme

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 256

Prix : 24€

Date de sortie : le 16/09/2020

Extraits : 

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