Dans l’ombre de ce que fut Aung San Suu Kyi, là où les bouddhistes extrémistes divisent et sèment la haine pour mieux régner

Souvent, on remarque qu’un seul article, une seule évocation négative suffit à briser une réputation même portée aux nues par de nombreux autres écrits. Nous avons pu nous rendre compte de cela, à tort ou à raison, lors de la récente et justifiée affaire Me Too. Pourtant, en dépit des polémiques, certains hommes et femmes restent des icônes, intouchables. Notamment, par un vécu qui a emporté durablement l’adhésion de l’opinion publique. Même si, des années plus tard, les idéaux salvateurs ont perdu leur intensité. C’est un peu ce qui est arrivé à Aaung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix décevant mais pas déchu. Pourtant ce qu’il se passe dans son pays, qui n’est qu’un miroir empirés d’autres sociétés, n’est pas rose. Et est même innommable.

En ces temps de pandémie et de confinement, l’envie sera grande de se procurer de bonnes lectures. Épanchez la seulement ! Mais privilégiez les commandes en ligne auprès de vos libraires habituels plutôt que d’un célèbre géant du web. Vous pouvez vous rendre sur ce site, par exemple => www.lalibrairie.com.

© Debomy/Guillaume chez Massot Éditions

Résumé de l’éditeur : Le phénomène de l’extrémisme bouddhiste en Birmanie, incarné par le bonze Wirathu, a surpris tous ceux qui n’envisagent le bouddhisme que comme une religion de paix ou une simple spiritualité. Pour l’expliquer, Frédéric Debomy et Benoît Guillaume se sont rendus en Birmanie, dévoilant au fil des déplacements et des rencontres les ressorts d’une société brisée par des décennies de dictature militaire et obsédée par les questions d’identité.

© Debomy/Guillaume chez Massot Éditions

Aung San Suu Kyi, Rohingya et extrémistes bouddhistes est une histoire ancrée et encrée. En effet, Frédéric Debomy (également ancien responsable de l’association Info Birmanie) et Benoît Guillaume nous donnent régulièrement, depuis 20 ans, en solo ou en duo, des nouvelles de ce pays logé entre Thaïlande et Bangladesh, ayant aussi pour voisin la Chine et le Laos. Ce nouvel album fait ainsi suite à Birmanie, fragments d’une réalité ou Sur le fil (des astérisques en attestent), sans perdre le lecteur dans une histoire « à suivre ».

© Debomy/Guillaume chez Massot Éditions

Ce pays a connu la suprématie dictatoriale de la junte durant des générations, l’arrivée au pouvoir de The Lady et de son parti LND (Ligue nationale pour la démocratie, retenez bien ce dernier nom) pouvait rationnellement être vu comme une libération. Sauf que…

Sauf que le pouvoir reste tenaillé par une armée encore forte sur ses appuis, on apprend, notamment, que le ministère de l’intérieur échappe au contrôle du gouvernement. Et qu’un drôle de ménage se joue avec l’armée qui n’a pas fini de mettre ses grains de sel dans les rouages étatiques. Diviser pour mieux régner dit-on. Et, peu à peu, l’identité de ceux qui vivaient à vos côtés depuis des années, les amis, deviennent des étrangers, parfois même des ennemis. Ceux qu’il faut chasser pour ne pas qu’ils imposent leur vision, leur religion. Même s’ils sont présents dans le pays en nombre infinitésimal. Eux, ce sont les Rohingya, la minorité musulmane présente depuis des générations en Birmanie. Mais, aussi, dans des proportions moins dramatiques mais tout aussi gênantes, les Chrétiens.

© Debomy/Guillaume chez Massot Éditions

Dans ce pays bouddhiste, aussi méditatif et non-violent soit le précepte, les extrémismes se sont taillé la part du lion, trustant les âmes pour les façonner selon ses bonnes (et surtout mauvaises) volontés. Faute de désamorçage ou de prise de parole, ceci avec la bénédiction d’une Aaung San Suu Kyi décidément froide, pour ne pas dire fantomatique.

© Debomy/Guillaume chez Massot Éditions

En Birmanie, Frédéric Debomy et Benoit Guillaume n’arrivent pas à l’aveugle. Comme déjà dit, ils ont une longue expérience de ce terrain et ils prennent le temps. C’est très bien d’arriver dans un pays vierge de toutes connaissances, ça donne de chouettes reportages en immersion. Mais dans le thème périlleux qui les occupe, en vrais grands journalistes, les deux auteurs font valoir un carnet d’adresses riche pour creuser cette problématique. Au fil de quinze-vingt rencontres, dans un sens comme dans l’autre, le duo va toujours plus loin pour tenter de comprendre l’incompréhensible. Impossible de l’épuiser tant cette haine de l’autre semble paradoxalement vissée à l’humanité. Un sentiment parfois naturel, parfois alimenté par des manipulations vicieuses des foules (comme le fait le sinistre moine Wirathu avec l’aval du pouvoir en place), dans la rhétorique, dans la pression sociale. Tout aussi effrayants l’un que l’autre. D’autant plus, qu’il y a dans cette situation intenable, poussée à son paroxysme, le reflet de ce qu’il se passe tous les jours dans nos pays quand l’hostilité se lève sur les réseaux sociaux, alimentée par des médias haineux ou montrant son vrai visage lorsqu’il faut voter.

© Debomy/Guillaume chez Massot Éditions

Précise et rigoureuse, l’enquête road-trip des deux auteurs est rendue par un graphisme tranchant de Benoît Guillaume. Carnet de voyage réinventé par la peinture, entre tons verts et autres plus incendiaires, il y a de la place pour le voyage, pour les contrastes et pour ne jamais lasser. Pour vraiment nous plonger dans le décor et l’environnement des acteurs de ce documentaire évocateur, subtil.

Titre : Aung San Suu Kyi, Rohingya et extrémistes bouddhistes

Récit Complet

Scénario : Frédéric Debomy et Benoit Guillaume

Dessin et couleurs : Benoit Guillaume

Genre : Documentaire, Enquête, Politique

Éditeur : Massot Éditions

Nbre de pages : 104

Prix : 21,90€

Date de sortie : le 19/03/2020

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