Philippe Reynaert: « Pousser les films que j’aimais plutôt que de faire des mauvais jeux de mots sur ceux que je n’aimais pas »

Lunettes blanches, coeur noir-jaune-rouge, Philippe Reynaert deviendra, ce lundi 9 mars, le présentateur du Festival du cinéma belge de Moustier. Il prend ainsi la relève de Benoit Demazy (oui oui, celui qui vient écrire parfois par ici, avec passion) et transmettra le virus cinéphile à tous ceux qui, de Moustier ou d’ailleurs, viendront voir des films comme Jumbo, La forêt de mon père, Pompéi, Lucky et bien d’autres. En guise de préface, interview avec cet homme de médias, de télé comme de ciné, doux passionné d’un cinéma belge qui va encore sur ses belles années.

©A Dersin/B Vemeire

Bonjour Philippe, quelle heureuse surprise de vous retrouver à la présentation du festival du cinéma belge de Moustier.

À qui le dites-vous ? Je suis moi aussi très heureux et surpris, moi qui fréquente Moustier depuis des années. Avec Claude Leclercq et Thérèse Papin, c’est une amitié de trente ans qui nous lie.

Il faut bien avouer que l’année passée, le duo était assez inquiet de l’avenir. Après dix-neuf ans de bons et loyaux services, Benoit Demazy se retirait de la présentation. « Que va-t-on devenir? » m’a dit Claude. « Tu veux que je présente? », lui ai-je dit. « Oh, ne plaisante pas avec ça. »

Sauf que… ce n’était pas une blague. Je suis très attaché à ce festival et le moment était venu de préparer ma troisième carrière, de retraité. Bon, c’était le plan que j’avais imaginé pour dans un an, j’aurais été plus relax.

Il a fallu bousculer l’agenda ?

Non, parce que l’équipe Wallimage fonctionne tellement bien. Tout se recoupait, aussi, puisque énormément de films que nous soutenons se retrouvent à Moustier.

À commencer par Jumbo ?

Oui, un OFNI, comme souvent en Belgique, qui fera l’ouverture du festival. Ce film rentre de Sundance et de Berlin. L’avoir en film d’ouverture, c’est avoir un long-métrage inédit et de très haut niveau. En tout, il y aura trois soirées d’avant-premières. Jumbo, Pompéi et La forêt de mon père. Trois films de réalisatrice, en plus. C’est beaucoup plus égalitaire que les Césars, comme on vient de le voir.

On s’entraîne pour présenter ?

Cela fait quarante ans que je suis à l’entraînement (rires). Cela fait une trentaine d’années que je suis à la présentation d’émissions télé. Ça a commencé avec le ciné-club de minuit. Au fond, c’est la même fonction: permettre à un public, le plus large possible de visionner un film qu’il n’aurait pas forcément été voir mais qui possède une valeur réelle.

En présentant les séances à Moustier, j’ai l’impression, agréable, de boucler la boucle. Il y a un lien direct entre le ciné-club que j’animais et ce que je vais faire dans ce festival.

Ici, il y a du répondant avec le public.

Oh oui, plus qu’une caméra. Je ne monte jamais sur scène sans trac. À la télé, je suis dans un cocoon, avec une équipe bienveillante. Et si je ne suis pas bon, on refait la prise.

Cela dit, à l’époque du ciné-club de minuit, je faisais mes interventions en direct. C’était encore le temps des économies de bandes magnétiques, rares. Je me retrouvais dans une petite pièce, la caméra face à moi. Elle était pilotée depuis la régie, je n’avais personne avec moi. Et quand la lumière rouge s’allumait, je devais être bon pendant trois minutes. Que c’était horrible, quand j’y repense.

Je connais le public de Moustier, il n’y aura pas de problème, il est bienveillant.

Vous êtes critique aussi.

Même quand je faisais de la critique, j’ai toujours eu la volonté de pousser les films que j’aimais bien plus que de faire des mauvais jeux de mots sur ceux que je n’aimais pas. C’est moche de réduire trois ans de travail à néant pour montrer la toute-puissance de la critique. Je préfère montrer et parler des films qui en valent la peine même s’ils ne sont pas tout à faire abouti.

Chez Wallimage, à suivre au jour le jour le périple des films et toutes leurs difficultés, j’ai encore plus de respect pour les réalisateurs. Le cinéma, c’est sans doute le métier artistique le plus filtré qui soit. Parce que ça coûte cher, il y a donc de nombreuses validations. Un poète ou un écrivain peut écrire ce qu’il veut. Bien sûr, la question se posera d’être publié ou pas.

Pour un cinéaste, par contre, avant même la première image, il faut trouver un chef-op’; de la lumière; louer le matériel; appeler des soutiens, publics ou privés… Ce sont autant de contraintes. Certains voudront changer la fin de votre histoire, « que ça finisse bien », d’autres un rôle pour un de leurs enfants. Je caricature mais, à chaque étape, il faudra convaincre. Ça demande une sacrée dose de courage, il faut porter le projet jusqu’au bout. Et quand c’est financé, la bagarre commence, le tournage. Il faut maîtriser son équipe, gérer les problèmes de météo ou de décors, sortir le meilleur des comédiens. Un tournage, ça dure quatre semaines, la post-prod des mois. Et au bout, il faut montrer aux gens son travail.

Je lisais la présentation de votre nouveau livre Visions du festival de Cannes, vous regrettiez « le temps des grands festivals à taille humaine. (…) Les interviews étaient de vraies rencontres ».

À Moustier, les cinéastes aiment venir. Si je prends la liste des cinéastes qui sont venus, elle est impressionnante. On y vit toujours de vraies rencontres. Comme dans le Cannes des années 80. Aujourd’hui, c’est une sorte de foire commerciale. Ça n’existe plus les interviews de 30 minutes. La rencontre est réduite en conférences de presse. Ou alors de tables autour desquelles on parle 14 langues et face auxquelles le malheureux comédien ne sait plus à qui il parle. Il se retrouve à réciter ce qu’il a appris.

La sortie de ce livre n’est pas préméditée, il était prévu pour la Foire du Livre qui a lieu le week-end avant le festival de Moustier.

Si on revient à vos origines, on trouve un mémoire sur le surréalisme au cinéma.

En réalité, j’ai travaillé sur l’adaptation d’un livre surréaliste de Julien Gracq par André Delvaux. André Delvaux, ce fut une rencontre déterminante dans le métier. Une personnalité hors-norme, le premier réalisateur à se faire connaître hors de nos frontières. Un grand créateur doublé d’un fondateur. Il a créé l’INSAS, il avait cette vocation d’enseigner. Il demeure une grande source d’inspiration.

C’est sans doute grâce à lui que je me suis senti moins critique et plus éclaireurs. De ceux qui partent en avance et éclairent ensuite les autres sur ce qu’ils ont vu.

Pour le festival, j’ai vu tous les films, j’en connais les auteurs. Je veux en transmettre le meilleur.

Il y a des aléas du direct, parfois ?

Le souvenir le plus cuisant ? Nous avions monté un cycle yougoslave pour la RTBF. C’était avant la Palme d’or d’Emir Kusturica. J’étais conscient que ce n’était pas la programmation qui allait attirer le plus de monde. Il fallait que je trouve le ton pour empêcher les gens de zapper. J’ai joué la carte de la culpabilisation !

Le Mur de Berlin tenait toujours debout et j’ai voulu parler des films de l’Est comme n’étant pas ce que l’on disait : une vision monocorde, un gris social… C’était injuste de les résumer à ça. L’est ne voulait rien dire et il y avait autant de différences entre un film roumain et un film russe qu’entre des films suédois et portugais.

Si bien qu’au JT de René Thierry où je présentais la soirée, j’ai dit « arrêtons les amalgames et découvrons les films… yougoslovaques ! » René Thierry m’a fait les grands yeux, je n’ai pas relevé. Le pire, c’est que j’ai fait ce lapsus une deuxième fois. Le standard téléphonique a explosé et c’est vrai qu’en matière d’amalgames, je n’avais pas loupé le coche.

Pour l’épilogue, je suis arrivé à la rédaction du magazine Vision dont j’étais le rédac-chef en étant convaincu que tous les collègues allaient se payer ma tête. J’étais honteux, irrattrapable, prêt à prendre les coups. Mais rien n’est venu. J’étais presque vexé, me disant que personne n’avait regardé (il rit). Jusqu’à la fin de journée quand, au moment de quitter le bureau, Louis Danvers me dit « Tiens, je t’ai regardé, hier. J’attends ton cycle chinajaponais. »

Mais j’ai le sentiment de ne jamais avoir été trop coincé. Quand nous faisions une bêtise, nous en riions. C’est avec Bernard Polet qu’il y en a eu le plus.

Les lunettes blanches seront du voyage à Moustier ?

Bien sûr ! Ça aussi, c’est une histoire incroyable. Quand je suis arrivé au Ciné Club de Minuit, je devais remplacer Dimitri Balachoff, un « russe blanc » au port de prince. Sans cravate mais avec une lavallière. Bref, quand je l’ai remplacé, j’ai eu du mal à exister durant mes trois minutes par semaine.

Jusqu’au jour où j’ai cassé mes lunettes. Le soir, je passais en direct à la RTBF. Je suis entré avec les morceaux de mes lunettes chez un opticien. Comme je suis très myope, je n’y voyais plus rien. Il y avait urgence. Je lui ai donc demandé de me bricoler des lunettes provisoires. « Vous voulez quoi? », m’a-t-il dit. J’ai répondu que je voulais quelque chose de « remarquable », lui expliquant ce que j’étais amené à faire. « Oseriez-vous le blanc », m’a-t-il proposé alors. Il a monté les verres sur une monture de lunettes de soleil. Puis, je me suis rendu à la RTBF. Les techniciens m’ont reluqué : « Tu ne vas pas présenter avec ça sur le nez ? » Du tac au tac, c’était ça ou rien.

Dans la semaine, un journaliste du Pourquoi pas a rédigé un article pour dire qu’il n’était pas d’accord avec ma présentation. Noir sur blanc, il avait écrit « Contrairement à ce qu’a affirmé l’homme aux… lunettes blanches ! « .

Encore aujourd’hui, des gens ne connaissent pas mon nom. Quand je téléphone et me présente, le franc ne tombe pas. Alors, j’appuie « Philippe Reynaert, l’homme aux lunettes blanches ». « Ah oui, Monsieur Reynaert. »

Ces lunettes font partie de mon rapport au public. Je parlais du trac mais je crois que ces lunettes et la barbe désormais me créent un personnage derrière lequel je me réfugie. Seule mon épouse bénéficie de la vérité quand je retire mes lunettes, le soir.

On trouve aussi dans la programmation Hey Joe, réalisé par quelqu’un que vous connaissez bien.

Hé oui, Matthieu, mon fils qui habite… Moustier. Quand il nous a dit à ma femme et moi qu’il avait trouvé une maison… à Moustier. J’ai cru à une blague. Je l’ai vu comme un signe du destin. En plus, les organisateurs m’ont fait un cadeau : programmer Hey Joe, son premier court-métrage. Du coup, je serai un présentateur curieux, ce jour-là.

Hey Joe, c’est quoi ?

C’est surprenant. Et j’ai d’autant plus de facilité à le dire qu’avec Matthieu, nous avons une bonne relation père-fils. Mais nous ne parlons pas cinéma. C’est très sain. Je suis très reconnaissant du mur chinois qui s’est constitué entre nous. Les oeuvres basées sur ses scénarios et Hey Joe, je les ai découvertes comme tout le monde.

Hey Joe part d’une trame sociale attendue dans les films belges. Une fille a tué son mari. Pourtant, le film prend une direction inattendue, avec des surprises. C’est sexy et gore. Ça a l’air d’un film d’auteur mais ça tend vers le genre. Un mélange innovant qui est raccord à ce que fait la jeune génération. Comme Zoé Wittock qui n’a pas peur de mélanger les genres dans Jumbo. Un terreau social qui flirte avec le fantastique. J’aime ça et je pense que c’est l’avenir.

Mais ce mouvement lancé par des jeunes, La Trêve n’y est pas étrangère. C’est une charnière. Si un jour, j’écris une histoire du cinéma belge, un chapitre sera consacré à La Trêve.

Comment s’est passée cette évolution du cinéma belge francophone ?

Aujourd’hui, le vivier de talents est extraordinaire. Nous travaillons à ce que ce soit plus que ça. Pourquoi ça se passe maintenant ? Il faudra que des historiens se penchent sur la question.

Mais, retournons en arrière.

Des années 50 à la fin des années 80, il existe en Belgique un cinéma d’auteur, brillant et bien accueilli dans les festivals. Dans les années 90, Jaco Van Dormael, la bande à Poelvoorde, Benoit Mariage ou encore Thierry Michel émergent et gagnent des prix. Ils ont le souci de plaire au public mais ce cinéma n’a pas les moyens, il n’y a pas d’industrie. Depuis la Wallonie s’est dotée d’outils permettant de faire du cinéma. Nous sommes désormais dans la phase décisive: réussir à séduire le public qui s’est toujours tenu à distance. Le public belge francophone n’a pas le réflexe du protectionnisme.

En plus, le prix du ticket est le même pour un film qui a coûté des dizaines de millions de dollars ou 200 000 euros. Tant qu’à payer sa place, autant en avoir pour son argent: le public veut que le spectacle déborde de l’écran. En plus, la lutte est dure. La France sort 200 films par an. Nous sommes donc moins affamés de films qui parlent notre langue. En Flandre, ça se passe autrement. Les spectateurs vont voir des films flamands parce qu’ils sont flamands.

Cela dit, en Wallonie et à Bruxelles, les choses ont changé, le public a identifié des acteurs comme Poelvoorde. Mais ils sont dans le top 10 des acteurs… français et jouent dans des films français. La moitié du combat est gagnée, il faut désormais amener les spectateurs à identifier ce qu’est un film belge. Mais les beaux jours sont devant nous.

C’est quoi justement un film belge francophone ?

C’est singulier. Ils réussissent à exister sans se ressembler. Mais ont du mal à se faire une place. Les comédies, qui doivent se confronter aux 80 productions annuelles du genre en France et à Kad Merad et consorts, comme les policiers. Mais des gens ont émergé. Jaco Van Dormael. Les Dardenne qui ont un public mondial. Personne d’autre ne fait ce qu’ils font… Si, des imitateurs.

Le cinéma belge francophone, il est impossible à définir. C’est un cinéma à signatures, avec énormément de caractère. Il est unique. Malheureusement, quand on tente le mainstream – désolé du gros mot -, nous n’y arrivons pas. Le dernier exemple cuisant en date, c’est Tueurs de François Troukens. Il n’a pas à rougir de son travail qui rivalise avec les productions du genre. Mais il n’a pas existé en France, on ne l’attendait pas. Et c’est dommage.

Par contre, Bouli Lanners génère une attente, une curiosité autour de ses projets. « Ah que fait-il, cette fois-ci. »

Pour l’anecdote, j’avais contacté un producteur français pour essayer de pousser quelques scénarios belges. Il m’avait répondu qu’il n’avait pas encore eu le temps de les lire mais qu’ils étaient sur une pile dans un coin de son bureau qu’il avait baptisée « Soyons belges, soyons fous ». Face à ça, soit on se vexe soit on se dit qu’il y a une part de vrai.

Combien de sorties compte-t-on dans notre paysage ?

Une vingtaine par an. Il n’est pas rare qu’en Flandre, un film fasse un million d’entrées. Nous, quand nous en faisons 50 000, nous sommes contents. La blague court dans le milieu qu’avec un film à 50 000 entrées; s’il est francophone, on débouche le champagne; s’il est flamand, le réalisateur se pend!

La Flandre, c’est un marché captif. Même les films néerlandais, ils ne les aiment pas. Cela engendre des situations sidérantes, inimaginables. La Flandre fait ainsi des dérivés de films d’autres pays. Quand Alles is liefde également appelé Zot van A – A pour Amsterdam – est sorti aux Pays-Bas, ce fut le raz-de-marée, deux millions d’entrées. Les Flamands en ont fait tout de suite un remake… Zot van A. Cette fois, le A signifiait Amsterdam et les acteurs bien flamands. 800 000 entrées ! C’est comme si nous avions fait un remake belge d’Intouchables ! La réalité est différente. Nous sommes dans deux pays en un.

En parlant de la Flandre, il y a bien eu une tentative de faire un mélange, avec Brabançonne.

Un film qui a bien marché en Flandre, pas en Wallonie. Pourtant, qu’est-ce que nous y croyions, l’occasion était belle de faire un film qui marche des deux côtés, très équilibrés. Avec pour thème un match « amical » entre deux fanfares,  l’une paroissiale flamande et l’autre syndicale francophone.

Résultat: 10 000 entrées en francophonie. Ce fut rude. Mais nous sommes un peu coupables de ne pas avoir pensé au fait que les francophones ont la tradition de la version française. Nous voyons peu de films sous-titrés. Or, Brabançonne était bilingue. Les Flamands, eux, ne sont pas dérangés par ça. Les Dardenne font autant d’entrées en Wallonie qu’en Flandre.

Jumbo, par exemple, est à Moustier en avant-première, comme à Mons. Mais Anvers et Gand le réclament. On ferait des avant-premières de films flamands en Wallonie, ce serait un flop.

Votre bilan de ces quasi-vingt années à Wallimage ?

L’aventure a démarré avec la Palme d’Or de Rosetta. Ce fut un choc pour le monde politique wallon, comme une médaille d’or aux JO. Tout d’un coup, il a entendu l’appel des cinéastes qui, pour tenter de survivre, partaient à Paris ou à Bruxelles. Pendant dix ans, la Région Wallonne était sollicitée mais brillait par son inertie. En mai 1999, coup de tonnerre. Quelques mois plus tard, en 2000, Wallimage était créé. Le fonds a mis un peu de temps à trouver un directeur et je suis arrivé en novembre 2000. Nous avons vraiment commencé à travailler début 2001. Une vraie aventure, notre cinéma ne relevait pas d’un miracle. Des aides au financement étaient désormais envisageables.

Avant, il n’y avait rien. Pas de société de montage, pas d’effets spéciaux, pas d’équipe… Il y avait du pétrole qui sort du sol mais pas de raffinerie. Cette fois, une industrie complète pouvait se mettre en place. À Charleroi, à Liège, dans toute la Wallonie.

Votre film de chevet ?

Un film d’André Delvaux, Rendez-vous à Bray avec Anna Karina et Mathieu Carrière. En dernière année d’université, je faisais en réalité mon mémoire sur Julien Gracq. Pour la première fois, en 1979, à l’ULB, un doctorant avait pris le cinéma comme sujet : la sémiologie de Charlie Chaplin. C’était une étude linguistique mais il y avait match. Les départements de philologie romane et de journalisme se renvoyaient la balle. « Qu’il aille en journalisme ». Là où on lui répondait « qu’il aille en philologie romane ».

C’était l’époque des grèves. Et nous, en philo et lettres, nous avons débrayé pour que cet étudiant puisse présenter son mémoire. Avec succès.

Si bien qu’en avril-mai, mon directeur de mémoire m’a dit que nous avions gagné une bataille mais que ce serait bien que quelqu’un, cette année-là, propose un mémoire sur le cinéma. Le pied dans la porte.

En bon élève, j’avais quasiment terminé mon mémoire. Avec malice, mon professeur m’a répondu: « Tu sais que Gracq a été adapté au cinéma, non ? Tu as fait la moitié du boulot ». Je me suis laissé tenter, il m’a organisé une projection de Rendez-vous à Bray, adapté du Roi Cophetua donc, à la Cinématek. J’ai vu les ressemblances et les différences, le piège tendu aussi. J’ai réorienté mon mémoire sur la manière dont on avait tiré un scénario d’une nouvelle surréaliste. J’ai finalement remis mon mémoire en septembre. Son sujet allait changer ma vie.

Et le film belge francophone le plus fou ?

J’ai une affection démesurée pour Toto le héros. Quel choc. Caméra d’or à Cannes, meilleur film étranger aux César… C’était un premier film d’une maîtrise et d’une intelligence, tout en étant sensible, d’une émotion rare. Artistiquement, c’était bluffant.

Quant au film que vous attendez le plus ?

Je suis le plus curieux pour le nouveau film de Bouli Lanners. C’est la première fois qu’il tourne en anglais, en Écosse. Je n’en ai vu que les photos  et lu le scénario. Mais peut-être que ça va permettre à Bouli d’élargir ses horizons, de s’ouvrir à un nouveau public.

© Versus Production

En plus, il a fait preuve d’une double-présence. Il voulait tourner mais pas jouer dedans, c’était trop risqué pour un long-métrage en anglais. Plusieurs d’entre nous étaient pourtant persuadés qu’un rôle était taillé pour lui dans cette histoire. Du coup, une formule originale s’est mise en place. Un cinéaste flamand, Tim Mielants, coréalise le film. Bouli l’a mené jusqu’au premier jour. Tim s’est occupé du tournage et Bouli a repris la main pour le montage et l’étalonnage. C’est une formule unique.

J’avais la même impatience pour Jumbo que j’ai déjà vu. Sur papier, ce film proposait un piège à chaque page. Ça pouvait devenir malaisant, grotesque, involontairement drôle. J’ai eu peur pour Zoé Wittock. Mais il n’en est rien. C’est une réussite totale.

Lundi soir, quand vous montrez sur scène pour présenter ce film et ouvrir le festival de Moustier, qu’allez-vous dire ?

Comme entrée en matière, je vais remercier Benoit. J’aime beaucoup la manière dont toutes ses présentations transpiraient son amour du cinéma. Que les choses soient claires, je reprends le flambeau mais je ne le remplace pas. Je lui ai écrit, je pense qu’il sera dans la salle. Puis, ce sera le grand bain et le court-métrage, Akram d’Adrien Berlandi et Mickey Broothaerts (le Prix du Jury court-métrage du dernier FIFF). Je suis impatient et je me dis aussi que ce sera plus cool en 2021. Je vais bien m’amuser. C’est un festival qui s’ouvre de plus en plus, qui grandit, encore plus après avoir retrouvé sa formidable salle.

Merci Philippe et bon festival alors !

En voilà le programme: 

Lundi 9 mars à 20 h : Akram et Jumbo

Mardi 10 mars à 20 h : Purpleboy et Il Padrino suivis de Lola vers la mer

Mercredi 11 mars à 14 h : Tout là-haut, Zibilla et Loups tendres et Loufoques. À 20 h : Plaqué or et La forêt de mon père

Jeudi 12 mars à 17 h 30 : Troisièmes noces. À 20 h : Je serai parmi les amandiers, Immersion et Nuestras Madres.

Vendredi 13 mars à 17 h 30 : Le Jeune Ahmed. À 20 h : Cache Amor, Hey Joe et Filles de joie.

Samedi 14 mars à 17 h 30 : Adoration. À 20 h : Aube, Détours et Pompéi.

Dimanche 15 mars à 10 h 30 : Lucky

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