Poly : une évasion de papier dessiné pour la chevauchée jeunesse et feel-good de Nicolas Vanier

Cinéma et BD sont intimement liés même s’ils n’ont pas le même langage au-delà du fait de parler par images. Il n’est ainsi pas rare que le Neuvième Art s’intéresse aux coulisses du Septième et que celui-ci adapte les oeuvres phares de l’autre, ou vice-versa. L’aventurier Nicolas Vanier en sait quelque chose. Stakhanoviste du grand écran (deux films au grand air sont sortis en moins d’un an), il a depuis longtemps les honneurs de la BD. Alors que les frères Stalner avaient adapté son roman L’or sous la neige avant que l’un, Éric, enchaîne avec Loup et que l’autre, Jean-Marc, donne une vie de papier et de dessins à Belle et Sébastien; Steven Lejeune a lui mis la main sur Donne-moi des ailes et désormais Poly, sorti sur nos écrans ce mercredi. Le film qui adapte une autre série de Cécile Aubry est campé par François Cluzet, Julie Gayet et Patrick Timsit autour d’Élisa de Lambert; mais le dessinateur a voulu s’en dégager pour lui conférer sa propre identité.

Résumé de l’éditeur : 1964. Louise, accompagnée de Cécile, sa petite fille de 10 ans, revient dans un petit village des Cévennes où elle passait ses vacances enfant. Le village est dominé par un château médiéval à moitié en ruines et occupé par un étrange personnage : Victor. Alors que Cécile peine à nouer des liens d’amitié avec ses nouveaux camarades, elle découvre qu’un cirque itinérant s’installe en ville. Emerveillée et fascinée par le spectacle, Cécile y fait la connaissance de Poly, un jeune poney qui s’avère être maltraité par le propriétaire du cirque, M. Brancalou. Choquée et indignée, elle imagine un stratagème pour libérer le poney de son enclos grillagé. Peu à peu, s’établit entre l’enfant et l’animal une relation de confiance, un apprivoisement réciproque. Cécile a enfin le sentiment d’avoir trouvé un ami, son meilleur ami. Tout le monde recherche Poly, les habitants du village, les gendarmes, et surtout M. Brancalou. Seul Victor finit par percer le secret de Cécile. Elle décide alors de rejoindre secrètement son père en Italie pour sauver Poly des griffes de Brancalou.

© Lejeune

Voyageant depuis bientôt vingt ans dans les différents mondes illimités que permet la BD, Steven Lejeune revient avec Poly à la pureté de l’aventure et à un décor naturel dans lequel il s’était déjà promené au tout début de sa bibliographie avec TDB (Trop de bonheur). L’eau est claire, l’herbe verdoyante et on voit bien la montagne qui se dresse, enneigée, à quelques encablures: le temps est idéal pour une grande randonnée.

© Lejeune
© Lejeune chez Glénat/XO Éditions

Pourtant, ce monde-là, ce n’est pas vraiment celui de Cécile qui ne comprend toujours pas pourquoi sa maman est venue l’enterrer là, sans papa. Elle ne connaît personne et heureusement qu’un cirque a fait son apparition pour éclairer son visage, jusque-là boudeur. Bon, si ce n’est un singe, la ménagerie n’est pas vraiment composée d’animaux sauvages et inédits. Il faut dire que le petit cirque vit par le burlesque entre ces clowns et ses acrobates, il a ses habitudes annuelles dans le village. Mais Cécile a eu un flash pour le poney vedette qui donne son nom au cirque, Poly. Un poney fougueux que le patron tente d’éduquer par la manière forte et saignante.

C’en est insupportable pour la petite fille qui fait évader l’équidé et voit bientôt en lui l’occasion de fuir ce village où rien ne la retient. Elle veut retrouver son père, que sa mère oublie déjà, semble-t-elle comprendre, en se rapprochant d’un ancien taulard dont on ne dit pas forcément du bien, par ici. Il est peut-être sa seule chance de semer les brutes et de la préserver des dangers.

Feel good movie devenu feel good comic book, Poly est une histoire émancipée de notre modernité technologique et connectée et ayant le bon goût de lorgner sur le vrai, le beau, le simple: un milieu sauvage mais chaleureux, propice à toutes les aventures. Y compris dans l’image banale d’une petite fille à côté de son poney. Tous deux guidées par l’envie de liberté et de s’entraider dans ce but.

© Lejeune chez Glénat/XO Éditions

Des bons sentiments, il y en a aussi dans le trait de Steven Lejeune qui est dans son élément et illumine les visages de petits bonheurs. Il a eu tout le luxe de mettre sa patte sur la galerie de personnages et de s’émanciper des Cluzet et autres Timsit pour trouver sa vérité. Plus loin, on sent vraiment la volonté de l’auteur de faire de cette BD un objet à part, logique envers lui-même, plus loin que les albums recopiant plan-plan les films dont ils sont hérités. Poly en BD, ce n’est pas une manière de rembobiner le film pour revoir celui-ci entre la sortie cinéma et l’arrivée du dvd ou de la VOD. Non, dans les cadrages, la mise en scène, cette manière d’aménager les scènes déterminantes (par des très gros plans, notamment); Steven Lejeune est bien dans son média, conjurant la facilité du produit dérivé pour affronter, tout de même, la difficulté de représenter le mouvement. C’est dans quelques cases de cavalcades, souvent, que le dessin pèche et fait se brouiller notre vue, pas totalement convaincue. Dans cette poignée de dessins, on sent qu’il y aurait eu mieux à faire pour emporter le lecteur dans la chevauchée. Le rythme imposé par les sorties cinéma des deux derniers films de Vanier et dicté au volet éditorial a-t-il pris de vitesse le dessinateur qui n’a pas su fignoler ?

© Lejeune chez Glénat/XO Éditions

Mais, pour le reste, sous les couleurs soignées de Roberto Burgazzoli Cabrera, voilà une BD pleine de charme indépendante du live-action et construisant un imaginaire plein de malice, dans des décors à couper le souffle. Avec de l’authenticité à hauteur d’une gamine pas plus haute que trois pommes mais qui sait où elle veut en venir ! En ces jours mornes, ça fait tellement de bien ce voyage au pays de l’innocence aventureuse.

Titre : Poly

D’après la série de romans et télévisée de Cécile Aubry et le film de Nicolas Vanier

D’après le scénario de Nicolas Vanier, Jérôme Tonnerre et Maxime Giffard

Scénario et dessin : Steven Lejeune

Couleurs : Roberto Burgazzoli Cabrera

Genre : Aventure, Drame

Éditeur : Glénat / XO Éditions

Nbre de pages : 48

Prix : 13,90€

Date de sortie : le 07/10/2020

Extraits : 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.