Des pirates, sur l’océan du Neuvième Art, il en pullule. À bâbord comme à tribord, et les Réunionnais ne sont pas en reste. Ils auraient tort, les enfants de l’Océan Indien. Eux aussi, ils font des Bulles dans l’océan, et quand elles éclatent à la surface, ça donne souvent un regard décalé sur les choses. Également, sur les histoires de marins maudits, à quelques encablures d’îles qui le sont tout autant, prises dans les lianes de la mer. Mais si la malédiction était une chance et que la Lune avait son mot à dire dans les relations humaines, même flibustières?

Résumé de l’éditeur : John est mousse sur le navire du célèbre Capitaine Achab. Malgré la vie dure à bord, tout va pour le mieux. Jusqu’au jour où, au réveil, John et le navire se retrouvent pris au piège au sommet d’un arbre géant en pleine mer. Plus étrange encore, tout le monde a disparu. Tout le monde sauf lui et… le capitaine qui ne semble pas très surpris de ce qu’il leur arrive. Abandonné à son sort par son capitaine, John rejoint l’île la plus proche. Il pense que le Capitaine, le reste de l’équipage mais aussi leur trésor s’y trouvent.

Running gag et mal de crâne. Engagez-vous qu’ils disaient… mais si John avait su dans quelle galère il embarquait. Et le voilà qui se réveille, sonné, au milieu de nulle part. Sa tête n’est ni à un mal ni à un coup près, mais quand le destin lui permet quelques éclats de lucidité; le mousse, qui a menti sur son âge pour être pris à bord, va vite se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond.


Hier, ils étaient une tripotée sur le plancher du navire, aujourd’hui il est tout seul – enfin, le capitaine Sam « Achab » va vite pointer le bout de son nez – et voit son bateau suspendu à quelques mètres au-dessus des flots, pris dans les branches d’un arbre qu’on dirait centenaire. Il peut s’en passer des choses, le temps d’une perte de connaissances.

Et sur les quelques lopins de terre ferme où il va trouver abris, John (et son « maître » avec qui il va bien devoir collaborer pour espérer survivre) va vite se rendre compte que le binz perdure. Bien sûr, ils ne parlent pas la même langue, mais ça, c’était attendu. Par contre, pourquoi les gens, y compris les chefs, sont-ils si jeunes ? Pourquoi font-ils tant corps avec la nature ? Quel étrange pouvoir de fascination et de peur nourrit cette Lune à laquelle on prête de drôles de propriétés? Mais les rites et la soumission religieuse ne donnent-ils pas lieu à quelques exactions ?

Ça commence comme un Pirate des Caraïbes entre fantastique goguenard et piraterie classique. Pourtant, très vite, Issa Boun creuse le sable et les vagues, non pour trouver le trésor qu’Achab protège déjà de toute sa convoitise mais pour trouver la profondeur. Le dos toilé donne la sensation d’un album de luxe, d’un plaisir rare et Issa Boun et Sirony tiennent la gageure, l’intensité. Dans ce surprenant album, il faut accepter de ne pas vraiment commencer par le début et de devoir rembobiner la cassette (souquez ferme) pour avoir le fin mot de l’histoire, du mystère. Dark et lumineux, comme sait l’être la Lune. Folle aussi.
Carnet de croquis et recherches de Sirony:
S’inscrivant quelque part entre Sfar et Julien Lambert, dans ce dessin fort en trait mais capable de vocifération et de frénésie, Sirony se révèle plutôt deux fois qu’un dans ces 140 pages envoûtantes consacrées par un final magnifique. Le feuillage coloré de Jérôme Alvarez finit de donner à cet oeuvre, mature et enlevée, un goût d’immortalité.

Titre : Lune d’argent
Récit complet
Scénario : Issa Boun
Dessin : Sirony
Couleurs : Jérôme Alvarez
Genre : Aventure, Fantastique
Éditeur : Des bulles dans l’océan
Nbre de pages : 104
Prix : 23€
Date de sortie : le 28/08/2020
Extraits :