Sengo, quand le gekiga est à son apogée et nous ouvre les yeux sur les affres de l’après-guerre dans le camp du « vaincu »

Sengo, ce drame graphique de Sansuke Yamada retrace la vie des Japonais après la capitulation de leur nation en 1945. Vivant de marché noir, de prostitution ou de menus larcins, la vie des vaincus s’organise et reprend lentement ces droits.

Résumé: 1945, le Japon est vaincu. De retour au pays, deux soldats qui se sont connu sur le front, le bon vivant Kadomatsu et le désenchanté Toku, se retrouvent par hasard dans un Tokyo détruit et occupé par l’armée américaine. Entre débine et combines, marché noir et prostitution, la question quotidienne de la survie est si cruciale qu’elle éclipserait le désespoir chevillé à ces âmes vaincues. Malgré tout, au fil des nouvelles solidarités qui se nouent dans l’adversité, c’est bel et bien la vie qui regagne du terrain.

La vie n’est pas facile après une guerre mais quand on est du côté des vaincus c’est encore pire. Rentrant à Tokyo après que sa section ait été mise en déroute, Kadomatsu  Kuroda retrouve son chef d’unité, Kawashima Toku. Se remémorant leurs années passées dans l’armée, ils essaient de reprendre le cours de leur vie dans un Japon en reconstruction. Mais que vont-ils pouvoir faire pour vivre et se nourrir sous l’occupation ennemie.

On doit ce manga à Sansuke Yamada. Plus précisément c’est un GEKIGA seinen. Cela signifie que le public cible rassemble les adultes (seinen) et qu’il est catégorisé comme dessin dramatique. Le mot GEKIGA a été créé en 1957 par Yoshihiro Tatsumi. Le mot GEKI se traduit par « drame ». Ce genre littéraire traite de sujets « sérieux », tel que la vie politique, la guerre ou bien le monde du travail. En 2019, Sansuke Yamada reçoit le Prix  Osamu Tezuka de la nouveauté pour Sengo et le Grand Prix de l’Association des auteurs de bande dessinée japonais. Dimanche, un nouveau prix, européen cette fois, le prix Asie de la critique ACBD 2020. Passionné par l’histoire de l’après guerre et par l’occupation américaine, Yamada a suivi le plus scrupuleusement possible dans son oeuvre (7 tomes) les tenues, les moeurs et aussi l’environnement de l’époque en se basant sur des photos ou des archives.

Il est indéniable que la contenu est en parfaite adéquation avec le thème de l’album. Celui-ci regorge d’anecdotes que se soit sur le marché noir, avec la revente de matériel volé à l’envahisseur ou bien sur la prostitution qui hélas était pour certaines la seule chance de faire vivre leur famille… de survivre. Mais ce qui est le plus fascinant dans la manière qu’adopte Sansuke Yamada de raconter son histoire, c’est que le lecteur ne se retrouve pas sur un récit larmoyant. Les situations sont difficiles mais l’auteur parvient à y mettre de l’humour. On ne s’ennuie pas, sans que cela soit potache ou déplacé. Sansuke rythme agréablement le manga et teint d’une note légère une atmosphère qui aurait pu être plus pesante. L’entraide est constante et on sent la chaleur qui émane de chaque personnage. L’espoir renaît à chaque coin de rue. Il n’y a pas ou presque pas de stéréotypes. Ce qui montre encore la justesse des propos du mangaka. En lisant ce gekiga; c’est comme si on assistait véritablement à une tranche à vie à Tokyo en 1945.

Concernant l’aspect graphique, là aussi, nous sommes très proches de la réalité. La trame est très bien exploitée et le rythme, varié, est plaisant à suivre. Il n’y a pas énormément de décors mais, quand ils sont utilisé, ils sont de bonne facture. Ce qui me plait le plus, c’est justement ce dessin à « l’ancienne ». On est  loin des stéréotypes des visages à gros yeux et cheveux colorés. On est dans le réalisme.

Le mangaka exploite parfaitement le GEKIGA qui reflète parfaitement l’époque à laquelle il est dédié. Pas de surenchère, ici, mais bien la réalité du terrain. On rentre facilement en empathie avec les protagonistes. On partage avec eux leurs doutes mais aussi leurs espoirs. Merci aux Editions Casterman qui nous ont permis de connaitre cette pépite. D’autant plus que la traduction est des plus fidèles. Le papier légèrement glacé ainsi que les quelques pages couleurs nous rappellent les vieux comics des années 30. Cela rajoute encore un peu plus de classe à ce manga qui en déborde déjà.

Titre: SENGO

Tome: 1. Retrouvailles

Scénario et dessin : Sansuke Yamada

Traduction: Sébastien Ludmann

Genre: Gekiga/Seinen/Drame

Éditeur: Casterman/Sakka

Nombre de page:180

Prix: 9,45€

Date de sortie: 29 janvier 2020

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