Y’a pas que Tintin qui a eu le virus soviet, le Spirou de Neidhardt et Tarrin aussi espionnait… pour Pif Gadget !

Dans le monde de Spirou, c’est le bordel. Le joyeux bordel. Car si on reconnaît que la ligne de conduite des Éditions Dupuis concernant son personnage emblématique peut paraître très emmêlée, la succession des visions du personnage créé par Rob Vel et de son « bestiaire » nous a plutôt enchantés jusqu’ici, moyennant quelques déceptions. N’en déplaise aux vieux grognons gardien du temple. SI des héros comme Batman (et tous les super-héros américains, en général) Bécassine ou Mickey ont survécu à travers les temps, n’est-ce pas parce qu’une armée de créateurs aux inspirations différentes les a repris ? Pourquoi Spirou ne serait-il pas le Schtroumpf de la maison d’édition de Marcinelle et n’aurait-il pas autant de vies (éternelles) que de repreneurs ? Comme une vie communiste sous l’inspiration franquinienne et délirante de Fred Neidhardt et Fabrice Tarrin. Dans un one-shot qui ne s’inscrit ni dans la collection Vu par ni dans la série classique. Un hors collection, un hors-d’oeuvre.

Résumé de l’éditeur : Le comte de Champignac a disparu ! Il a été enlevé par des agents du KGB… Des savants russes ont besoin de lui pour les aider à répandre le gène du communisme dans le monde entier. Dans le contexte de la guerre froide, Spirou et Fantasio jouent les James Bond, espions infiltrés sous la couverture d’un reportage pour Vaillant (Pif Gadget), le journal communiste de l’époque. Parviendront-ils à délivrer Champignac de l’embrigadement bolchevique et à sauver le monde de la contamination communiste ?

© Neidhardt/Tarrin chez Dupuis
© Neidhardt/Tarrin chez Dupuis

Sauver le monde, ce n’est peut-être pas tes oignons mais ça pourrait devenir tes champignons. Une nouvelle fois, contre son gré et ses moustaches, Champignac est la clé du bien comme du mal qui risque de débouler sur notre bonne vieille terre prise entre bien des feux politiques. Dont les plus clivants: capitalisme contre communisme. C’est à l’Est que deux sbires de Russie, un minus et un grand bodybuildé comme un des athlètes olympiques qu’on voit dans son pays, ont emporté le célèbre comte vers de nouvelles aventures. Spirou et Fantasio n’ont rien entendu, ils ronflaient, tandis que Spip faisait du somnambulisme.

© Neidhardt/Tarrin chez Dupuis

Heureusement, un sigle au tableau, GPS va les aiguiller vers le pays des tsars et des despotes. Là où le Journal de Spirou n’est pas vendeur mais où Pif Gadget fait des émules. Travestis, vendus comme des collaborateurs du célèbre petit chien dont les accointances bolcheviques, Spirou et Fantasio partent pour la Mère Patrie. Un sacré panier de crabes (aux pinces d’or, notamment) dans lequel les deux héros vont devoir tirer leur épingle du jeu et tenter de ne pas se faire remarquer. C’était sans compter Natalia, la gorille, cette poupée russe dont la stature laisse penser qu’elle a gobé les quatre plus petites matrioshkas. Bref, voilà une folle équipe prête à ruer dans les brancards, franchissant le Rubicon… ou la Volga.

Avec ce délicieusement vintage Spirou chez les Soviets, Fred Neidhardt et Fabrice Tarrin marchent sur les traces de QRN sur Bretzelburg, gardent le même esprit tout en l’actualisant et en traçant leur propre ligne de force: un grand clash de références partant de la sainte trinité concurrente Tintin – Pif – Spirou (avec Mickey en bonus), croisant quelques caméos désopilants (Cauvin à la manière du Q de James Bond, la rédaction, mais aussi Poutine et quelques autres, tout en jouant sur l’incroyable pouvoir déridant qu’a le mal absolu.

© Neidhardt/Tarrin chez Dupuis

Si l’histoire en elle-même est relativement simple et attendue, c’est par tous ses à-côtés que brille ce récit fou (comme les savants qui le peuplent) et par l’incroyable frénésie générée par cet incroyable créateur (et repreneur puisqu’il avait déjà mis la main sur le précédent album illustré d’Astérix, Le secret de la potion magique) qu’est Fabrice Tarrin qui prouve à quel point il s’est imprégné de l’univers, bien plus que dans Le tombeau des Champignac à l’époque (qui reste, cela dit, très qualitatif).

© Neidhardt/Tarrin chez Dupuis
© Neidhardt/Tarrin chez Dupuis

Fred Neidhardt suit le chemin inverse des méchants qu’il dépeint dans cette aventure puisque, après avoir officié comme satané trublion sur Spouri et Fantaziz, il se rachète une salubrité en appuyant avec force et humour une jolie critique des modèles politiques concurrents et polarisant le monde: le communisme pendant 52 pages; le capitalisme sur deux pages mais avec la même force. Corrosif et salutaire. Le bonheur du monde doit être quelque part entre les deux.

© Neidhardt/Tarrin chez Dupuis

Titre : Spirou chez les Soviets

Récit complet

Scénario : Fabrice Neidhardt

Dessin et couleurs : Fabrice Tarrin

Genre : Espionnage, Humour, Parodie

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 54

Prix : 12,50€

Date de sortie : le 04/09/2020

Extraits : 

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