Que le grand Kriek nous croque : quand l’exilé revient en ses terres vikings, la neige ne demande qu’à s’embraser

Des escales, des voyages j’en suis revenue
Des rencontres de passages rien retenu
D’où que l’on revienne d’où que l’on soit
C’est bon de rentrer chez soi
(Lionel Florence pour Maurane)
© Kriek chez Anspach

Rentrer chez soi, ça n’a pas de pareil, ça se doit d’être chaleureux. Dans l’idéal. Tous les retours à la maison ne sont pas aussi faciles, cordiaux. Encore plus quand, des siècles durant, l’exil était une sanction ultime, promettant à une cité de se retirer une aiguille du pied pour les décennies à venir. Les vauriens revenaient-ils ou trouvaient-ils de quoi mener une vie plus ou moins sereine ailleurs ? Contre vents et marées, contre les espoirs des leurs restés aux pays, les expulsés sont parfois revenus. Comme Hallstein, le viking islandais, hanté de violence, que nous raconte un auteur au nom tout aussi viking mais néanmoins néerlandais: Erik Kriek.

© Kriek chez Anspach

Résumé de l’éditeur : Islande, Xe siècle. Hallstein, un guerrier viking, rentre chez lui, après des années d’exil pour le meurtre de son meilleur ami, Hrafn. Mais le retour d’Hallstein ne fait pas que des heureux : Einar, le frère de Hrafn, est accaparé par la conquête du pouvoir d’une manière douteuse. Einar souhaite épouser la belle Solveig, la veuve du père de Hallstein, pour accroître son domaine. L’Althing s’apprête à reconnaître Hallstein comme étant l’héritier de son père. Einar brûle de venger la mort de son frère… Hallstein pourra-t-il échapper à son passé violent et trouver la paix à laquelle il aspire tant ?

© Kriek chez Anspach

Que le grand Kriek nous croque, voilà un album luxueux que nous proposent les audacieuses Éditions Anspach. Sans doute, sans elles, n’aurions-nous jamais eu ce roman graphique, en langue française, entre les mains. Pourtant, il vaut son pesant de mede. Le trop rare Erik Kriek livre ici un album d’un retour à sang pour sang, survolé par les corbeaux, piétinant une terre composée de crânes. Ça, c’est pour la première planche qui augure déjà de ce qu’on va trouver dans cet album au traitement graphique très « sérigraphié », au rendu spectaculaire même dans la seule contemplation du paysage. Les côtes sauvages, les forêts et les landes de pierre, les macareux moines. « Tu es chez toi », a dit le marchand pour qui Hallstein s’est engagé en échange de son billet retour dans la contrée qu’il avait perdu de vue.

© Kriek chez Anspach

Mais est-elle prête à, de nouveau, l’accueillir en son sein ? Le droit à l’oubli, même en terres vikings, se double de sinistres plans que ce retour au pays vient troubler. Sur les douleurs et les blessures, des empires se construisent partout. Même dans cette île aussi peu peuplée, le temps n’a pas calmé les esprits revanchards. Le plan d’Einar et ses sbires, mafia antique presque, était parfait jusqu’à ce qu’Hallstein et ses amis de périple ne posent le pied à terre. Les duperies qui passaient crème auparavant vont être mises à jour et les choses vont empirer, couvrant la verdure d’un revêtement de sang.

© Kriek chez Anspach

Mais l’issue n’est pas verrouillée: Hallstein est revenu avec plus de faiblesses que de rages et d’aptitudes au combat. Il est encore jeune mais il fait ses mille ans. Il est revenu pour une dernière chance, un pardon. Ces années passées au loin ne l’ont pas apaisé, il est hanté de cauchemars et de visions (parfois aidés par les philtres de ceux qui veulent le voir mort) le ramenant à sa naissance et à ce moment qui l’a fait basculer dans l’exil. Rien ne le laisse en paix. Une fragilité ?

© Kriek chez Anspach

En ouverture, une présentation de la vingtaine de personnages en présence dans cette histoire violente n’est pas de trop. Rien ne ressemble plus à un viking barbu qu’un autre viking barbu et force est de constater qu’on a parfois du mal à se repérer au fil du récit. C’est là le seul grief qu’on peut soulever à la lecture de ce roman graphique fort dans ces moments de combat mais aussi dans ces moments de dialogue, cherchant à éviter l’inéluctable tragique. Erik Kriek a composé son album comme on sculpte la pierre, avec ses aspérités, sa dureté mais aussi son authenticité. La couleur se vit entre le noir et le blanc, dans les contrastes plus ou moins affirmés dans des reflets gris-bleutés, que le rouge sanguin vient assassiner. Ça secoue mais c’est aussi contemplatif, par moments, jusqu’à une fin apaisante mais appelant à l’éternel recommencement. Ou à une suite ?

© Kriek chez Anspach

Nicolas Anspach et son équipe font un travail de grands, fastueux et agréable au toucher et à l’oeil. Quel bel album que cet intense western scandinave.

© Kriek chez Anspach

Titre : L’exilé

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Erik Kriek

Traduction : Philippe Nihoul

Genre : Drame viking

Éditeur : Anspach

Éditeur VO : Scratch Books

Nbre de pages : 192

Prix : 29€

Date de sortie : le 26/06/2020

Extraits :

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