Black Badge : bonnes actions explosives, les scouts sont des espions

Scouts toujours prêts, c’est vrai… mais, cette année, le plan risque d’être un poil contrarié. Même si les foulards peuvent faire de bons masques, pas sûr que louveteaux, éclaireurs et autres pionniers pourront jouer les globe-trotteurs. En guise de lot de consolation, Matt Kindt et les Jenkins (Tyler et Hilary) sortent le grand angle pour suivre des scouts pas comme les autres courant le monde pour le sauver (du moins c’est ce qu’on leur fait croire) au fil de diverses missions risquées et explosives.

Résumé de l’éditeur : De toutes les organisations scouts, les Black Badges sont l’élite ; les meilleurs parmi les meilleurs. Les Black Badges sont une branche très secrète de scouts, chargée de missions secrètes qu’aucun adulte ne pourrait entreprendre. Mais en définitive, les petits gars en vert toujours prêts (selon la légende) savent peu de choses les uns des autres, et encore moins des autres organisations. Au sein de celles-ci, se cacherait un groupuscule utilisé par le gouvernement pour effectuer des opérations paramilitaires secrètes. En Corée du Nord, comme en Sibérie, qui se méfierait d’une bande d’ados étrangers en short ? Pourtant, au cours de l’une de ses missions, l’escouade des Black Badge devra choisir entre accomplir leur objectif ou secourir l’un de leurs camarades présumé mort des années auparavant.

Alors que nous sommes habitués à ce que les comics nous parviennent sous forme de recueils de 4, 5 ou 6 « issues », Futuropolis aime voir les choses en grand et le prouve une nouvelle fois avec ce gros pavé : 12 chapitres, soit 290 pages rehaussées de 44 pages de bonus et making-of. De quoi lire d’une traite le jeu de piste touffu et complexe qu’ont imaginé les auteurs.

© Kindt/Jenkins/Jenkins chez Boom Studios

Cela commence par une mise en jambes; comme la gym matinale qui nous voyait enchaîner pompages, abdos et jeux comme le Parachute; deux chapitres présentant des histoires courtes nous permettant de mieux nouer relations avec Mitz, Cliff, Kenny et, le petit dernier, chargé de remplacer le regretté Jimmy, Will. Avec leurs sac-à-dos, leurs uniformes et leurs foulards, ils sont à la risée des incultes. Que Dieu et Baden Powell leur pardonnent, ils ne peuvent pas savoir qu’ils sont en face d’eux les plus chevronnés scouts: les Black Badge. Du nom du grade suprême (quand l’ensemble des badges, comme attaque de requins, feux de forêt, lancer de hache, pièges… sont récoltés) qui a fait entrer ce quatuor parmi l’élite de l’… espionnage international. Qui se méfierait d’ados amoureux de la nature et des bonnes actions ?

Prenant le mot « scout » au pied de la lettre et au sens propre, Matt Kindt et Tyler Jenkins ont transformé ce mouvement de jeunesses en mouvements géopolitique d’éclaireurs, soit d’espions. Quelque part entre la Patrouille des Castors et Mission: Impossible, avec un final en mode escape game, les auteurs ont vite fait d’opposer les scouts à un grand méchant : le doute. Le doute de ne pas être sur la bonne piste, d’être induits en erreur par des supérieurs qui leur ont caché le vrai but de leurs opérations (qu’il s’agisse de faire exploser un village ou de récupérer un otage). Quand ils s’aperçoivent lors d’un jamboree, prenant des airs de Koh-Lanta, qu’il y a d’autres groupes de Badge tous autant performants, et que Jimmy n’est peut-être pas mort mais a compris l’envers du décor, les Black Badge vont devoir se méfier de tout, faire confiance à leur instinct, leur boussole et leurs perspicacité à comprendre ce qui a pu dysfonctionner dans le passé.

© Kindt/Jenkins/Jenkins chez Boom Studios

Sur le style vif de Tyler Jenkins, parfois laissé à l’état de rough pour rester dans l’énergie quitte à proposer un ensemble un peu brouillon et inégal, Matt Kindt compose une vraie punchline ébranlant les certitudes sur le monde qui nous entoure, entre les versions officielles et celles officieuses des relations internationales. Les scouts sont l’alibi pour parler des trafics d’influence qui ont lieu dans le vaste monde politisés, mais les auteurs exploitent pleinement l’univers de ces jeunes gars qui « aiment vivre au fond des bois » tout en s’amusant à le pousser dans les extrêmes, à l’extrapoler. En compagnie d’une belle bande de gars peut-être pas fait pour survivre ensemble mais prêts à s’adapter.

Après des débuts un poil déconcertants, les auteurs livrent une intrigue bien charpentée et qui a la bougeotte, exploitant les flashbacks et les ellipses de manière osée. Sans limite, Black Badge est un hike littéraire sympathique et très divertissant.

Série : Black Badge

Récit complet

Scénario: Matt Kindt

Dessin: Tyler Jenkins

Couleurs : Hilary Jenkins

Traduction : Sidonie Van Den Dries

Genre : Aventure, Espionnage

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages: 336

Prix : 29 €

Date de sortie : le 04/03/2020

Extraits : 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.