Et s’il n’avait rien de plus humain qu’être Hors Normes

23 ans après le 8e jour de Jaco Van Dormael, une comédie ose, avec brio, toucher au sujet sensible du handicap. En livrant une septième perle, intitulé Hors Normes, le duo franco-français, Toledano-Nakache, démontre une nouvelle fois qu’un film plein de légèreté peut être touchant et engagé.

La formule des réalisateurs du Sens de la fête reste quasiment immuable même si elle se bonifie d’œuvre en œuvre. Un sujet social dur et oublié des politiques et de la société, traité avec une bonne dose d’humour, agrémenté d’une composition musicale extraordinaire et rehaussé d’une scène de danse colorée de mille émotions. Le spectateur pourrait craindre que la mécanique s’enraye pourtant le procédé ne s’altère point. De Nos jours heureux à Hors Normes, seules quelques variables ont intégré l’équation dont résulte la dynamique propre au duo. Comme toutes leurs œuvres antérieures, Hors Normes est un film d’une authenticité sans pareille qui crée des instants de cinéma inénarrables.

En choisissant de traiter la non-assistance étatique aux familles qui sont esseulées suite au diagnostic de troubles autistiques lourds à un enfant, Éric Toledano et Olivier Nakache osent parler d’un sujet que beaucoup préfèrent garder sous silence. Sans créer de caricature, le duo interpelle et conscientise le public face à ce problème que les érudits bien pensants qui gouvernent oublient. Au lieu de condamner et d’abandonner ces êtres extraordinaires, avec une humanité rayonnante, Hors Normes met en lumière ces invisibles des évolutions sociales.

Pour ce nouveau projet les réalisateurs d’Intouchable ont choisi de créer un binôme inattendu en réunissant Vincent Cassel et Reda Kateb.

En campant Bruno, Vincent Cassel prouve qu’il est un acteur complet et plein de surprises. Si beaucoup n’auraient jamais misé sur lui, Toledano et Nakache ont eu là une intuition géniale. La profondeur et la sensibilité de Cassel crèvent l’écran et déchirent les cœurs. Il illustre parfaitement la figure du Saint Kantien. L’homme s’oublie en se responsabilisant pour ne pas laisser l’espoir disparaître des vies de ses familles marginalisées par les sociétés modernes.

Reda Kateb est quant à lui dans un rôle de composition. Sans surjeu, il propose une présentation d’une justesse chirurgicale. Les émotions qu’il offre à la caméra enivrent les spectateurs.

Du début à la fin, Hors Normes questionne le spectateur sans pour autant nuire à la continuité de l’œuvre. Le public est entraîné dans l’histoire et s’oublie au profit d’une compassion totale pour les protagonistes qui apparaissent à l’écran. Face à l’abandon étatique que vivent ses êtres extraordinaires qui ne rentrent plus dans les critères préconisés par la loi, la question de la normalité ne peut pas être éludée. À l’heure où l’individualisation et l’émancipation sont devenues les règles d’or, qu’est-ce que la norme ? Le vrai caractère de l’humanité ne serait-il pas la cohabitation des différences ?

L’oublié des derniers Oscars, qui avait pourtant été l’un des points forts de l’édition 2019 du festival de Cannes, est actuellement disponible en DVD et en VOD. Sur Universciné, par exemple: www.fr.universcine.be/films/hors-normes

Hors normes

D’Éric Toledano et Olivier Nakache

Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Bryan Mialoundama, Hélène Vincent, Alban Ivanov, Benjamin Lesieur, Marco Locatelli, Christian Benedetti, Catherine Mouchet, Frédéric Pierrot, Suliame Brahim, Lyna Khoudri, Aloïse Sauvage…

Comédie dramatique

114 minutes

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